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Canon TS-E 17mm f/4L | 1

"tu bascules…!" (expression helvétique)

dans photographie | pratique
par Jean-Christophe Courte

Renversante, c'est bien le mot pour évoquer cette optique très particulière de 17 mm (104°, excusez du peu) annoncée en mai 2009 qui permet de décentrer ET/OU de basculer l'image obtenue sur le capteur de votre boîtier d'une scène photographiée.

Honnêtement, ce n'est pas très évident à utiliser et n'est pas notre ami Laurent Thion qui veut…! J'évoque d'emblée ce dernier qui utilise des optiques de ce type pour son travail de photographe d'architecture et, rien à dire, il faut de la méthode alliée à une excellente gymnastique mentale. Sans oublier une grosse dose de patience.

Prolégomènes
Pour comprendre en français ce qu'est le décentrement et la bascule, je vous renvoie à deux sources du même auteur…
• à la totalité du chapitre 8 du livre de Laurent Thion paru chez First sur le Nikon D3, pages 208 à 241
• plus astucieusement, à son article sur le 24 PC Nikkor, partie 1 et partie 2 ici-même sur urbanbike…!

20091001-IMG_7889_ub.jpg

Me retrouvant avec cette optique entre les mains pour une sympathique prise de contact, j'avoue que ce ne sont pas mes photos réalisées, il y a prescription (!), dans un monde alors analogique avec mon antique 35 PC Nikkor qui m'ont aidé…! Rouillé, j'étais.

D'ailleurs, les deux images illustratives de Vendredi dernier le démontraient sans ambages…! Perplexe, je restais…!

Bref, il m'a fallu comprendre à nouveau, retrouver le principe d'autant que ce TS-E 17mm f/4L est bourré de possibilités, le mode bascule et le mode décentrement — TS pour Tilt (bascule) et Shift (décentrement) —pouvant être placés sur le même axe — chacun pouvant être défini indépendamment. Et, pour couronner le tout (sic !), l'optique tourne sur elle même…!

Cette étonnante flexibilité m'a dérouté dès le départ. Si, si, quasiment autant de combinaisons que dans un ribik's cube…! Le décentrement pour corriger la perspective (+ ou - 6,5°), la bascule pour jouer sur la profondeur de champ (+ ou - 12°), en relation ou non. Chaque mouvement pouvant être verrouillé par un petit bouton pour éviter une erreur en cours de manipulation et, je me répète, une embase d'optique pouvant pratiquement tourner sur elle-même (+ ou - 90°) — le boîtier restant fixe — une fois ces deux premiers points réglés.

20091001-IMG_7889_com.png

Aussi, repérons ce qu'il y a sur l'optique de suite.
En partant du boîtier, on rencontre d'abord (1) le levier de (dé)verrouillage de rotation (+ ou - 90°, inutile de penser que cela tourne sur 360°…!) de l'optique dans son ensemble…
Puis la petite molette (2) pour jouer sur le décentrement : (+ ou - 6,5°) ;
Entre les deux, un levier de rotation (3) de la bascule dans un axe qui peut être différent du décentrement…
Puis la grosse molette (4) pour modifier la profondeur de champ en jouant sur les + ou - 12° proposés par le mode bascule ;
Et enfin la bague de netteté (5).

Pour procéder à une prise de vue (en mode Manuel et en procédant à des essais car il vous faudra compenser l'exposition), il faut commencer par faire la netteté (5) pendant qu'il est temps…!
Penser ensuite à l'axe sur lequel vous aller décentrer l'image et donc tourner l'optique pour l'orienter (2) via son levier de rotation (1).
Procéder de même pour la bascule (4) qui peut se faire sur un axe différent du décentrement en libérant (3)…!
Enfin — et seulement — actionner les molettes (2) et (4) — et verrouiller si nécessaire la bascule avec le bouton (6) — ad hoc.

20091001-IMG_7893_com.png

Colorimétrie différente de la photo précédente, c'est cela de photographier chez soi en lumière naturelle avec un soleil capricieux…!

Comment ça, c'est compliqué…?!
La seule manière de se mettre en jambes, est de procéder calmement à des essais chez soi.

J'ai démarré a minima,les réglages à zéro, en photographiant depuis mon bureau un bout de mon espace et cela donne ceci que j'aurais pu photographier avec mon 16-35 :

20091003_vue_a.png

Sauf que le Canon TS-E 17mm f/4L dispose de ce fameux Shift. En ne déplaçant que la petite molette de décentrement (2) à fond à gauche (- 6,5°), hop, je peux réaliser une première image (mon bureau avec le fatras de livres et de caisses à gauche)…

20091003_vue_b.png

Idem, en poussant cette même molette à droite (+ 6,5°), une seconde…

20091003_vue_c.png

Et en assemblant les deux clichés à la louche sous Photoshop, on arrive à ceci…

20091003_vue_bc.png

Bon, entre des mains expertes, correctement centré, dans un espace rangé, le résultat serait parfait ! Cet exemple a juste été réalisé en quelques minutes pour illustrer un usage du décentrement.

Bon, la première des précautions avec un tel matériel est de toujours penser à remettre le protège objectif dès que l'on déplace son boîtier. Comme il est assez facile de le constater, le 17 mm affleure largement et là, pas de protège soleil pour parer un choc…! Ensuite, c'est par respect pour son prix d'acquisition qui avoisine les 2 400 €.

Pour quel usage et avec quel équipement…?
D'emblée on pense à l'architecture et l'on a bien raison. Redresser les flèches de Notre-Dame sous Photoshop, c'est possible mais là, c'est directement réalisé lors de la prise de vue à condition de s'armer de quelques accessoires indispensables comme un trépied avec une tête micrométrique, une télécommande et même un niveau embarqué si vous souhaitez être parfaitement d'équerre. Si le décentrement peut se faire parfois à main levée, l'emploi de la bascule pour jouer sur la profondeur de champ va vous obliger à descendre en vitesse et, là, pas de soucis, faut rester fixe sur pied…!

Il manque un dernier accessoire que beaucoup oublient, un verre de visée quadrillé pour contrôler ses parallèles lors de la visée.

Alors, architecture extérieure, certes, mais aussi architecture intérieure. Bon. Pour ma part, ce qui m'intéresse avec ce type d'optique, c'est également la gestion de la profondeur et donc la possibilité de choisir à quel endroit je souhaite que l'image soit nette en actionnant la bascule par exemple. On peux donc envisager de réaliser des images de paysages, de nature en jouant sur des fondus apportés par les deux modes en corrélation ou non. Bon, en photo végétale, le 17 mm est un peu trop vaste et mes premiers essais amusants, sans plus.

Enfin, comme le rappelle Laurent, jouer de la bascule n'ajoute strictement rien en terme de profondeur de champ, c'est uniquement le plan focal de l'optique qui est modifié. De plus, il vous faudra fermer le diaphragme pour compenser les flous que vous découvrirez dans votre viseur (un enfoncement du bouton profondeur de champ sera plus explicite que ma prose…!).

Inversement, en terme de photo créative, ces flous peuvent être astucieusement employés, mais ceci est une autre histoire. Bon, il faut que je trouve le temps de faire des images et c'est pas gagné, surtout si la pluie (indispensable) arrive…!

À suivre…

Rappel : les spécifications en français du TS-E 17mm f/4L sur le site Canon

Pour mémoire :
Divers produits Canon chroniqués…

le 05/10/2009 à 07:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?