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Après le confinement, vivre ailleurs…?

Cogitez avant de bifurquer…!

dans ailleurs
par Jean-Christophe Courte

Ces deux mois de confinement (mi-mars, mi mai 2020) nous incitent à réfléchir.
Dans cette situation inédite, sans obligations mondaines, sans déplacements professionnels, sans sollicitations à consommer, …du temps pour cogiter.
Certes : gérer les proches, s’occuper les plus jeunes, faire les courses, cuisiner, entretenir le logement et travailler à distance quand c’était possible.
Mais les premiers jours passés, introspection : devons-nous continuer comme hier ?.
C’est ce qui ressort dans les échanges avec les amis.

Un avant et un après ?

C’est peut-être le moment de décortiquer les projets jugés insensés, irréalistes, voire utopiques (!!) de ceux qui sauté le pas ces dernières années…

Dans nos échanges, il y a une question rituelle : « Et pour vous, comment ça se passe ? »
…avec la même réponse… « bien ! »
Je ne vais pas mentir, la vie se déroule normalement, rien de particulier1 à signaler. Avec l’annonce du confinement (…merci Twitter), nous sommes rentrés dare-dare sur notre caillou2, l’université de notre fille ayant interrompu tous les cours.

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Le pour et le contre

Bref, ça sert à cela l’introspection en famille, prendre le temps enfin de discuter…

Devons-nous continuer à nous agiter sans (trop) réfléchir ? Ou, à l’inverse, nous poser, réinventer nos vies ? Qu’est-ce que l’on souhaite faire de ces dernières, n’est-il pas temps d’en (re)prendre le contrôle, décrocher de cette spirale infernale qui nous conduira à finir de la même manière …mais plus vite !

Et peut-être de nous projeter hors du « grand jeu » professionnel : la compétition, la carrière, la promotion, le prochain poste à décrocher… À quel prix ?! Pour quel objectif ?

Je résume cela avec un peu d’humour noir :
viser un haut niveau de responsabilité, avec des revenus décuplés mais intubé dans un lit en réanimation ?
En fin de compte, peut-être que non…

Reconnaître qu’il y a d’autres perspectives que celles que l’on nous fait miroiter, ces carottes, bonus, avantages pour nous inciter à nous défoncer au détriment de nos proches, de nous-mêmes…

Entends-tu ce silence ?

Pendant cette période de confinement, tout le monde a pu redécouvrir un univers sans bruit. Plus exactement, entendre ces chants d’oiseaux habituellement masqués par la circulation automobile…
Les riverains des aéroports vivent, eux, un total changement…

Même la vue des mauvaises herbes, des pelouses — paillassons verts généralement mités — devenues soudainement folles, nimbées de petites fleurs ; les myosotis et autres plantes qui fleurissent ci et là dans les anfractuosités du macadam nous ont rappelé que la nature est incroyablement résiliante3

Du coup, l’intonation de certaines remarques a changé, le « tu as de la chance de vivre sur une île » nimbé d’un léger parfum d’envie…

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  • Oui, c’est à cinq minutes à pied de chez nous…

Une envie positive

Une envie saine, positive, celle qui consiste à se dire « tiens et pourquoi pas moi ? », celle intégrant silencieusement les expériences des autres, des reconversions qui devraient nous « booster ».

Souvenez-vous quand vous avez rendu confortable un logement dont personne ne voulait. Cette transformation avait suscité une envie positive, émulé les copains, réveillé leurs propres désirs même ce n’était parfois qu’un simple décor.

Il manque parfois le déclic pour démarrer.
Nous verrons si ce confinement aura des répercussions sur le monde d’après …même si je suis pessimiste par nature.

C’est à chacun de faire des choix, de prendre des risques au lieu d’évoquer une commode bonne fortune pour les autres.
Faire le choix de vivre ailleurs, retaper un bien immobilier improbable sont bien des exemples tangibles.

Et si vous alliez au bout de vos projets ?

Au risque de vous saouler, ces semaines à tourner entre quatre murs devraient nous inciter à réfléchir sur le sens que nous voulons imprimer à nos existences.
J’ai lu à ce propos quelques billets intéressants sur ces prises de conscience4.
Si l’envie est un moteur indispensable, ce sont les phases suivantes, nettement moins marrantes, qui conduiront (ou non) à ce changement d’existence.

