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Colorisation de BD | Du traditionnel au numérique

Stéphane Baril et Naïts

dans lire | outils | pratique | signé lukino | voir
par Lukino

Sur la prescription de notre ami Jean-Christophe, j'ai reçu il y a quelques temps (oui, je sais, JC, il y a TRÈS longtemps) un ouvrage fort intéressant, qui nécessitait bien une lecture attentive pour en rédiger une chronique pertinente — et non une de ces notules expédiées à la va-vite comme ce site en est coutumier…

20110412 couvLivre lk

"Colorisation de BD, du traditionnel au numérique", intéressera autant le novice, qui souhaite se lancer dans ce métier particulier, que le dessinateur ou l'illustrateur confirmé, qui ré-interrogera sa pratique de l'image à la lumière des conseils avisés des excellents Baril & Naits. Il s'agit de la nouvelle édition d'un livre paru en 2005, dont l'essentiel reste d'actualité, augmentée des dernières nouveautés de la CS5 d'Adobe. Le propos des auteurs rejoignant largement ma pratique de l'image, vous ne m'en voudrez pas d'illustrer cette chronique de quelques images extirpées de mon grenier numérique…

Soyons clair : ce livre est principalement un manuel de mise en couleur à l'aide des deux logiciels phares d'Adobe, Photoshop et Illustrator, que connaissent sur le bout du stylet nos auteurs. Les fonctionnalités de ces outils sont largement décrites, toujours du point de vue de l'intérêt qu'en tirera le coloriste dans sa pratique. Il lui est proposé une méthodologie de travail sur laquelle il pourra s'appuyer avec profit — même si, dans les faits, on n'est pas toujours aussi rigoureux… Le débutant gagnera en tout cas beaucoup de temps en mettant en œuvre ces conseils, qu'il aurait finis par suivre — à quelques variantes près— au bout de longs et fastidieux tâtonnements… Comme nous autres, dessinateurs ayant essuyé les plâtres de l'avènement de l'image numérique !

Ce double manuel est tout de même précédé d'un intéressant historique, concis et documenté, des méthodes de colorisation de BD, et d'un panorama rapide des techniques traditionnelles encore utilisées de nos jours : les fameux "bleus"(1), remplacés par des "gris", la couleur directe, l'aquarelle, la gouache, l'huile, l'aérographe… Suivent une série de conseils d'ordre conceptuel, s'appliquant autant au numérique qu'au traditionnel : profondeur, ambiance, éclairage, détails, équilibre et dynamique des planches, rien n'est oublié. On peut juste regretter que les exemples proposés ne soient pas tirés des chefs-d'œuvre du genre (ah, les couleurs d'Isabelle Beaumenay Joannet sur la "Comète de Carthage", de Chaland…ou les étonnantes expérimentations de Morris sur les Lucky Luke), mais cela aurait sans doute généré des droits d'auteurs importants.

S'ajoute un chapitre consacré à la théorie de la couleur, qui rappellera entre autres à chacun la différence entre la synthèse additive de l'écran et la synthèse soustractive du papier. Ce qui conduit les auteurs à aborder l'éternel problème de la calibration des périphériques — de l'écran principalement(2)—, préambule obligé à l'installation de son environnement de travail numérique. Ça y est, on peut attaquer sa première planche avec Photoshop. La préparation, un peu fastidieuse mais nécessaire, et le travail proprement dit sont décrits pas à pas, abondamment illustrés de (trop petites, je vieillis…) copies d'écran des menus parcourus.

Etonnant d'ailleurs, le glissement progressif de ce logiciel du statut d'outil de retouche photographique à celui de support de création artistique. Sans doute est-ce son ergonomie intuitive et sa — relative — facilité d'utilisation, alliées à l'efficacité commerciale d'Adobe, qui l'ont conduit à supplanter des logiciels plus spécifiquement dédiés à l'illustration; je pense par exemple à Art Mixer (3), ou au toujours présent Painter, dont on pourra éventuellement regretter l'absence dans le livre, bien qu'utilisé par de nombreux illustrateurs—dont Bengal et Bournay, interviewés dans le dernier chapitre.

