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Le e.mail est il dangereux ?!!

Chronique ordinaire | Première version de cette chronique publiée sur 01net en janvier 2001

dans groummphh
par Jean-Christophe Courte

Pratique, rapide, brut de fonderie, le e.mail est devenu un moyen universel de communiquer, nul ne le conteste. Ne s’embarrassant ni de l’orthographe ni du style, sa rédaction comme sa lecture occupe (trop) peu de temps.

Mais dans certaines situations, l’usage d’un e.mail est à déconseiller fortement, surtout en cas de crise entre particuliers… !

Sous peine d’incompréhension totale de part et d’autre.

Ces maux ne sont pas réservés au seul courriel : sachez qu’il se produit très fréquemment la même chose dans un forum ou dans une enfilade de commentaires ; j’ai eu ainsi l’occasion de voir ou de participer à des explications qui ont pour la plupart fini dans le mur. Pire encore, de profonds ressentiments agitent encore les protagonistes quelques mois après !

Combien en recevons-nous de ces courriels à la grammaire en déconfiture — pour ne pas dire inexistante, de ces textes sibyllins truffés de smileys censés nous éclairer sur l’humeur de l’expéditeur, d’abréviations impénétrables ? 60 % des messages semblent proches de ceux d’un SMS de téléphone filaire, leur lecture en diagonale nous ayant habitué à interpréter un mot sur deux pour comprendre le sens général du e.mail. Sans oublier que tout cela est lu dans pratiquement tous les cas à l’écran, dans des conditions peu confortables…

Tant qu’il s’agit de donner des nouvelles, des informations générales, confirmer un rendez-vous, une décision, répondre à une demande, le e.mail est l’outil idoine d’autant que l’on peut mettre en copie des tas d’autres personnes, une pièce jointe et accessoirement en copie cachée d’autres destinataires. Et dès lors, la forme importe peu.

A contrario, le e.mail devient souvent inadapté dès lors qu’il est utilisé pour résoudre une amorce de conflit, s’expliquer dans une prise de position, une négociation, sur une discussion un peu échauffée… Nombre de facteurs jouent en défaveur du e.mail dans ce cadre. Et que dire lors d’une polémique ouverte en forum !

En premier lieu, le différé des réponses est déjà une source d’incompréhension, le dialogue “ping-pong” s’avère néfaste, stérile et chacun de chercher le mot qui ravivera la discorde pour ne pas perdre la face… Sachant qu’un e.mail expédié est automatiquement considéré comme “lu” par son expéditeur. Or un simple coup de fil réduirait cette communication à une simple explication de texte. Évidemment, à condition de répondre, le portable téléphonique affichant le numéro du correspondant et permettant d’esquiver la confrontation.

On est rarement seul à lire un e.mail…

Ensuite, cet échange est rarement une confrontation entre deux personnes mais un pugilat aimable devant une série de témoins, destinataires ou habitués du forum conviés involontairement à la curée…

Dès lors, pas de pitié dans le style, chaque rédacteur va fourbir ses réponses comme des scuds, trouver la phrase qui tue, le mot qui va mettre les rieurs de son côté. Sans oublier que chacun se doit d’expliquer sa position, pas pour le destinataire mais pour les multiples spectateurs invités ignorant tout des motifs de dissension ! Bref, tout ceci entraîne des réactions en chaîne et des torrents d’incompréhension entre des individus que pourtant nombre de points devraient réunir !

Dès lors, la réponse du débatteur se doit de prendre en compte la mise à nu de tous les points soulevés par l’adversaire, ce qui ne simplifie pas la légèreté des réponses. D’autant que le e.mail permet de répondre point à point à tous les paragraphes de la missive reçue ! Et dès lors chaque mot semble une dague, une épee qu’il faut parrer !! Le même phénomène se passe en forum avec l’habitude des citations (de facto des “morceaux choisis” du texte adverse…).

Ce manque d’intimité, cette impression de laver son linge sale devant un auditoire attise le besoin de se justifier envers et contre tous. Quitte même à oublier le sens du courrier auquel on répond. Tous les ingrédients pour déraper sont livrés d’emblée et rares sont ceux qui se privent de les employer. Très vite les vacheries fusent, la ton monte et l’invective devient reine !

Dernier point, l’absence même de formes — entendre le manque quasi total des formules de politesse qui structurent toute correspondance épistolaire. Au lieu d’un « Cher Monsieur Maurice, permettez-moi de vous exprimer ma surprise quand au ton de votre dernière lettre… », nous avons désormais droit à des « Maurice, t’es qu’un gros naze… », nettement plus direct mais moins positif dans une tentative d’arrangement. D’ailleurs, essayez d’employer dans vos e-missives des “formes” traditionnelles et vous êtes immédiatement catalogué comme “méprisant” voire “arrogant” ! N’oublions pas l’absence de la graphie de l’écriture manuscrite, les caractères “machine-à-écrire” banalisent n’importe quelle prose… La mise en capitale étant, elle, prise pour un hurlement !

