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Un doux parfum de mort | Polar

Guillermo Arriaga

dans ailleurs | lire
par Jean-Christophe Courte

Voilà un livre que Béatrice m'a passé en fin de semaine dernière. J’étais intrigué avant de le commencer, sans plus. Et puis, dès les premières lignes, une petite madeleine. Je me suis retrouvé dans le paysage aride évoqué par l'auteur, souvenirs flous de ma petite enfance mêlées à d'autres lectures comme à des parcelles de film.

L'histoire se passe au Mexique sur la cote Est entre Ciudad Mante et Tampico, dans des coins brûlés par le soleil.

Au bout du monde quoi. Avec une police d'opérette mais franchement imprévisible. Voire totalement corrompue, passablement dangereuse. Des villages éloigné, reliés par des routes improbables, poussiéreuses à souhait, écrasées de chaleur ! Bref, rien qu'à l'idée de se rendre au village voisin, vous perdez 5 kilos !

Quand à l'activité de ces lieux paumés, dire qu’elle est proche du néant est un euphémisme. À moins que descendre des bières soit désormais élevé au rang des beaux-Arts ! On y bosse comme des damnés ou on picole pour combattre le déshydratation. Aussi, quand un événement — tragique de surcroit — se produit, la machine à fantasmes démarre instantanément.

Récits approximatifs, témoignages éthyliques que chacun s'emploie à rendre encore plus vrai que nature ! Une inventivité telle que la vérité avec un grand V n'arrive même plus à se forger une place, chacun ayant conforté le racontar de l’autre, l’ayant embelli, développé. L'alcool aidant, tout le monde arrive à se convaincre et, une fois à jeun, impossible de démentir, la légende créée de toutes pièces est devenue « LA » vérité collective.

Un matin, le jeune tenancier d’une épicerie/troquet découvre une jeune femme assassinée dans la campagne, une femme qu'il a peine croisé les jours qui précédaient. Une heure plus tard, tout le village lui attribue une liaison avec cette dernière. Deux heures après, elle est devenue sa fiancée ! Trois heures après, les parents de cette femme lui annoncent que leur fille l'aimait beaucoup, lettres à l’appui…!

Bref, comment lutter face à tant de certitudes, de pièces de puzzle mal emboitées !

Pire, la communauté a découvert l'assassin et il se retrouve chargé, pour laver son honneur, de venger la morte en tuant ce « forcément » coupable ! Que personne ne s’est embarrassé d’interroger. Quand à la morte, personne, hormis un vieux du village, ne cherche à connaître sa personnalité réelle. Ni découvrir le vrai coupable…!

Implacable, cruel, jubilatoire tant dans la fabrique du coupable que dans la lâcheté collective ! Et bien entendu, contrairement aux histoires conventionnelles avec « happy end » obligatoire, cela va de mal en pis !

Une belle tranche de connerie servie chaude et noyée dans l’alcool. Si vous aviez encore des illusions sur le genre humain, évitez de lire ce polar franchement noir malgré la lumière incandescente du décor. Guillermo Arriaga, un auteur à découvrir.




Un doux parfum de mort
Guillermo Arriaga
Traduit de l'espagnol par François Gaudry
Phébus Libretto
9782752901293 | 7,50 €

Je vous donne le lien vers la version poche disponible car l'édition que j'ai lu de 2003 semble épuisée…

Points Roman Noir
9782757806463 | 6,50 €

image caddie


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le 13/10/2010 à 08:20 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?