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Et après ? Après notre disparition ?

Réflexions en attendant de passer à la caisse

dans autisme | groummphh | vieillir
par Jean-Christophe Courte

…Après avoir déposé ma fille à l’université — ma vie est passionnante —, je file ce matin (c’est du vécu tout frais) dans une grande surface effectuer quelques courses lourdes, comprendre les packs de lait, les recharges de lessive, de papier toilette et… de bocaux de confiture de coing.

Comme je suis organisé (utilisation de Editorial et du format taskpaper), je vais vite en suivant ma liste et en connaissant la disposition de ce magasin même si certains emplacements ont été modifiés.

Et je pousse mon chariot à roulettes vers les Caisses.

Celles-ci sont encombrées et je vois une petite dame avec deux grosses boites dans les bras. Comme je suis juste derrière elle, je lui propose de poser ses trucs encombrants dans mon caddie peu rempli.

Et nous discutons.

Elle est à peine plus jeune que moi – comprendre que nous ne sommes plus de première jeunesse – et, comme souvent, ce sont les caisses automatiques qui sont le sujet de notre amusement.

Toute la stratégie de l’enseigne est de pousser ses clients à nous inciter à essayer cette solution mais nous sommes manifestement un large paquet à refuser cette option, à accepter d’attendre. Pas question de priver d’emploi des gens aussi fragiles que nous.

Cela nous conduit à évoquer les services publics désormais accessibles exclusivement via internet, aux difficultés que les personnes âgées1 ont à s’y connecter, à l’ergonomie kafkaienne des sites administratifs.

…Et aux surcoûts indirects.

En effet, elle est venue dans cette très grande surface acquérir une imprimante couleur pour produire les documents dont elle a besoin pour sa fille… autiste. Gamine qui ne sait pas, elle, utiliser un ordinateur, totalement larguée.

Mes lecteurs ne seront pas surpris de me voir embrayer sur ce sujet d’autant que sa gamine a 46 ans, qu’elle l’a élevée seule2.

C’est fou le nombre d’infos que l’on peut échanger en attendant un passage en caisse. Non je ne développe pas…

Car la seule question qui vaille la peine, nous en convenons l’un comme l’autre, est “Quid de nos mômes après notre propre disparition”.

Nous n’avons pas le temps de creuser, c’est son tour de déposer ses emplettes devant notre caissier, je lui rends l’imprimante qui trônait sur mon caddie.

Elle paye, me salue avant de filer vers les parkings.

Ce sont des sujets de société qui échappent aux populations les plus jeunes pour qui l’usage des claviers et écrans n’a rien de complexe.

Mais des sujets qui vont remonter doucement, sans bruit.

Mais ils n’ont qu’à se faire assister par des membres de leur famille !

Bien tenté ! Sauf quand tu te retrouves seule à 60 ans avec une mère usée, elle-même en EHPAD, qui va s’occuper de toi, petite autiste ?

Je vous laisse quatre heures, quatre jours, quatre mois…


  1. pour le moment, n’était pas encore totalement en mode “légume”, cela reste parfois étrange même pour moi. Mais le passage au tout informatique va être, non salement un joyeux bordel, mais l’occasion rêvée pour des tas de vautours de se servir. Je le sais, je l’ai vu faire. 

  2. oui, le couple qui se brise dans ces cas là n’est pas une surprise. Son mari ne s’est jamais occupé de sa fille. Et s’est cassé après la naissance. 

le 17/05/2017 à 14:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

Rester blindé en toutes circonstances

Bosser et toujours de bonne humeur…!

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par Jean-Christophe Courte

Après la maternelle, l’école primaire, le collège, le lycée, le bac avec mention, te voilà à l’université et dans le domaine qui t’intéresse. Tu en profites pour démarrer l’apprentissage d’une sixième langue et jongler quotidiennement avec trois autres. Certes, tu n’entretiens plus le grec ni le russe mais l’écoute de la radio sert, justement, à ne pas trop perdre.

Un premier semestre qui s’est bien déroulé avec des notes confortables. Et, en avant pour un second. Avec déjà bien moins d’étudiants comme l’avait prophétisé le groupe d’enseignants dès la rentrée.

À nouveau du travail collectif.

Au premier semestre, tu avais perdu tes deux coéquipiers1 dans un module, ces derniers ayant abandonné en cours de route sans te prévenir2 mais tu avais assuré l’exposé prévu seule. Pour un autre module, c’est avec une erasmus plus âgée que tu avais bossé et réussi.

Mais depuis la rentrée, nouveaux modules et nouvelles surprises !

Là, tu découvres qu’en 48 heures, il est devenu impossible de t’incorporer à un groupe. Tous se sont formés spontanément, c’est pas de chance. Tout le monde t’assure que c’est bien dommage, avec un chaleureux sourire de façade.

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Tu t’en fous.

Ce n’est pas la première fois que ta différence te marginalise. À chaque fois, cela ne t’a pas empêchée d’avoir de bonnes évaluations même si tu as travaillée seule.