Pour avoir essayé sans succès de résoudre quelques conflits latents par e.mail, je n’ai jamais réussi qu’à radicaliser les positions de mon contradicteur comme les miennes ! Surpris par ces échecs patents à répétition, j’ai interrogé quelques amis, relations, négociateurs professionnels hors pairs. Conclusion, tous reviennent dare-dare au téléphone portable même si nous restons des acharnés du e.mail. En cas de gros problèmes, le dialogue direct, la tessiture des voix et l’écoute de l’autre sont mille fois plus efficaces. Et là, pas besoin de smileys pour comprendre ce que ressent son correspondant !!

Bref, se parler de vive voix reste assurément la meilleure méthode… Et cette chronique souhaite simplement nous le rappeler pour l’année à venir !

le 29/12/2003 à 20:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

Lendemain de Noël numérique

Chronique ordinaire

dans groummphh
par Jean-Christophe Courte

Le traîneau est passé, le Père Noël vous a gâté (…à moins que ce ne soit la Mère Noël, celle-ci on l’oublie toujours et pourtant, qui fait les paquets, charge la hotte, hein ?!) : vous voici avec la dernière version de Tuba Super+ 128 (où un autre), celui qui prend des photos, sert de lampe torche, de téléphone, de radio, de balise “argos” et même d’allume cigare… Et accessoirement de carnet d’adresses !

Mais parfois, le progrès est juste dans le discours marketing…

  • Eh ! Maurice, t’as pas l’adresse courriel de Gaston ? Je ne l’ai plus en tête…

  • JC, tu me connais, je suis un mec superorganisé. Le temps de booter mon nouveau Tuba Super+ 128…Je l’ai acheté à Londres la semaine dernière pour remplacer mon vieux Tuba Vsb que j’avais plié en Auvergne… Attends, je te donne ça dans deux secondes

  • Laisse tomber Maurice, je vais la retrouver dans mon carnet.

  • Attends. Il a presque fini de charger l’OS. Ouais ! Il rame un peu ; pourtant, j’ai pris la carte Flash de 128 méga en option…

Petit silence…

  • Je me souviens. Je l’avais écrit en vert… Sur une page de gauche… Vers novembre…

  • J’y suis presque ! La base de données vient de démarrer. Je saisis le prénom… G, A, S, T, O, N et…

  • Maurice ! C’était le 23 novembre, le jour de l’anniversaire de mon fils, je l’ai retrouvé.

  • T’es sûr ? Moi, j’ai quatre Gaston dans mes relations. Je regarde les fiches et je te file son mail.

  • Merci Maurice. Je l’ai, et j’ai même le code de sa porte et l’étage.

Maurice fait un peu la gueule, son Tuba Super+ 128 n’a pas pédalé assez vite. Sacré Maurice ! Je l’envie ! Il a toujours le dernier outil à la mode glissé dans sa poche. Et que je te consulte les cours du Nasdaq à coup de fonction WAP intégrée (eh oui, c’est une habitude qu’il a prise pendant la bulle internet, à l’époque où il m’affirmait qu’il allait bientôt cesser de bosser…), la superbase de données des copains, le plan des rues de Paris, etc.
Sans oublier les photos, taille écran, de ses copines ou du dernier anniversaire entre pôtes…

Je me demande bien ce que j’ai à garder encore ce tas hétéroclite de pages, ce magma feuillu prisonnier d’une couverture de cuir aussi fatiguée que moi. Certaines sont grises de noms, de ratures, de numéros dans tous les sens. Beaucoup de ces feuillets sont devenus quasi transparents à force de les peloter, les notes floues. Je ne parle pas du crayon noir, compagnon rarement taillé qui m’oblige parfois à graver une information. Et l’élastique ? Celui qui ferme ce calepin ventru, truffé de cartes de visite, de post’it, de tickets de métro. Quand je le retire, c’est une photo de ma fille qui surgit de cet amas désordonné. Bon point, l’odeur est un poil acide, agréable. Mon odeur en résumé, quoi…

Alors ? Dépassé ? Archaïque ? Est-ce ma façon de résister ? Oui, peut-être, mais à quoi ?! Qu’est-ce qui m’empêche de flanquer le tout à la poubelle ? Tuba Super+ 128, comme ses concurrents, possède un petit clavier confortable qui pivote, un écran couleur hyperfin et bien contrasté. Il a une mémoire d’éléphant capable d’avaler mille fois mes gribouillis, une autonomie fabuleuse. Sa carrosserie hyperlégère est assez solide pour l’empêcher de finir en compression de César quand même je l’oublierai dans ma poche arrière !

Alors, qu’est-ce qui m’arrête ?

Ne plus écrire ? Mais ce serait une bénédiction ! Je passe parfois cinq minutes à me relire et, quand à mon écriture, cela ne s’améliore pas avec l’âge. Ma calligraphie trahit mon humeur, mes émotions surtout quand la buée envahit mes varilux de course. Ne plus entendre le léger crissement du crayon sur la feuille, ne plus respirer l’odeur de l’encre de mon stylo ? Quoi que, en passant, la plume en plastique du machin japonais qui me sert ce matin à écrire se déforme tant et plus… Sans effluves à la clé !

