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Le tout numérique me donne des boutons

En juin 2005, c'était prévu dans 5 ans…
En janvier 2006, c'est pour demain matin…

dans groummphh
par Jean-Christophe Courte

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Excellent dossier sur le papier électronique (ou l'encre électronique si vous préférez cette désignation) dans la dernière livraison de LivresHebdo (n° 629), le trait d'union entre les librairies et les éditeurs… Cette fois-ci, l'échéance est fixée pour demain matin…
Bigre ! Nous avions échangé avec Bruno Rives sur le retour du Cyber livre en juin 2006. Cette fois-ci, plus de cyber truc mais l'emploi d'un papier électronique… Même le rédacteur en chef adjoint de livresHebdo, Fabrice Piault, partage cette vision : Nous allons tous nous mettre à l'électro.
Et, pendant ce temps, rien ne filtre des projets des éditeurs européens…

Le plein d'arguments techniques…
Résolution en en croissance (200 dpi de suite puis 400 dpi cette année, c'est promis…), technologie(s) adoubée(s) par le MIT et quelques autres (excusez du peu), chute des coûts de fabrication des produits de lecture à destination de la presse désormais prévisibles vu la quantité potentielle de clients. Même le cinéma est pris à témoin en montrant ce que sera notre quotidien dans certaines scènes de Minority Report (une nouvelle de Philip K. Dick) via un exemplaire numérique de USA Today mêlant textes, images et vidéo sur des support ultra souples…
Ajoutez à cela des pays demandeurs avec une population importante de lecteurs comme la Chine et l'Inde.
Bref, à lire ce dossier de 4 pages, la messe est dite, la révolution industrielle comme le besoin de lecture des pays émergents annonce des changements dès ce premier trimestre.
Au passage, je note dans le même numéro de LivresHebdo - page 76 - que l'édition américaine traditionnelle se porte bien et a progressée de 9,3 %… verite en deca des Pyrenees, faussete au-dela écrivait Montaigne…

Bruno Rives, avec son habituelle force de conviction, déclare que les indicateurs sont au vert pour ce changement… Sauf que les éditeurs européens ne sont pas en phase avec ce qui est en train de se passer en Asie. Aussi, préfigure-il une répétition pour l'édition de ce qui vient de se dérouler pour la musique, à savoir l'arrivée d'un nouvel entrant qui rafle la mise…
Rappel : Apple, c'est aujourd'hui 75 % (d'autres chiffres annoncent 83 %) de la part de marché de la distribution en ligne de la musique et l'échange possible d'actions entre Disney et Pixar risque de bouleverser encore un peu plus la donne.
Comme les éditeurs ne bougent pas, d'autres vont le faire à leur place, résume-il.
À ce propos, un nouveau séminaire avec le journal les Echos le 17 mars prochain.

Bien, et le livre dans tout cela ?
À lire ce dossier, on a l'impression que toute la filière de l'édition est condamnée, que le métier de libraire sera bientôt à faire découvrir aux écoliers le mercredi après-midi lors d'un passage au Musée des arts et traditions populaires… Bref, que le livre est un produit fini comme les parchemins d'avant Gutenberg
Là, je persiste à ne pas être tout à fait d'accord…!

Si le passage de la presse quotidienne, une information renouvelable par nature, est tout à fait envisageable sous ce nouveau procédé, si cela peut aussi s'entendre à des livres scientifiques remis régulièrement à jour. Ou encore les livres scolaires. Pourquoi pas à terme.
En même temps, j'aime les éditions papier, le gratuit où le Libé que les gens s'échangent dans le train et qui permet un sourire, un échange… Il n'y aura rien de tel avec un produit que tout le monde baladera avec soi et dont les gens seront propriétaires !

Ensuite, considérer que ce qui se passe en Asie va automatiquement devenir le modèle pour le reste du monde est encore à démontrer. Toute cette démonstration s’appuie sur des chiffres, certes. Les aspects humains, culturels, sensibles sont gommés… Il est vrai que tous les business plans sont toujours beaux et profitables… C'est nier la place que joue le livre au quotidien, dans le vôtre, dans le mien. On est plus dans une logique industrielle, de lancement de produits que dans l'univers de l'édition.

J'ai envie de parodier Jean-Pierre Coffe… et vous lancer un "ça se zappe pas, ça se bouquine"…

Et la sensualité du livre, bon sang ?
Un livre n'est PAS que du contenu, c'est aussi une mise en pages, des typos adaptées, un assemblage de papier, le travail de l’imprimeur comme du façonnier pour nous délivrer le tout.
Il est malheureusement pas rare de tomber sur des bouquins vite pondus, mal imprimés.
Prendre un livre en main, ce n'est pas que de l'information pure, c'est un objet avec un poids, un format (merci de ne pas réduire toute la production des éditeurs au format assez banal du Sony Reader…!) que l'on ne discerne pas toujours sur un site de vente en ligne…
Sans oublier son packaging (la couverture !) qui compte pour plus de 40 % dans l'attention d'achat. Quand je vais en librairie, je ne suis pas loin de procéder comme au marché quand j'achète les légumes ou des fruits : je soupèse, je tourne, je goûte, je me fais séduire, je pose, je feuillette, le lis quelques paragraphes, je reviens… Que les blogs aident mieux le lecteur à faire son choix dans la mesure où il n'y a plus d'émissions de TV comme celle qu'animait Bernard Pivot, certainement. Mais le passage en librairie permet de confirmer ou d'infirmer ce qui a été lu… Et accessoirement, d'en profiter pour découvrir d'autres livres au hasard des rayons…