Moins attendue, la suggestion des auteurs d'utiliser Illustrator à des fin de colorisation est tout a fait pertinente. Ce logiciel est habituellement orienté vers des dessins plus techniques (logos, schéma,…), ou vers un type d'illustration où l'aspect technoïde et informatique est recherché (4). Mais pour l'avoir pratiqué de nombreuses années de cette façon, à une époque ou le poids des fichiers envoyés aux journaux ne devait pas dépasser la disquette simple-face (mais si, rappelez-vous, cette petite biscotte carrée qu'avalaient nos mac +!), je peux témoigner de la souplesse et la commodité de cet usage d'Illustrator (5). Même si je suis passé depuis à Photoshop —à l'heure des haut-débits, le poids n'est plus vraiment un argument —, je continue d'appliquer à mes mises en couleur les principes directement hérités de cette époque vectorielle : simplicité des aplats, déposés sous un calque de trait dessiné "à la main" et conservé en bitmap, quelques dégradés discrets, des ombres, des lumières, et on s'arrête là(6), avant de noyer le dessin sous les effets spéciaux. C'est d'ailleurs le reproche que je ferais aux planches élaborées par les auteurs avec Photoshop, même si cette surcharge d'effets est réalisée à but pédagogique. On pourra comparer avec le traitement des pages avec Illustrator, nettement plus sobre, et se faire son opinion.

Un autre aspect intéressant, juste évoqué dans le livre, est la complémentarité des deux logiciels. Je sors du cadre de la BD, mais j'ai pu ainsi réaliser récemment une illustration "technico-artistique", entamée sous Illustrator — je ne sais pas tracer un trait droit à la main, même avec une règle —, puis basculée sous Photoshop pour finalisation(7). On peut très bien imaginer cette procédure sur la couleur d'une page de bande dessinée.

Avant de terminer par des interviews de praticiens confirmés, le livre distille quelques conseils de présentation de dossiers auprès d'éditeurs, et expose les données techniques nécessaires à un bon dialogue avec l'imprimeur— le coloriste étant en bout de chaîne de création pré-presse.


Notes

1. A propos de bleus : mon tout premier travail pour l'édition jeunesse a été un cahier de jeux pour J'aime Lire. En 1989, l'informatique débarquait tout juste dans la presse, et des images à gros pixels étaient le comble de la modernité. Je réalisais mes illustrations sur mon petit Mac SE, à la souris, avec SuperPaint, un logiciel hybride très astucieux(son format ésotérique n'est malheureusement plus reconnu aujourd'hui…) qui rassemblait les vétérans Mac Paint (pixel, noir et blanc) et Mac DDraw (vectoriel)…

Les illustrations au trait acceptées, je proposais de les mettre en couleur avec PixelPaint, un autre glorieux ancien. J'envoyais quelque pages ainsi réalisées, qui atterrirent chez un imprimeur perplexe. Des bleus — impressions du dessin au trait en bleu léger sur des feuilles de beau papier— furent donc réalisés, et je m'essayais au travail de gouachage, sans plus convaincre. Je renvoyais les feuilles, et le travail fut réalisé par un vrai professionnel.

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Ci-dessus, une des pages dessinée sur SuperPaint
Dessous, la mise en couleur réalisée dans PixelPaint. 20 ans plus tard, les couleurs n'ont pas bougé !

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Dessous, la page telle que paru, photographiée aujourd'hui, un peu passée donc…

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2. L'honnêteté m'oblige à reconnaître que je n'ai jamais procédé à cette opération, ce qui est bien évidemment indigne d'un soi-disant professionnel. Travaillant régulièrement pour les même journaux, je comparais l'image écran de mes dessins avec le magazine imprimé, et corrigeais au fil de l'eau les profils de mes écrans.