C’est un peu de tout ça. Mais aussi une façon de me prouver que je suis bien vivant. Avec mon calepin, je n’annule rien, je ne gomme rien, je ne supprime rien… je biffe ! Mieux, je pourrai lire demain — si je le veux, si je le peux ! — ce que j’ai rayé aujourd’hui. Je conserve assez de traces, assez d’indices pour revivre ce que j’ai ressenti à cet instant. Et sur ce point, le Tuba Super+ 128 est carrément trop binaire. Allez, j’attendrai encore la version MLXIII qui sera dispo à Noël prochain. Ou la suivante.

Première version de cette chronique publiée sur 01net en septembre 2000

Edit 2017 : Depuis, j’ai mon Tuba Super+ 128 est un iPhone 7 plus, je ne vais pas insister…

le 25/12/2003 à 08:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

En attendant FrameMaker 7.1…

Alors…?

dans groummphh
par Jean-Christophe Courte

Je ne sais pas si vous connaissez FrameMaker. Pour ma part, je l’utilise depuis la version 4 sur Macintosh et j’affirme que c’est l’un de mes meilleurs outils de production… Mais la dernière annonce de Adobe me sidère…

Il suffit de se rendre ici pour se rendre compte du bug… FrameMaker évolue en version 7.1 et supporte quelques petites choses comme l’enregistrement au format XML par défaut lors de l’édition de documents XML, des filtres d’import de fichiers QuarkXPress et PageMaker, la prise en charge du positionnement direct d’images Photoshop. Et, accessoirement, la génération de fichiers PDF avec Distiller® 6.0 pour tirer parti de la dernière technologie PDF.

Bref, le dernier point m’intéresse au plus haut point car je bosse sous FrameMaker 7 mais sous Classic. Car le bug est là. FrameMaker est un produit UNIX à la base, porté ensuite sous Macintosh et Windows. Or depuis deux ans, il n’y a pas de développement de version OSX… Sachant que FrameMaker est avant tout une application UNIX (je sais, je me répète…).

Bref, je m’interroge sur l’avenir sous OSX de cet excellent produit, le seul à gérer de superbes index multiples grâce à ses nombreux markers, à me permettre du texte conditionnel (et désormais sous XML… mais dans la version 7.1 inaccessible aux utilisateurs d’OSX), etc.

Certes, il y a concurrence sur certains domaines entre Adobe et Apple… mais la question reste entière : quand aurons-nous le droit à une version 7.1 ou 7.5 ou 8 de FrameMaker pour OSX. car, désolé de pousser ce grognement dans la campagne marketing de promotion de CS (que j’ai reçu en Français, super !).. mais InDesign (pas plus qu’XPess d’ailleurs) n’arrive pas à la cheville de FrameMaker dès lors qu’il s’agit de documents structurés au long cours… De plus, FrameMaker est aussi une application de rédaction pour des auteurs universitaires ou scientifiques, chose que l’on a tendance à oublier.

Bon, on se réveille à San José…?

Car si comme le dit John Warnock, le président fondateur d’Adobe “les bonnes idées viennent de partout dans la société”, j’ajoute qu’elles peuvent aussi venir des clients…!

Pourtant tout espoir n’est pas mort… les manuels techniques au format .pdf fournis avec la dernière suite CS sont faits avec quoi d’après vous ? InDesign ? TextEdit ?! Non, avec FrameMaker 7 sous Macintosh (et distillés sous Distiller 5.0.5 sous Classic).

Alors, je garde un peu d’espoir, que la lucidité va revenir chez Adobe, simplement parce que les rédacteurs internes vont également se mettre à gueuler !

le 18/12/2003 à 08:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

Keynote, arrière-petit-fils d’une Composphère… | 3

Vie antérieure…

dans groummphh
par Jean-Christophe Courte

Lisa et ses 85 KF à amortir (sic !), ne dura pas une éternité, suffisamment néanmoins pour être transformée temporairement en un Macintosh mais avec le fameux souci dit des pixels — carrés sur le Mac, alors que Lisa affichait des pixels rectangulaires… Et l’on passa à MacDraw !

Très vite, Lisa s’avéra être un échec marketing malgré son avance technologique incomparable. Nous convertîmes notre Lisa en Macintosh l’année suivante… Du coup, LisaDraw devint MacDraw mais nous perdîmes Lisa 7/7, sorte d’Office à la sauce Apple. Pour les graphiques, ce fut Microsoft Chart (qui avec Microsoft Multiplan, devint Microsoft Excel).

Pourtant, les choses s’accélèrent une seconde fois avec l’arrivée de l’imprimante laser… Dès lors, les sociétés de conseil suivirent très vite et s’équipèrent en Macintosh même si quelques-unes (…pas de noms, pas de noms !) nous conseillèrent de travailler sur des machines sérieuses (…du matériel Victor) avant de basculer une année après sur Macintosh.

