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24 PC nikkor | 1

Opus 1 : le décentrement.

dans architecture | photographie
par Laurent Thion

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Annoncé depuis un moment, disponible au compte goutte, le 24mm f/3,5 à bascule et décentrement est le premier objectif de cette focale spécifiquement développé pour un capteur numérique plein format à grand renfort de lentilles asphériques, de verre à faible dispersion (ED) et de traitement nanocristal.

Conçu avant tout pour le D3
Il est bien évident que seul ce boîtier peut tirer le meilleur de cet objectif ne serait-ce qu'en raison d'un capteur plein format. Toutefois, certaines autres spécificités du 24 désignent particulièrement le D3, et plus accessoirement le 300 comme boîtier de prédilection. La présence de contacts électriques et d'un diaphragme motorisé autorise l'usage de l'intégralité des modes d'expositions disponibles sur D3 et D300 et ce bien évidemment à pleine ouverture. La distance de mise au point est également prise en compte. Seule la mise au point doit être effectuée manuellement.

Le montage du 24 sur un D300 bien que 100% compatible peut s'avérer risqué pour de simples questions mécaniques. En effet, si l'objectif est décentré, il peut sous certains angles venir en contact avec le prisme de l'appareil, qui est plus protubérant que ce lui du D3 en raison du flash intégré. Il en est de même pour la vis de commande du décentrement, qui vient taper au même endroit et limite donc carrément la rotation de l'optique. Le "coefficient" d'augmentation de focale FX/DX de 1,5 transformant le 24 en 36mm rend de toute façon très anecdotique cette utilisation sur D300.

La perte de la commande du diaphragme par le boîtier est généralisée pour tout autre reflex numérique autre que le D3 et D300 et le montage est même déconseillé sur une grande quantité des séries f (90, 70, 60, 55, 50, 401, 801, 601, 501, f3af...).

Bref, et en attendant les prochains 45 et 85 mm à bascule et décentrement : le 24PC est dédié au D3, point - barre.

"Je suis né infirme : je n'ai que deux mains"
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À gauche, l'antique 28mm, à droite le cammionesque 24PC

Il était parfaitement envisageable de travailler à main levée avec le 28pc vu qu'il n'existait qu'une seule commande de décentrement à vis, associée à une rotation de l'objectif sur 360 degrés. En gros, on pouvait cadrer en tenant classiquement l'appareil de la main droite, et en réglant la mise au point, le diaphragme et le décentrement de la main gauche. Pas très compliqué.

C'en est terminé avec le 24 : il faut au minimum trois mains.
- une pour tenir le boîtier
- une deuxième pour desserrer la vis de blocage du décentrement
- une troisième pour régler ledit décentrement
- et à nouveau la deuxième pour resserer la vis de blocage.

D'un autre coté, on peut régler l'ouverture avec la molette avant de l'appareil, utiliser n'importe quel mode d'expo et de mesure (pas toujours pour un résultat correct, d'ailleurs) et prendre la photo à pleine ouverture vu que le moteur diesel marine embarqué va se charger de fermer tout cela à la bonne valeur...

Conclusion : point de salut sans un vrai gros pied, une excellente tête micrométrique, un niveau à bulle et un verre de visée quadrillé. En option, la petite lampe de poche pour les photos de nuit (pour voir la bulle du niveau), le déclencheur électrique et un assistant musclé pour porter tout cela. Personnellement, je promène tout cela en moto mais c'est une autre histoire...
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Kit (presque) complet : pied carbone série 5 Gitzo, tête 405 Manfrotto, niveau à bulle Kaiser (avec 2 bulles pour les vues verticales et horizontales). On a vu plus discret.

Comment ça marche ?
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On oublie donc le 28mm PC pour découvrir une mécanique toute nouvelle.
En gros, trois commandes principales, et une qui ne sert à rien ou pas grand chose si on se cantonne à l'utilisation sur D3 - D300.

1 - vis de réglage de la bascule (+ ou - 8,5°)
2 - fermeture manuelle du diaphragme (on peut aussi et surtout utiliser celle du boîtier, donc peu utile...)
3 - verrou de rotation de l'objectif
4 - vis de réglage du décentrement (+ ou - 11,5mm)

Non visible : diamétralement opposé aux vis de réglage se trouvent les vis de blocage. Mais on en voit une sur la photo2, là haut en début d'article.

Donc et contrairement au 28mm, chaque réglage est symétrique par rapport à l'axe optique, et par conséquent, l'optique ne tourne que de 180 degrés. J'imagine que cette restriction autorise les transmissions électriques entres les parties fixes et mobiles. La rotation est verrouillée à 0, 90 et 180 degrés et nécessite d'intervenir sur le levier 3 pour débloquer. Cette commande n'est pas un modèle d'ergonomie, surtout la nuit, et je n'imagine même pas ce que cela peut donner avec des gants. À revoir éventuellement sur la prochaine version.

Par contre, le bouton de réglage du décentrement n'est pas mal fichu, bien que le billage à 0 soit un peu trop subtil (déjà fatigué sur ce modèle de test, peut être...). La vis coté opposé pour le verrouillage est trop petite et esquinte la pulpe des doigts après plusieurs heures d'utilisation. Ne croyez pas que l'on puisse s'en passer. Le poids de la partie mobile est telle qu'un serrage est vraiment obligatoire lors d'un décentrement vertical ou oblique. À la limite, on peut s'en passer lors d'un décentrement parfaitement horizontal.

Tiens, une idée : en mettant des gants, fini le mal aux bout des doigts. Et en les enlevant, on peut déverrouiller la rotation.

Bon, le jour où les métallos de Nikon retouchent le verrou de rotation, qu'ils agrandissent un peu au passage les molettes de blocage. À moins d'y adapter un petit morceau de tube en caoutchouc d'un diamètre idoine...

Aux résultats

Plus de 300 images ont été réalisées lors de ce test (j'en ai encore mal aux doigts rien que d'y penser). Il est difficile de faire un choix tant la qualité est au rendez-vous.

En voici quelques unes. Tout d'abord, la classique avec et sans décentrement.
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Ensuite, et avec l'aide du regretté Raymond Moretti, on vérifie si c'est bien droit :
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Après, on profite du quartier :
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Taille à 100%

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Taille à 100%

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Taille à 100%

Ce matériel est aussi compatible pour l'architecture de banlieue. Si il en corrige les fuyantes, il n'a hélas pas de pouvoir d'amélioration esthétique...
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Petit assemblage rapide de deux vues : l'une décentrée vers le haut et l'autre vers le bas.
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On peut utiliser ce 24PC avec un filtre polarisant de diamètre 77mm sans soucis aucun.
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Et aussi la nuit !!
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(mille excuses, mais il faisait si sombre, et je n'avais pas encore mon dépoli quadrillé, d'où l'immeuble de droite qui vient trahir un mauvais réglage d'aplomb).

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Comme évoqué plus haut, j'ai multiplié les essais qui concluent tous à démontrer l'excellence de cet objectif (pouvoir séparateur, quasi absence de flare, contraste étendu, pas de frange colorée ni d'aberration chromatique, distorsion minime...), sous réserve de l'utiliser correctement avec un solide trépied et une bonne rotule. La deuxième partie de ce test portera sur la fonction de bascule, plutôt appliquée en photographie de studio.

À suivre, donc...
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Note de la rédaction : Laurent est l'auteur de deux livres de cas pratiques, le premier sur le Nikon D3 et le second sur le Nikon D300, deux ouvrages parus chez First.

le 16/06/2008 à 07:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Laurent Thion | Partager…?