Souvenez-vous de ce qui s'est passé lors du passage des disques Vinyls grand format au CD-Rom… La Jaquette est devenu minimaliste, les éditeurs ayant oublié que ce grand carré avait aussi d'autres vertus que de protéger le microsillon. Et effectivement le produit final n'avait plus grand chose à défendre avant de passer en MP3…
Effectivement plus de jaquette pour vendre de la musique mais des clips… Est-ce à dire que, dans un futur proche, les livres se vendront via des pubs…? Alors que l'on cesse de nous parler de la mission de conseil qui restera au librairie, il y a longtemps qu'il aura déposé son bilan.
Si le livre suit la même courbe, dégradation du produit pour rentrer dans ce bricolage technoïde du meilleur des mondes, ficelé par quelques discours aux accents démagogiques comme le fameux accès plus facile à la culture, etc. il ne faudra pas être surpris des effets rapides de cette dématérialisation.
Entre la disparition de métiers à haut savoir faire, des tas de gens qui vont se retrouver très vite à chercher un nouvel emploi, la disparition d'un produit quasi inaltérable dans le temps, à qui profite ces avancées…?
Hormis les industriels, les chaînes de télévision et de très gros groupes d'édition, çà va nettoyer sec…!
Et puis, le gros avantage d'un livre électronique, c'est qu'il nous faudra l’acheter à nouveau régulièrement… Ne nous leurrons pas, le format prévu va évoluer et les premiers livres électroniques seront malheureusement rapidement obsolètes… N'est-ce pas ce qui s'est passé au niveau de la musique ? Galette vinyle, K7, CD-Rom, mp3… Pour ma part, j'ai acheté au moins trois fois certains morceaux de Thelonius Monk, trois formats différents…!

L'impression papier est la force du livre
Ma fille lit aujourd'hui des livres que sa mère lisait quand elle était petite fille… Quand ce ne sont pas des ouvrages qui ont dépassé les trois ou quatre générations (je pense au Larousse Universel en deux volumes de mon grand père que parcours mon fils… Pas d'upgrade, pas de souci de conservation, pas besoin de recourir à un appareil.
Et le même bonheur de la lecture…

Je fais un pari : je reste convaincu que l'objet livre va continuer à se fabriquer et à se distribuer. J'aime le papier, j'aime l'odeur de l'encre, le travail de toute une équipe pour réaliser ce produit que j'ai plaisir à lire comme à offrir, plaisir à lire au hasard, à lester mon sac photo au cas où j'ai 10 minutes dans le train pour lire…
Chaque livre a sa personnalité et je suis capable de retrouver dans ma bibliothèque assez vite n'importe lequel d'entre-eux car chacun est différent et que j'ai mémorisé chaque titre à sa couverture.
Quand on évoque l'intérêt prodigieux de me balader avec un Sony Reader qui peut transporter 40 ou 80 volumes, l'économie du stockage, la lecture en mode zoom ou encore le simple clic pour changer de page, mais quel ennui !
Tout cela, je le fais déjà avec mon ordinateur… Mêmes les textes disponibles sur Many Books, je les télécharge (de moins en moins…) mais je ne les parcours quasiment plus… L'écran, c'est bien mais essentiellement pour des informations remises à jour comme celles de mes fils RSS.

Non, décidément, j'aime avoir des tas de bouquins à côté de mon lit ou de mon bureau, choisir celui ci ou celui-là en fonction de mon humeur, retrouver un marque-pages qui me rappelle tel petit restaurant, telle librairie ou la simple liste des courses…
J'aime feuilleter, tourner les pages, corner l'une pour me souvenir de tel passage (je sais, c'est pas bien).

Et puis, un livre, cela se prête, cela s'offre, ça se patine, ça s'use tout en étant souvent increvable… Pas besoin de piles, d'énergie, on peut le maltraiter, cela risque au pire de se déchirer…

Alors ?
Alors oui, nous aurons affaire à deux modes de distribution…
Pour la presse quotidienne, cela me semble assez logique, un abonnement et hop, une mise à jour par Wifi du contenu en attendant le train…
Pourtant, lire en diagonal un livre électronique, me passer du papier comme d'une belle impression, n'avoir quasiment qu'un seul format à disposition, envoyer un code par courriel pour offrir un livre, non merci. Je connais assez bien cette argumentation, ayant participé avec une amie à l'élaboration d'une structure de vente de livres au format .pdf. J'ai mis du temps à comprendre pourquoi cela n'avait pas fonctionné avant de comprendre que c'était somme toute logique et en totale inadéquation avec ma propre manière de consommer le livre…
Je vous laisse le choix de vos nourritures textuelles mais, comme pour la cuisine, permettez moi d'apprécier un bon repas préparé avec de bons ingrédients à n'importe quel produit fini à réchauffer… L'aspect pratique de ce dernier peut dépanner mais de là a en faire son quotidien, non.



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Derniers points de vue
Celui de l'auteur de livre.
Avec Lukino, on avait envie d'un bleu particulier pour les illustrations et d'un papier légèrement ivoire… On a pensé le livre fini. La mise en place dans macdigit, donc sur écran, est fade, juste pratique pour se faire une idée du contenu mais ne me dites pas, pour ceux qui ont lu le livre, que c'est le même plaisir…!
D'ailleurs, lecteurs, c'est à vous désormais de vous exprimer…

Outil de lecture…
Je ne crois pas au Sony Reader encombrant. Pour lire la presse quotidienne comme surfer sur le net, les lunettes qui étaient déjà annoncées en 2003 comme celles qui commencent à être disponibles. Avec l’inconvénient de nous enfermer un peu plus sur nous-même (je n'utilise pas le mot autiste car il est totalement inadapté).

le 21/01/2006 à 11:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?