Mais au lieu de balancer une fléchette sur une carte, dans quel territoire se poser ?

Drôme provençale, Cévennes, Bretagne, Dordogne (…pourpre, noire, verte ?)…
Ou encore découvrir Pujols, Penne d’Agenais, des villes découvertes à la …radio5…?
À combien d’heures d’une métropole régionale ou de Paris, etc.

Nombre de facteurs entrent en jeu dont l’âge des divers membres de votre tribu, leurs potentiels débouchés professionnels, lieux d’études.

Aussi, évitez d’emblée de brader votre appartement sur un coup de tête ! Optez pour une opération de « downsizing », c’est-à-dire envisager ce qu’il était impensable6 (!!) au début des discussions : ménagez vos arrières !
Bref, y aller progressivement.

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L’envie ne suffit pas

Ce qui suit est vrai pour tous les projets post-confinement : quitter la ville, ça se prépare.
Comme nous tous, j’ai été séduit par ces récits où le héros arrive quelque part et n’en repart plus !

Malheureusement, histoire de rendre l’aventure plus belle, le narrateur oublie ces phases intermédiaires, ses (nombreux) retours en ville pour céder son bien, déménager ; mais aussi un paquet d’allers et retour pour visiter des affaires exceptionnelles (sic !) à acquérir de suite (re sic !), ces nuits à réfléchir, à faire les comptes, à calculer le temps pour se rendre à la première épicerie, hôpital, gare…

Bref, impérativement faire la somme des inconvénients, se souvenir que personne ne vous attend ; que la greffe au plan locale peut prendre du temps, …voire ne pas se réaliser.

Sans la jouer “vieux sage”, je me fonde sur notre propre expérience. Quitter un environnement familier, un cercle d’amis n’est pas une partie de plaisir.

Sur le continent, c’est déjà compliqué. Alors, sur une île, dans un milieu naturellement clos, pas question de se tromper.

Précisions d’emblée à ce stade de ce billet que vivre sur cette île fut un choix collectif de notre part7.
Vu sous l’angle particulièrement réducteur des vacances, notre situation d’iliens peut légitimement alimenter quelques fantasmes en occultant les contraintes en regard : venir une semaine, voire un mois en été n’a pas grand chose avec une vie à l’année !

Proche et inaccessible

Vivre en province dans un coin mal desservi par le rail ou sur une île non reliée par un pont exige de poser le problème des potentiels aléas climatiques…!
La neige qui s’invite, les pluies incessantes qui emportent la route. Ou les tempêtes qui interdisent toute navigation !

Quitter une métropole avec ses accès quasi immédiats (et par tous temps) à des tas de sources culturelles (musées, opéras, théâtres, tout ce que l’on nomme …vie culturelle), l’accès rapide à des spécialistes de santé8, voire à des opportunités nettement plus larges en terme d’emploi9 n’est pas une décision facile.

Ainsi Belle-île10 semble proche du continent à 15 kilomètres (8 milles nautiques) de Quiberon.
Mais ce dernier est lui-même au bout d’une longue presqu’ile11…! lci, pas de pont, pas d’aéroport international. Des ferrys12 et quelques vedettes rapides en saison.
Sans oublier des temps de déplacement13 qui s’additionnent avec ceux des attentes aux gares, maritimes ou ferroviaires !

Sortir ou revenir s’organise, la météo combinée à des mouvements sociaux peut très vite rendre un déplacement redoutable ! La nature avec ses épisodes violents et tempétueux assortis de pluies glaciales, de brouillards épais a toujours le dernier mot…

Du temps pour être accepté…

Ne pas imaginer que l’on s’immerge d’emblée dans une une atmosphère idyllique, le genre humain reste le même, la greffe insulaire ou campagnarde reste lente, pas toujours couronnée de succès…! Contrairement à l’anonymat des grandes villes (…et encore, ça se discute), tous les faits et gestes, les non-dits, sont scrutés…

Si vous vous attendez à discuter de suite avec vos nouveaux voisins sous prétexte que vous vivez sur place, non. Les ouvertures se feront mais soyez très patients14. Inversement, ceux avec qui vous risquez d’échanger rapidement sont à votre image, des personnes arrivées récemment.