3. Que sont-ils devenus ? le logiciel Art Mixer.
Maurice, 1991

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4. je signale à ce propos l'exposition d'un représentant émérite de cette école, Rocco, à Aix-en-provence du 18 au 29 avril à l'école Intuit Lab, 17 rue Lieutaud — vernissage le 15 avril à 18H). Rocco réalise ses images avec Illustrator, mais achève ses derniers ajustements de couleurs avec Photoshop

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5. pour être tout à fait juste, j'utilisais Freehand, qui m'a toujours paru plus convivial qu'Illustrator. Malheureusement, ce sympathique logiciel a fini écrasé sous le rouleau compresseur des fusions-acquisitions de l'économie numérique.
Ci-dessous, ma première illustration en couleur parue en 90 dans le magazine "Icônes", du regretté Jean-Pascal Grevet. Réalisée dans Freehand, elle comprend une image bitmap à la trame grossie réalisée dans macPaint, superposée sur une couche de "Benday" vectoriel. Pour l'anecdote, c'est aussi un portrait du sus-nommé Rocco, alias Karim Arien.

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6. Un exemple de ma ligne de conduite en matière de colorisation :
D'abord, un dessin au trait, réalisé à la pierre noire sur un calque, lui-même posé sur un croquis au crayon.

Scanné en mode bitmap à 600 dpi, nettoyé et basculé dans Photoshop en niveau de gris à 300 dpi. Il apparaît ainsi à l'écran. Je le transforme en calque, avec un effet "produit", et crée un nouveau fond blanc destiné à recevoir la couleur. Pas d'utilisation du pot de remplissage, mais de grosses touches de pinceau à la Wacom sous mon dessin. Débords acceptés !

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Le calque de couleur terminé a cet aspect lorsqu'on désactive le calque du trait.
J'aime bien l'aspect. Je me suis fait un jour la réflexion que les superbes illustrations de Jean-Philippe Delhomme étaient peut-être nées ainsi, un jour ou il supprima par mégarde son dessin…

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Je crée un calque supplémentaire en mode "produit" destiné à recevoir les ombres (un gris clair bleuté, sauf sur les couleurs chaudes, les visages)

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C'est terminé.

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7. L'illustration, destinée à promouvoir un réseau de chauffage, devait représenter des éléments techniques précis. Illustrator paraissait donc un outil mieux adapté à ce type de représentation. Mais je n'y travaille pas si confortablement, et j'ai basculé vers Photoshop dès que possible.

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Version Illustrator, ci dessous

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puis reprise sur Photoshop pour finalisation.

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That's all folks !
(Ah ben quand même…)




Colorisation de BD
Du traditionnel au numérique
Stéphane Baril et Naïts
Eyrolles
9782212125801 | 36 € pour 326 pages en quadri

image caddie


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Note(s) du JC…

Enfin…!!! C'est pas trop tôt.
5 mois d'attente, 5 jours de parution exclusive sur urbanbike (jusqu'à samedi, quoi !) Après ce sera à nouveau des notules (elles sont pas bien mes notules…?!)

Note de fin…
Je viens de recevoir un communiqué de presse à propos d'un ebook des mêmes auteurs et qui est un extrait du livre chroniqué avec talent par Jacques mais dédié à Illustrator : Coloriser ses BD avec Illustrator. La version ePub disponible sur l’iBookStore est enrichie de 9 vidéos bonus.

Coloriser ses BD avec Illustrator
Stéphane Baril, Naïts
123 pages – 13,99 euros.

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Message personnel : Jacques, tu attendais encore un peu et tu étais raccord avec le second ebook à paraître prochainement, Coloriser ses BD avec Photoshop…! Hihihihi…!

Pour ceux qui en veulent encore plus, le site de Lukino

le 12/04/2011 à 19:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Lukino | Partager…?