La laser, une révolution aussi importante que l’ordinateur

Voici certainement le périphérique qui transforma ce métier et tant d’autres : avec l’impression impeccable des caractères PostScript, le lissage des courbes de bézier des graphiques réalisés sous MacDraw, les sorties papier devenaient parfaites. Et nombre de professions s’en trouvèrent bouleversées.

Des pans entiers de l’univers de l’imprimerie ne comprirent pas de suite qu’ils étaient condamnés s’ils ne bougeaient pas.

Les photocompositeurs survécurent quelques années avant de jeter l’éponge et déclarer forfait. Mais revenons à notre propos : En moins de deux ans, on abandonna Rotrings, Gutta et cutter pour créer toutes les présentations directement à l’écran.

Mieux encore, avec des sorties quasi parfaites, le banc photo n’était plus utilisé que pour réaliser le film inversible (le lith) propres aux diapos. La Composphère n’était plus d’actualité, il était plus facile de saisir et de changer de typographie directement à l’écran.

Exit les cartes magnétiques : le Macintosh, la laser et le lecteur de disquette révolutionnèrent les présentations visuelles.

Couleur et impression sur pellicule

Puis la couleur arriva sur l’écran avec les premiers écrans 13 pouces et les Macintosh II fx ou II ci. Les softs s’adaptèrent assez vite. Il me semble que c’est MacDraw II qui supporta la couleur.

La troisième accélération fut l’œuvre d’autres périphériques, ceux qui permirent d’impressionner directement les émulsions photos.

Laser Graphics commercialisa son fameux Personnel LFR ou LFR Plus dans les années quatre-vingt-dix, un imageur qui permettait de shooter sur Ektachrome directement les images en couleurs préparées sous MacDraw et enregistrées au format PICT.

Un long tube terminé par un appareil photographique et une focale 35 mm permettait de photographier toutes les vues en les affichant sur un écran haute définition noir et blanc mais avec un dispositif de trois filtres RVB monté sur une platine circulaire couplé à une opération de superposition (une vue était égale à la superposition de trois vues filtrées, une rouge, une bleue et une verte).

Ces imageurs succédaient aux Montages FR1 et FR 2 de Presentation Technologies. Ces produits permettaient de sortir des diapos avec une définition de 4000 lignes, voire de 8000 lignes pour les tous derniers modèles commercialisés alors.

Certes, le temps de shooting était long, 5 minutes en moyenne par vue, mais ce n’était rien en regard des méthodes précédentes ! Quasiment plus d’intervention humaine, plus d’odeurs de chimie dans le studio…

Les précédents process connurent à leur tour le sort de la Composphère : plus besoin de banc arts graphiques, plus de chimie, de zip ou de table lumineuse, plus besoin de retouches : juste la mise en couleurs à l’écran.

Bref, en quelques années et en trois grandes étapes, la chaîne de production avait perdu nombre de ses maillons ou de ses freins en production. Elle s’était ramassée en quelques outils et opérations élémentaires. Et à la portée d’un seul opérateur.

Mais process encore trop long au gré de certains.

Et le vidéoprojecteur fût !

Malgré une rationalisation des outils, la réalisation de diapos restait une étape trop longue en terme de délais de fabrication et ce malgré la superbe qualité des ektachromes projetées plein pot lors de grands meetings d’entreprise.

Nous utilisions des projecteurs Simda, des 250 ou 400 watts refroidis par des ventilateurs spécifiques, avec des lampes à vapeur métallique ou xenon, des engins qui atteignent aujourd’hui 5000 lumens !

Mais dans le monde du conseil désormais lourdement informatisé, l’idée de pouvoir modifier sa présentation jusqu’à la dernière minute, restait dans l’air…

Jusqu’au moment où les premiers vidéo projecteurs portables furent disponibles à des prix raisonnables. Et là, je ne parle pas des premiers Barco que nous utilisions pour des séminaires ! Là, on nagait en pleine préhistoire ! Imaginez des monstres loués à prix d’or affichant 640 par 480 pixels qui nécessitaient la présence d’un technicien 3 heures avant la manifestation pour régler le parallélisme… !

Désormais nous utilisions des vidéo projecteurs très lumineux, légers, se connectant en un quart de seconde à un portable. La résolution tutoyait les 1024 par 768 pixels, 3200 lumens pour une machine de moins de 6 kg…

Beaucoup de prétendants

Il restait nombre de points à améliorer au niveau de l’application même qui permettait de réaliser ces présentations.

Si MacDraw (II puis Pro), tout premier produit vectoriel, successeur de LisaDraw (et bien avant Illustrator) était désormais bien installé, cela n’empêchait pas les prétendants de se bousculer.

MORE, poussé en France par Bruno Rives, sortit des cartons mais n’arriva pas à s’imposer malgré un fabuleux mode plan découlant de Think-Thank et des tas de fonctionnalités devenues banales aujourd’hui comme les effets de transition entre slides.

Passèrent des produits assez sophistiqués comme StandOut de Letraset, Persuasion d’Aldus (…avant d’être racheté par Adobe) qui tournait déjà en version 2.1 sous Mac et PC ou encore Cricket Presents avec Cricket Graph, produit qui s’écroula avec la sortie de sa version III. Sans oublier quelques ovnis comme ChartMaker ou d’autres.