Toi qui pensait que ce serait nettement mieux à l’université, tu dois te rendre à l’évidence : ce sont les mêmes qui ont simplement grandi depuis le collège. Ils sont plus policés, un poil plus dissimulateurs et restent entre eux.

Aucune envie de découvrir ce que tu peux leur apporter, de s’appuyer sur ta force de travail et ton épatante mémoire, apprécier ta bonne humeur et ta totale absence de trac. De plus, ta connaissance des langues que vous étudiez est un atout. Non…?

Alors, qu’est ce qui cloche ?

Ok, pas connectée aux réseaux sociaux, pas du tout au courant de ce qui est tendance, à la mode : il est vrai que tu n’as pas les codes… Mais cela ne devrait pourtant pas être un souci.

Ah, si, tu es autiste

Pas grave, seule avec toi-même, ça fera bien un groupe3, non ?!


  1. Coucou Lison, coucou Gabriel… 

  2. Pas plus que l’université d’ailleurs ! 

  3. Mise à jour : ce matin, tu as abordée dans le train, tel un pirate en pleine mer, l’une de tes condisciples qui a encore une place dans son groupe… Mais qui… À suivre…! 

le 26/01/2017 à 08:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

La différence invisible

Mademoiselle Caroline - Julie Dachez

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par Jean-Christophe Courte

Avertissement : cet ouvrage n’est pas un simple album de BD et cette différence invisible, je la vis au quotidien depuis près de 20 ans…

Oui, il s’agit bien — à travers le parcours de Julie Dachez qui prend un jour conscience d’être aspi — d’évoquer la condition de ceux que l’on nomme autistes sans trop savoir ce que c’est. Non, ce n’est pas une maladie comme le croient encore quelques professionnels de santé (!) et… Et le plus simple est bien de parcourir cette histoire qui déroule bien le problème de cette différence…

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Julie a un blog que vous pouvez parcourir, elle a découvert sur le tard cette fameuse différence invisible. Pour d’autres, cela a été nettement plus rapide vu que c’est dès le primaire que l’on a pas trop voulu d’eux ou d’elles1.

Ce qui est très sympa dans cette histoire, c’est également sa rencontre avec Mademoiselle Caroline qui a mis en images cette histoire réelle en BD.

Bref, si vous avez envie de découvrir l’autisme, la conditions des autistes (ici, une asperger), pas mal pour éviter de continuer à véhiculer des raccourcis à la…

BD qui, je viens de le découvrir, existe aussi en ePub et donc disponible sur iBooks. Et donc sur Mac, iPhone ou iPad…

Par ailleurs, pas mal également de lire Josef Schovanec, de Je suis à l’Est ! à Éloge du voyage à l’usage des autistes et de ceux qui ne le sont pas assez

Bon, je vous dis ça, je vous dis rien…


  1. …elle va bien, ravie d’être à l’université au lieu de finir en CLIS comme cela nous avait été suggéré il y a une douzaine d’années par les experts d’alors (qui semblent être les mêmes dans l’ouvrage de Julie). Pour l’anecdote, s’est fait plus de relations en deux mois que durant toute sa scolarité. 

le 15/11/2016 à 07:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

Rencontre ordinaire…

…Un dimanche ordinaire

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par Jean-Christophe Courte

Longue balade à pied avec ma fille, histoire de profiter de cette belle après-midi. Et comme d’habitude, au hasard, guidé par notre seule énergie. Cette marche nous fait du bien et reste un chouette moment d’échanges sur tous les sujets possibles…!

J’apprends que l’une des anciennes condisciples lui a expédié un SMS hier soir et que le contact s’est renoué de manière sympathique. C’est la seconde personne en cette période de rentrée universitaire.

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Au retour de notre long périple, juste avant de rejoindre la limite de notre quartier, ma fille interpelle chaleureusement une jeune femme qu’elle connaît depuis 15 ans d’un joyeux “bonjour J !”. Sourire contraint en retour ainsi que des parents et sœur.

Et c’est tout !

Pas question de s’arrêter et de demander des nouvelles de celle qui leur manifeste attention et gentillesse tant il est évident dans leur système de pensée qu’une enfant atypique devient une adulte atypique ! Je fais l’effort de ne pas mettre les pieds dans le plat, l’expérience m’ayant démontré que c’était de l’énergie1 perdue en vain.

Ma fille me rappelle que nous avions toujours invité cette gamine à tous les anniversaires avant la période du Collège. Sans réciprocité bien sûr !

J’espère simplement que cette gamine2 qui se destine à faire médecine apprendra bien assez tôt que l’autisme n’est pas contagieux… et qu’elle en informera ses parents si dévots !

Bref, oui : il est temps de se laisser pousser par le vent et d’aller découvrir d’autres cieux !


  1. Et puis j’avais assurément encore en mémoire ce billet de Jacques… 

  2. À la réflexion, je préfère celle de Gaston ! 

le 11/09/2016 à 17:50 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

Avec mention

Du coup, j’en décerne quelques unes…

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par Jean-Christophe Courte

Ce petit billet pour remercier tous ceux qui ont soigneusement évité d’intégrer ma mouflette dans leurs réseaux, ce qui lui a évité de perdre un temps précieux sur Facetruc ou autre. Merci !

