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Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars

Jørn Riel

dans ailleurs | lire
par Jean-Christophe Courte

250 pages de pur bonheur. Parfait pour être en phase avec les températures frisquettes et les chutes de neige (…pas fini semble nous indiquer Météo France). Alors, à défaut de pouvoir vous rendre au boulot (bon, dans mon cas, pas de souci…!), allumez un bon feu…

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Puis savourez ces nouvelles du Groenland — deux cartes fournies dans cette édition pour vous repérer car cela se déplace beaucoup, et pour cause : L'administration centrale décide de rapatrier la petite communauté de chasseurs au Danemark. Bref, de fermer les bases arctiques.

Or, couper soudainement ces personnages haut en couleurs et totalement indépendants de leur mode de vie, les réacclimater à la vie citadine, c'est pas simple. D'autant que tous ne sont pas armés intellectuellement pour revenir…! Aninsi Lassellile, le compagnon de chasse de Bjørken, fait partie de ces individus indéracinables.

J'ai découvert Jørn Riel dans les années 2000 et tout est à lire… Sachez que les précédents livres de Riel sont disponibles en 10/18 comme le canon de Lasselille, un curé d'enfer, La vierge froide et autres racontars, La passion secrète de Fjordur, Un safari arctique et bien d'autres récits épiques…! Ce dernier livre est bien entendu à lire APRÈS tous les autres récits de Jørn Riel car vous allez retrouver tous les personnages survivants et suivre leurs nouvelles directions (et je peux vous assurer que vous allez être surpris et amusé)…

Un extrait pour l'ambiance (c'est toute la nouvelle qu'il faudrait mettre à disposition, notamment le passage où le crevettier est gentiment aspergé par l'Atka — mais là, futur lecteur, c'est à toi de le découvrir et de m'envoyer un mail car on reste toujours dans la farce ponctué de rapports humains souvent tendres malgré tout !)
Le goût était singulier, mais s'adoucit un peu quand Doc, magnanime, saupoudra les portions de cannelle.

« J'en ai mangé des choses dans ma vie de marin, dit Mortensen, mais jamais rien qui s'approchait de ça. » Il mâcha longuement et assidûment un morceau de phoque. « Cette chose porte un nom ? »

« Soupe au lait et à la viande, répondit Doc. De la soupe épaissie avec des feuilles d'angélique hachées, de l'oseille et un peu de levure sèche, pour la vitamine B. »

Mortensen posa l'assiette sur le traîneau et rota discrètement. Il se laissa aller contre le montant du traîneau et porta sa pipe à la bouche, puis il plissa les yeux et regarda au loin. Doc rinça assiettes et casserole avec de la neige et rangea le nécessaire à tambouille dans une des sacoches latérales du vélo. Son regard glissa langoureusement sur les instruments de musique, solidement attachés au cadre, mais il résista à la tentation. Ce soir-là se devait d'être silencieux, dédié à la réflexion. Avec un léger soupir, il étala une peau de renne sur le sol et s'assit en tailleur près de Mortensen.

« Quand j'étais gosse, dit Mortensen doucement, j'étais fou de bonbons. J'avais jamais ma dose de ces cochonneries, je piquais des ronds dans le porte-monnaie de mon père ou dans la commode, pour satisfaire ce besoin. J'étais évidemment le gros de la classe, mais personne ne se moquait vraiment, vu que je pouvais tabasser même les plus grands. J'étais insatiable, Doc, j'avalais tout ce que je pouvais trouver de sucré. » Il tendit la main devant lui. « Mais ça, Doc, c'est une sucrerie pour l'âme. On s'en lasse jamais, on peut y goûter encore et encore. »

Doc regarda alors ce que Mortensen contemplait : cette longue sucrerie de neige bleu acier qui descendait le long de la montagne, les crevasses noires et leurs petits ponts de neige. En dessous, le magnifique paysage montagneux avec ses parois brunes tachetées de neige, et ses pieds enfoncés dans le fjord vert bronze, presque noir. Tout en bas, au loin, Doc apercevait le toit de la toute petite station de Cap Rumpel, et son antenne radio scalpée, qui ne semblait pas plus grande qu'une déjection de renard dressée et gelée.

« C'est si beau, murmura-t-il, qu'on pourrait presque en faire un petit poème. »

Jørn Riel est né en 1931 et est arrivé dans les années cinquante au Groenland. C'est un vrai bonheur de lire en français ces racontars tirés de faits réels (même si certains persistent à penser que c'est l'inverse…!).

Si vous avez découvert et aimé Redmond O’Hanlon, Patrick Leigh Fermor, Bill Bryson, Francisco Coloane, vous aimerez Jørn Riel…!


Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars
Jørn Riel
Traduit du danois par Suzanne Juul et Bernard Saint Bonnet
Gaïa
9782847201536 | 20 €

image caddie

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Autre option : le lire sous la couette…!

Et pour comprendre où cela se déroule au départ, rien de mieux qu'une petite carte…!


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le 01/02/2010 à 06:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?