Et, bien évidemment, PowerPoint de ForeThrought. Ce produit né sous Macintosh montrait la voie de ce que devait être un outil simple de présentation visuelle : rustique, simple d’emploi (à l’époque !) et gérant bien la couleur.

Pourtant, très vite, cette application s’éclipsa, racheté par Microsoft en 1987.

En fait, il semble que ce n’est pas ce produit qui intéressait Microsoft mais Filemaker. Malheureusement (ou heureusement selon le cas), une clause permit aux développeurs de se dégager et Microsoft se retrouva avec cette acquisition coûteuse qui, du coup, fût intégrée à Office et portée sur Windows.

Les sociétés de conseil restèrent néanmoins sur MacDraw car le produit était simple à utiliser et surtout à apprendre. Il faut se se rappeler que MacDraw est une sorte de Jeep, d’outil à tout faire (souvenez-vous du premier livre d’Andréas Pfeiffer, réalisé à 100 % sous MacDraw), rustique et solide.

Et quand on choisit un produit dans l’univers du conseil, avec des bureaux dans le monde entier, on fait un choix pour pas mal d’années. D’autant que des tas de présentations furent produites et que l’on réutilise fréquemment des graphiques essentiels d’une présentation à une autre.

Par ailleurs, les graphiques issus d’Excel se trafiquaient bien sous MacDraw. Sans oublier qu’un seul fichier supportait largement une présentation complète constituée de nombreuses slides… Bref, tout semblait aller pour le mieux.

Une certaine absence de vrai marketing

Apple fit d’une certaine manière son propre malheur en créant en juillet 1987 Claris, éditeur indépendant mais filiale à 100 % d’Apple.

La première erreur fut de sortir à tout prix deux produits à partir de MacDraw Pro, à savoir ClarisDraw et ClarisImpact.

L’idée des marketeurs de l’époque était d’augmenter le nombre d’utilisateurs. ClarisDraw étaient prévu pour les architectes, pour des usages techniques. ClarisImpact était dédié aux présentations visuelles.

Hérésie d’autant que l’on avait besoin de l’ensemble des fonctionnalités de ces deux produits qui avaient été stupidement segmentées…

Déjà les clients ne surent du coup pas quoi choisir ! Et restèrent pour la majorité sur MacDraw Pro (…en tous cas pour tous les clients pour qui je travaillais à l’époque).

Une seconde erreur fut de ne pas avoir proposé immédiatement une version PC de MacDraw Pro.

Or Microsoft tira le premier avec PowerPoint 3, dès 92 sous Windows 3.1 et Mac. La version 4 lui succéda en 94. Avec quelques points forts comme l’intégration des graphiques depuis Excel et du mode plan depuis Word.

Claris se rattrapa avec la sortie de Claris Impact II en 95 mais c’était déjà trop tard. Pourtant Claris Impact II possédait un grapheur intégré, un outil de réalisation de tableaux, une fonction de vues miniatures pour trier et modifier l’ordre des slides…

Mais, même si les décisions se prennent lentement, elles se prennent pour longtemps.

Apple avait portant un parc étonnant de MacDraw et MacDraw Pro installés aux 4 coins de la planète. Mais la migration vers PowerPoint se fit vite.

Avec un autre argument quasi imparable : la compatibilité avec l’informatique des clients…. Majoritairement, eux, sous PC.

La messe était dite d’autant que Claris commençait à ne plus exister face à la pression de Microsoft et des autres éditeurs.

Jusqu’à la fin 2002, il ne restait plus que PowerPoint comme outil de PREAO, Persuasion ayant été retiré du catalogue d’Adobe.

Keynote, fabuleux produit pour qui ?

Bien que ne réalisant plus de présentations visuelles depuis quelques années, les freelances ayant déserté les cabinets de conseil, j’ai acquis Keynote dans la semaine qui a suivi son annonce par Steve Jobs.

Et j’ai eu le plaisir de réaliser une présentation “Corporate” pour un de mes clients. Toute la présentation ayant été enregistrée en QuickTime, ce fut un bonheur de mélanger photos, effets, illustrations réalisées sous Illustrator et de découvrir qu’il était facile de créer ses propres thèmes. Je vous engage à (re)lire le papier de François Cunéo sur cuk pour en savoir plus.

Et pourtant, qui va utiliser ce fabuleux produit ? Les consultants que je connais ne jurent désormais que par PowerPoint !
Dommage car leurs présentations stéréotypées retrouveraient de la fraîcheur et un peu de cette qualité graphique des années quatre-vingt !

Première partie Seconde partie

le 06/12/2003 à 08:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

Keynote, arrière-petit-fils d’une Composphère… | 2

Vie antérieure…

dans groummphh
par Jean-Christophe Courte

Bref, tout fonctionnait correctement dans le meilleur des mondes de la présentation visuelle traditionnelle, entre gutta et Composphère, encre de chine et copyproof… Et même pour réaliser des diapos 35 mm !
Jusqu’à l’arrivée du Lisa…

Si le tirage d’une présentation sous la forme de transparents de rétro projection ou en plusieurs exemplaires photocopiés était déjà une opération complexe, que dire des projections diapositives !