Merci également à leurs parents qui se sont gardés de l’inviter aux anniversaires de leurs rejetons. Certainement pour appliquer ce fameux principe1 de précaution !

Merci à tous ceux qui ne la reconnaissent pas quand nous les croisons, qui détalent aussi sec. Mention spéciale à ceux dans le bus qui n’hésitent pas à s’infliger un terrible torticolis…!

Pour finir, merci de n’avoir pas pensé à communiquer vos coordonnées en fin de terminale…!

Mention personnelle à ceux, naguère, qui ont suggéré un groupe2 de prière.

Plus sérieusement, un clin d’œil aux agents municipaux qui prennent le temps de nous chambrer lors de nos parties de ping-pong, à Jean-Marc qui parle Russe à chaque rencontre, à ce jeune couple avec deux jeunes gamins qui échange en espagnol, à tous les habitants chaleureux de notre quartier. Ainsi qu’à une poignée de mômes (sur les doigts d’une main !) qui, bien que dans des lycées éloignés, ne l’ont pas oubliée…! Et à tous les copains sur Twitter ou par Mail…

Merci d’être restés authentiques.

Bien, bien, bien…


  1. nous mêmes, on ne sait pas…! La peur d’une possible contagion…?!! 

  2. …et que j’ai choqué par mon fou rire… 

le 05/07/2016 à 10:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

Colors of Manahattan

Le retour à vide de la pochette

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par Jean-Christophe Courte

Le fait d’entendre Laurent de Wilde aux côtés de Jacques Gamblin, de partager avec ma fille ce pur moment de jazz, découvrir qu’elle ne se bouchait plus les oreilles face à des sons puissants, qu’elle avait apprécié tant la trompette d’Alex Tassel que les solos de Guillaume Naturel au saxophone m’a transporté de bonheur.

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Du coup, j’ai recherché dans mes archives les divers CD de de Wilde pour les lui passer. Sauf que je me souvenais que celui de Colors of Manahattan était revenu désespérément vide de galette et, du coup, que je l’avais poubellisé de rage.

Aussi, ce dimanche, je l’ai acheté à nouveau sur iTunes pour le lui faire entendre en voiture après avoir déposé son frère chez lui puis belle-maman.

Je n’avais pas entendu Colors of Manahattan depuis… dix ans, quinze !? Je me souviens de l’emprunteur (…la galette a dû rester dans sa platine) mais il y a prescription…!

En réécoutant cet enregistrement, du miel dans mes oreilles !

le 25/10/2015 à 18:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

Ping-ping-pong…!

La version rustique par tous temps

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par Jean-Christophe Courte

Cela fait quelques années1 que je pratique avec ma fille une autre voie (sic…!) du ping-pong. Les tables en béton avec filet métallique disposées par la ville dans les espaces publics alentours nous permettent de nous y adonner par tous temps…!

Certes, il est parfois nécessaire de débarrasser leur surface des reliefs festifs de la soirée précédente (…comprendre emballages et récipients vides). Seules les bouteilles brisées à leur pied sont plus délicates à retirer car tranchantes. C’est d’autant plus stupide de les casser qu’une poubelle est à disposition à trois mètres de là !

Notre manière non orthodoxe, voire totalement rustique, de pratiquer le ping-pong — même si nous en respectons les principales règles — s’explique par les conditions climatiques et les lieux…!

Quand le vent agite la balle comme une carlingue d’avion en pleine tempête2, sa réception est fort aléatoire. Aussi, qu’elle sorte directement ou rebondisse deux fois sur la table ne nous empêche nullement de la frapper à nouveau pour la remettre en jeu. Tant qu’il y a de l’élan !

D’où notre vocable de ping-ping-pong qui illustre l’aspect hasardeux3 des trajectoires des balles…

Avec le temps, nous sommes devenus, ma fille et moi, des maîtres (hihi…!) dans notre discipline, de véritables raquettes noires (ou rouges…!) de ce ping-ping-pong. D’ailleurs, ne sommes-nous pas devenus Miss Ping et Mister Pong…?!

Là, il manque un (très) gros coup de gong…!

Par + de 30° comme par -5°C sur une table verglacée, l’idée est de s’amuser, de dépenser, de continuer à échanger nos improbables balles (on vous a évité le improballes) tout en baladant l’adversaire d’un angle à un autre, en brossant la frappe… Car, que ce soit clair, on ne se fait pas de quartier…!

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Notez que cela ne nous empêche pas de pratiquer également un ping-pong plus conventionnel. Et Aurelia de surprendre ses adversaires par ses retours… bûcheron…!


  1. Pour mémoire… 

  2. Un exemple à l’atterrissage pour illustrer 

  3. Difficultés auxquels s’ajoutent d’autres problématiques comme celles des trop gros doigts ou de la raquette trop petite ! Voire du sol sur lequel je me suis déjà ramassé…! 

le 28/07/2015 à 14:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?