Bref, la confiance se gagne progressivement, sur des années. J’insiste sur ce temps long.
Il est d’ailleurs naturel d’être analysés. Une fois que vous êtes adopté par une personne du cru, ça s’accélère. Mais, ne décevez-pas.
Pas la peine de modifier votre façon de fonctionner, soyez authentique avec votre mauvais caractère si vous n’arrivez pas à vous contrôler !

Si le territoire que vous visez est associé au terme vacances, souvenez-vous que c’est assez peu de temps dans l’année : cela reste avant tout un lieu de vie.
D’ailleurs, très vite, vous allez apprécier la quiétude de votre coin de nature, la disparition des vacanciers dès que la saison se termine.
Preuve de votre début d’intégration !

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Petites étapes

Dernier conseil : procédez par étapes, un pas après l’autre, quitte à louer un temps pour vous faire concrètement une opinion, attendre de trouver une réelle opportunité au lieu d’acquérir à l’arrache.

Mesurez risques et bienfaits sans exagération pour éviter les déceptions.

Bref, prenez le temps.
Il nous a fallu deux décennies…


  1. hormis le réfrigérateur qui nous a sournoisement abandonné le premier mardi du confinement. L’avantage de vivre sur un petit territoire et de ne faire appel qu’aux entreprises locales est qu’elles dépannent leurs clients même dans ces épisodes compliqués ! 

  2. 1200 kilomètres depuis Aix-en-Provence avant de prendre un ferry pour notre île. Une halte paisible dans un apart’hotel en cours de route. Et nos trois sacs à dos + une glacière pour nous accompagner. 

  3. jusqu’à quand ? 

  4. Après la crise en France, un exode urbain ?, dont cet extrait : « Les agences immobilières d’Île-de-France sont unanimes : depuis quelques semaines, la demande pour des maisons de campagne explose. Les clients ne recherchent toutefois pas des maisons de vacances à la mer ou à la montagne mais plutôt des vieilles fermes, des gares désaffectées, des granges, des chapelles ou d’anciens monastères pour habiter à la campagne, sans être trop loin de la ville. » 

  5. la faute à l’excellent Nicolas Stouflet du Jeu des 1000 euros qui nous incite à nous projeter dans divers villages de France ! 

  6. le fameux il n’est pas question de… qui s’avère, au calme, pas si idiot… 

  7. Un choix rodé par une approche de quelques décennies après la découverte émerveillée de cette île au milieu des années soixante en accompagnant la fratrie des enfants (Agnès, Claire, Patrice et Emmanuel) Barrat… 

  8. Ici, soit un petit hopital dont les compétences s’étoffent… soit le CHU sur le continent, à Vannes. 

  9. l’emploi reste la ressource la plus rare sur cette île, déjà pas simple en temps normal et encore moins en période de confinement. 

  10. 63 habitants au ㎢, 85 ㎢, voir l’entrée dans Wikipédia consacrée à Belle-île en mer 

  11. Plus de 30 kilomètres de distance entre la gare de Auray et Quiberon Port Maria, c’est-à-dire 45 minutes en temps de transport (hors période estivale…!). Ajoutez ensuite après un temps d’embarquement, 45 autres minutes pour franchir le bras de mer en Ferry, débarquer à Palais. 

  12. Principalement les bateaux de la Compagnie Océane qui assurent le passage des véhicules et des passagers par quasiment tous temps sauf lors des fortes tempêtes, CQFD. 

  13. Porte à Porte, Belle-Île - Aix-en-Provence ? Sans rater aucune correspondance (!!), un départ aux aurores par le premier bateau, un bus, un premier train, le métro à Paris pour changer de gare, un second train, une navette en bus, un autre bus (ou à pied) et une arrivée à près de minuit. Pas mieux dans l’autre sens… 

  14. rappel : vous resterez un étranger où que vous alliez. Ceux qui ne sont pas nés sur place sont rarement entendus. 

le 13/05/2020 à 12:50 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?