Que l’on comprenne bien ce qui était alors la réalisation d’une “slide” (d’une page de rapport ou de présentation)… Tout était dessiné à la main (Illustration, le ou les graphiques), les valeurs montées en place à la Composphère ou frappées sur un morceau d’adhésif (sticker) puis découpées une à une (si, si !!) au cutter et placées en habillage autour du graphique par un simple contrôle visuel sur une table lumineuse…

Idem pour le bloc texte, le titre étant généralement saisi sur une autre page, attendant son mille-feuille graphique… !

Faire une diapo était une authentique aventure

Or, il manquait une composante : la couleur. Pour ceux qui n’ont pas suivi, les photocopieuses, véritables montres nécessitant pratiquement un technicien en permanence à leur service (si, si…! Surtout la veille d’une grosse présentation…), ne produisaient que des copies noir et blanc.

Pourtant le process pour faire une diapo était objectivement le même : montage papier de chaque planche mais, avec une variante importante, les surfaces des graphiques étaient pochées en noir ou remplies de zip à trame dense, en réserve pour la couleur à venir.

Pourquoi ?

Une fois le document validé par le consultant en charge de sa présentation, la slide était photographiée avec le même banc arts graphiques et transféré sur un film “lith” (…Pour lithographie). Bref, tout ce qui était blanc sur l’original devenait noir et tout ce qui était noir… transparent (…faut suivre :-). Une inversion complète…

Le lith était développé dans des bains comme une photographie (activateur, fixateur) et séché immédiatement au sèche-cheveux ! Toutes les pétouilles (comprendre points transparents en trop dans la zone noire) bouchés au feutre indélébile noir. Inversement les parties transparentes avec quelques poussières noires grattées délicatement à la lame de rasoir, si besoin était.

Une fois ce lith réalisé et testé (bien opaque s’entend, opacité qui se dégradait avec l’oxydation du révélateur dans l’heure que suivait), il fallait le mettre en couleurs avec des trames Mecanorma transparentes. Des films de couleurs, des gélatines adhésives si vous préférerez…

Ce travail s’effectuait sur une table lumineuse et toujours au cutter… Un travail d’esclave (!) où il était indispensable de ne pas oublier d’une planche à l’autre que telle couleur était attribuée à tel client ou référence, telles autre aux concurrents, etc.

Bref, on baignait littéralement dans l’odeur du révélateur, nous passions constamment de la chambre noire au studio éclairé a giorno… Sans oublier le stress dû à la «deadline» incompressible, c’est-à-dire la date et l’heure de la présentation proprement dite.

…qui se terminait au labo photo

Pendant pas mal d’années, ce process permettait de ne fabriquer qu’un seul exemplaire de chaque diapo. En effet, le document papier d’origine était photographié et reproduit sur un film lith mais au format 40 par 40 mm !

Je ne vous raconte pas le travail à la loupe ! Mais bon, il est vrai qu’une fois la slide traitée, il suffisait de la mettre sous caches dotés de verres anti-newton et le tour était joué. Néanmoins, c’était risqué.

Et surtout, très vite les clients ont souhaité avoir une copie de la présentation quand ce n’était pas les consultants pour travailler sur deux écrans ou autre.

Nous avons mis en place une solution qui consistait toujours à reproduire le document papier source sur film lith mais au même format A4. Ensuite à traiter ce grand lith A4 en couleurs mais du coup à l’employer comme original couleurs en le reproduisant à l’aide d’Ektachrome 64 en plusieurs exemplaires avec un appareil photo 35 mm.

Pour cela nous recourions à un Nikon F2 motorisé accroché à une platine, elle même fixée sur une colonne à crémaillère. Nous utilisions un objectif macro Nikkor de 55 mm avec, intercalé devant l’objectif, des gélatines Kodak orangées…

Là aussi, c’était Pinder ! Le lith était posé sur une table lumineuse équilibrée (type 5500° K), des caches en carton noir assurant le masquage de la périphérie du lith (ben oui, la table était plus grande que le lith). Et vas-y que je prends quatre exemplaires (ou plus…) de la slide avant de passer à la suivante. Etc.

Ensuite, c’était la livraison par coursier — plus fréquemment en rentrant à la maison vers 2 heures du matin — des bobines d’ektachromes dans la boîte à lettres de Picto, rue des Entrepreneurs, ou chez Central Color. Ou encore RainbowColor (rue du Mont-Thabor).

Puis l’attente aux petites heures du matin du développement des films (le bouton de la sonnette que l’on laissait enfoncé des dizaines de minute chez Picto, avant de voir les gars du labo débarquer du sous-sol), la vérification et montage sous caches verre des diapos dans l’ordre de la présentation suivi d’une traversée de Paris à fond de train pour livrer le carrousel ou les panodias à l’hôtel Bristol ou ailleurs.

