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L’histoire de Pi

Yann Martel

dans ailleurs | lire | potager
par Jean-Christophe Courte

Une fable, une histoire à nous embrouiller…
D'ailleurs, dans la note de l'auteur et dès les premières pages, tout est dit…! Bamboozle, expression indienne de Delhi…

Et pourtant quelle fable…! Superbe livre de Yann Martel et succès mérité à l'étranger. Paradoxalement, c'est la note de l'auteur qui, dès les premières lignes, m'a donné envie de lire ce livre, note dans laquelle il explique son premier plantage littéraire, puis son autre bouquin qu'il foire en cours d'écriture et dont il balance le manuscript via la poste à une adresse improbable en Sibérie.
Bref, sec… L'imagination en vrac.

Puis cette rencontre (tout aussi improbable) dans l'Indian Coffee House de Pondichéry avec un vieux monsieur…!

La suite est dans ce bouquin qui devrait vous accrocher tant le récit est nourri, amusant, part en vrille. Je n'en dis pas plus, cet extrait est à mettre en perspective avec ce qui suivra…

Si son espace est trop ensoleillé ou trop humide ou trop vide, si son perchoir est trop haut ou trop exposé, si le sol est trop sablonneux, s’il y a trop peu de branches pour faire son nid, si la mangeoire est trop basse, s’il n’y a pas assez de boue pour s’y vautrer — et bien d’autres si encore -, alors l’animal ne sera pas serein. Ce n’est pas tant qu’il faille reproduire les conditions existant dans la nature qu’une question de saisir l’essence de ces conditions. Tout dans un enclos doit être exactement au point — en d’autres mots, aucun élément ne doit dépasser la limite des capacités d’adaptation de l’animal.

La peste soit des zoos qui ont de mauvais enclos ! Ils donnent une mauvaise réputation à tous les zoos.

Les animaux sauvages capturés quand ils ont déjà atteint leur pleine maturité sont un autre exemple de bêtes qui ont tendance à vouloir s’échapper ; il arrive souvent qu’ils soient trop ancrés dans leurs habitudes pour pouvoir restructurer leur monde subjectif et s’adapter à un nouvel environnement.

Mais même des animaux ayant été élevés dans des zoos, n’ayant jamais connu la nature sauvage, et qui sont donc parfaitement adaptés à leur enclos et ne ressentent pas de tension en présence des humains, connaîtront des moments d’agitation qui les amèneront à chercher à s’évader. Tous les êtres vivants ont en eux une mesure de folie qui les pousse dans des directions étranges, parfois inexplicables. Cette folie peut être salutaire ; elle est intimement liée à la capacité d’adaptation. Sans elle, aucune espèce ne pourrait survivre.

Quelle que soit la raison de vouloir s’échapper, saine ou folle, les détracteurs des zoos devraient se souvenir que les animaux ne se sauvent pas pour aller vers un lieu mais plutôt pour fuir un lieu.

Quelque chose dans leur propre espace leur a fait peur — l’intrusion d’un ennemi, l’agression d’un animal dominateur, un bruit surprenant — et a déclenché une réaction de fuite. L’animal s’évade ou il essaie de s’évader. J’ai été surpris d’apprendre au zoo de Toronto — un excellent zoo, par ailleurs — que les léopards peuvent faire des bonds allant jusqu’à six mètres de hauteur. Notre enclos pour les léopards à Pondichéry avait un mur arrière de cinq mètres de haut ; j’en conclus que Rosie et Copycat n’ont jamais sauté au-delà de cette paroi, non pas parce qu’ils en étaient incapables physiquement mais simplement parce qu’ils n’avaient pas de raison de le faire. Les animaux qui s’enfuient passent du connu à l’inconnu — et s’il y a une chose qu’un animal déteste par-dessus tout, c’est bien l’inconnu. Les animaux qui s’évadent se cachent habituellement dans le premier endroit qu’ils trouvent où ils éprouvent un sentiment de sécurité, et ils ne sont dangereux que pour ceux qui se placent entre eux et ce qu’ils tiennent alors pour un lieu sûr.

Enfin, sachez que Pi, le héros de ce récit, a été prénommé Piscine Molitor… Tout le monde n'a pas un Mamaji (oncle adoptif) qui a été champion de natation et fin connaisseur tous les bassins — de natation — de Paris…! Et que son père est directeur d'un Zoo.

Sur la base de ces données volontairement obscures, à vous de choisir : passer à autre chose ou chercher à mettre la main sur cet ouvrage…!


L'histoire de Pi
Yann Martel
Traduit de l'anglais par Nicole et Émile Martel
Denoël & D'ailleurs (désormais en folio)
9782070622269 | 7,60 €

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Note : On ne le dira jamais assez, le style d'un bouquin, c'est la clé de contact. Il y a des livres où on est immédiatement séduit, d'autres que l'on referme même avec colère tant on regrette que l'auteur radote et oublie le lecteur alors que son sujet est excellent.

Alors qu'il avait toutes les qualités pour me passionner, j'ai suspendu en cours de route — pour quelques jours car je n'aime pas ne pas finir un livre — la lecture des terres de décembre d'Olivier Page. Cela se passe en Patagonie Chilienne et l'auteur rencontre même une petite heure l'immense Francisco Coloane (depuis disparu comme on dit pudiquement). Certes j'ai eu plaisir à découvrir l'action de Douglas Tompkins mais rien n'est pire qu'un mauvais prosélyte. N'est pas Nicolas Bouvier qui veut…
Bon, promis, je vais reprendre cette lecture.

le 15/02/2010 à 06:29 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?