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Les pingouins n’ont jamais froid | Polar

Andreï Kourkov

dans ailleurs | lire
par Jean-Christophe Courte

Ce livre est la suite de ce roman noir ukrainien, Le Pingouin, que nous avons évoqué précédemment… Les premières pages sont l'occasion de mettre en place les personnages et rappeler la situation pour le lecteur qui n'aurait pas suivi les premiers épisodes. Là, j'avoue avoir eu un peu de mal sur les 40 du début… Et puis… Paf, basculement complet dans l'histoire, impossible de s'en extraire tant on on nage entre l'ubuesque et les surprises…

Côté environnement, l'URSS est plus que jamais en décomposition, le pouvoir s'achète ou se règle à coups de kalachnikov comme d'explosifs, la corruption suinte de partout et le nombre de 4x4 Mercedes noires d'un député donne une idée très claire de sa puissance…

Dans ce tourbillon des vivants, des accidentés et des rescapés, Victor est à la recherche de son pingouin, Micha. Et pour le retrouver, il va aller jusqu'au bout de sa promesse à la petite Sonia. Après une retour à Kiev, il monte à Moscou puis se retrouve en Tchétchénie, là où de nombreux oligarques ont découvert de nouveaux moyens de faire de l'argent.

Entre farce (il y a du Ghelderode dans Kourkov…) et sinistre réalité, Victor s'en sort par sa réserve et sa détermination… Mais ce qui étonne le plus dans ce livre, c'est l'étrangeté des situations, souvent burlesques, dont on comprend ensuite la terrible normalité ; le cynisme des hommes et des femmes pour survivre dans ce chaos. Bref, Kourkov brosse là une fresque hallucinante et passionnante de la vie dans l'ex. union soviétique dans les années 2000. Humour noir et flots d'alcool pour tenir, la recette du mode survie reste la même.

Victor eu soudain l'impression que les mains de Liocha étaient beaucoup plus longues qu'avant. Plus longues et plus noueuses.
— Alors, qu'est-ce qui t'es arrivé ?
— Tu sais, un démineur ne se trompe qu'une fois. Après, dans le meilleur des cas, il passe le reste de sa vie à le regretter… C'est ce que je fais depuis… Bousiller un enterrement pareil ! Mon patron et ses deux lieutenants ont été déchiquetés ; moi, j'ai juste perdu mes jambes et mon travail. Plus un sou. Heureusement que j'ai eu des amis pour m'aider, dit-il en parcourant le café du regard. Me voilà patron de bar.


Les pingouins n'ont jamais froid
Andreï Kourkov
Points Seuil
9782020789356 | 8 €

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le 05/07/2007 à 07:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?