Et pas le droit à l’erreur, la présentation avait lieu une heure plus tard !

Tout ceci fut notre quotidien durant des années.

Et Lisa arriva…

Là, vous pouvez passer ces quelques paragraphes car ils narrent notre propre rencontre avec Lisa

Un jour, dans la salle d’attente de mon dentiste (mon copain Paul-Jean Chouteau, trop tôt disparu…), je patientais en tournant fébrilement les pages du Nouvel Observateur et je tombe sur un cahier publicitaire évoquant le dernier né d’Apple, Lisa… Dès le lendemain, j’étais rue du Renard à Paris chez International Computer pour suivre une démonstration…

La présentatrice (Judith K. me semble-il) fut appelée au téléphone et je lui empruntai aussitôt sa souris… Je me souviens de cet instant où je dessinai mon premier rectangle sous LisaDraw.

Pof, inutile de vous dire que je fus subjugué…

Avec Béatrice, mon associée, nous passâmes commande de notre Lisa quelques jours plus tard après avoir convaincu notre banquier de nous accorder un prêt pour l’acquisition de la machine.

Le plus incroyable fut son aide précieuse pour nous permettre d’obtenir ce prêt, vu que n’avions pas des bilans flatteurs… Mais il était fan de technologie et d’Apple…!

Des sorties aux petits points d’imprimante matricielle !

Ne connaissant rien à l’informatique, je fis seul l’installation du Lisa dans notre studio, mort d’angoisse !

Merci encore à Christophe Droulers (aujourd’hui chez MyScript) qui me rassura au téléphone : je me vois encore tenant la première disquette d’installation de l’OS et passant un coup de fil à Christophe pour être certain que je ne l’introduisais pas dans le mauvais sens…!

Notre premier outil de PREAO fut LisaDraw… Il nous permettait de faire sur l’écran toutes les opérations que nous faisions auparavant avec de multiples outils (lire l’épisode 1).

C’était magique !

Dessiner un graphique (ou l’importer depuis LisaGraph), l’habiller, changer les trames, modifier le texte, le déplacer, le réduire, c’était fabuleux…

Certes l’impression était, elle, catastrophiquement longue sur l’imprimante matricielle (ImageWriter) mais le résultat, bien qu’imparfait, bluffait déjà nos clients…

Bref, il nous manquait un périphérique…

Première partie Troisième et dernière partie

le 04/12/2003 à 08:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

Keynote, arrière-petit-fils d’une Composphère… | 1

Vie antérieure…

dans groummphh
par Jean-Christophe Courte

J’ai éprouvé un véritable sentiment de nostalgie à la lecture de l’excellent papier écrit par François Cunéo sur Keynote 1.1.1 en novembre 2003 (voir sur le site de CUK à cet endroit). L’évocation de cet outil que je n’utilise pas autant que je le souhaiterais m’a renvoyé quasiment 30 ans en arrière….

Retour sur image(s).

Pour situer les idées, cher lecteur de MacDigitNote pour mémoire : le papier est sorti sur MacDigit la première fois en 2003 — ce site a cessé ses parutions en juin 2006 et j’ai rapatrié quelques billets sur urbanbike par la suite — disons d’emblée que les présentations visuelles à base de graphiques et d’organigrammes sont utilisées par les sociétés de conseil depuis, grosso modo, les années 1950.

Elles ont rapidement donné lieu à la création en interne de véritables départements dédiés à leur production dans les plus grosses «Top Ten» comme McKinsey & Company, Booz-Allen & Hamilton, etc.

L’objet de ces structures étant de décharger les consultants de la partie graphique, en les laissant essentiellement plancher sur la stratégie, décortiquer le cœur de métier du client, les opportunités de croissance, les nœuds de productivité, mouliner chiffres et données. Bref, leur laisser faire leur «job» de consultant.

Un outil de communication, certainement pas un gadget

L’équipe des business graphics était à la disposition des consultants et chefs de projet et ce, de jour comme de nuit (si, si, j’ai souvenir d’avoir terminé un job à 3 heures du matin et, au moment de rentrer me coucher, être tombé sur deux gars qui me demandèrent si j’étais d’attaque pour une nouvelle charrette), jours fériés ou non, pour réaliser des rapports finaux à destination des clients ou une présentation visuelle haut de gamme, moment clé pour faire passer les messages ou recommandations, souvent lourds de conséquences.

Bon, n’exagérons pas, tout cela fonctionnait avec un planning mais régulièrement, on arrivait à des périodes «critiques» où tout dérapage mettait la pression.

Car un des problèmes majeurs d’une société de conseil est de faire passer correctement son analyse de la situation, ses points de vue, flinguer les partis pris parfois erronés du client, les difficultés qui l’attendent et surtout la stratégie à mettre en œuvre.

C’est pourquoi ces moments de communication à l’attention exclusive du client sont des exercices délicats et la réalisation d’un rapport ou d’une présentation bien structuré, avec des annexes solides, est toujours un événement clé.

C’est aussi l’un des rares instants où le client a une vision complète des réponses aux questions qu’il a posées à la société de conseil et pour lesquelles il paye une note conséquente !

Plongée dans un passé récent…

Or, il y a peu, ces services de business graphics ont littéralement inventé toutes les techniques des présentations que nous connaissons maintenant. Tout ce matériel a été imaginé en une trentaine d’années et PowerPoint et consorts ne font que modéliser ce qui a été au départ des bricolages réalisés avec des feuilles de papier…

Et je peux vous assurer que ces présentations, faites main, avaient de la gueule… Bien plus que certaines qui nous sont présentées aujourd’hui, standardisées et interchangeables. Car, si ces départements existent toujours actuellement au sein de ces sociétés, de plus en plus de consultants réalisent eux-mêmes leurs présentations avec leurs outils informatiques et des templates (modèles) “maison”.

Cette dernière tendance m’inspire beaucoup de regret quand je découvre la pauvreté de certaines présentations expédiées au client final. Remarquez que je n’ai fait aucun commentaire sur ce point même si je n’en pense pas moins (pourquoi, ça s’entend tant que ça ?!).

Bref, tout était à concevoir alors, que ce soit le séquençage d’une présentation en plusieurs parties, le rappel visuel en haut des slides1, les résumés intermédiaires, l’idée de ne mettre d’un seul message par page — perspective qui n’a pas été toujours au goût de certains consultants (!!), etc.

Sans oublier les illustrations faites pour l’occasion, les overlays (décomposition d’une vue en plusieurs étapes pour la construire lors de l’exposé), etc.

Nous sommes passés des premiers rapports papier à l’italienne (comprendre… format paysage) aux transparents noir et blanc, puis couleurs, puis ensuite aux présentations 35 mm couleur et enfin à la vidéo projection en très peu d’années.

Ces business graphics ont recruté tous azimuts : parmi les secrétaires pour leur capacité à saisir du texte sur une machine à écrire mais également parmi des illustrateurs, des graphistes et même des étudiants en architecture ! Tous ces gens s’auto-formaient et j’ai appris mon «métier» de l’excellent Marcel Dunand qui lui même l’avait étudié avec Gene Zelazny

Fabrication à la main !

À l’époque, les documents étaient réalisés à la main, sur des tables d’architecte inclinables et à contre poids. Nous utilisions des stylos à encre de chine d’épaisseurs différentes, de marque Rotring, Faber-Castell ou Graphoplex2.

Image trouvée récemment.

image © urbanbike

Le support, au format Letter ou A4, était un papier blanc enduit de kaolin pour permettre les modifications par grattage.

C’est pour cela d’ailleurs que beaucoup de personnes employées par les cabinets de conseil étaient des étudiants en architecture, habitués à monter les graphiques au crayon bleu (couleur non prise en compte par la photocopieuse lors du balayage du document), à manier l’encre de chine, à jouer de la lame de rasoir ou du cutter pour placer de la trame adhésive (les fameuses zipatone) sur les différentes séries des graphiques ! Certains titres étaient aussi montés avec des lettres transfert comme celles de Letraset ou Mecanorma.

Quand aux textes des tracés, ils étaient saisis à la machine à écrire (en Orator ou en Prestige Elite) avec deux types d’appareils, celles que vous connaissez pour en avoir croisé et des monstres (des Varityper) qui autorisaient des tailles plus importantes…

Bref, c’était le temps de la Gutta, une colle liquide que l’on appliquait au pinceau avec délicatesse car les documents produits étaient multicouches !

Entre le croquis d’origine, les modifications graphiques, les superpositions de papiers pour les textes, on en arrivait à produire de véritables mille feuilles qu’il fallait raccorder avec cette colle (bien avant les colles repositionnables en bombe de chez 3M, par exemple). Les débordements se retiraient alors avec un morceau de crêpe, type semelle de chaussures clark’s

À la fin, ce qui masquait tout cela, c’était “LA” photocopieuse de chez Xerox ou IBM… Le mille-feuille revenait à une épaisseur normale puisqu’il était reproduit en grand nombre pour la réalisation du rapport au client !

Quand cela ne passait plus (trop d’objets empilés !), on realisait alors un Copyproof (Agfa) avec un banc de reproduction.

Cette énorme caméra équipée de deux rampes lumineuses de 1200 Watts, permettait de surcroît d’agrandir ou de réduire sans trop de perte des dessins au trait… En ce temps-là, pas si lointain, un graphiste en présentations visuelles devait tout savoir faire et accessoirement s’abstenir de dormir, les charrettes s’enchaînant les unes derrières les autres.

Transparents, le must des années quatre-vingt

Aujourd’hui, une présentation visuelle, c’est quelque chose de projeté via un vidéo projecteur ou un écran. Pourtant, dans les années quatre-vingt-dix, c’était des diapositives qui, elles-mêmes, succédaient aux transparents !

En effet, il y a eu trois types de présentations qui se sont succédés en se chevauchant au niveau de l’usage… Le transparent fut l’outil le moins sophistiqué car il n’autorisait généralement qu’un fond… transparent, c’était une sorte de réplique du document source mais avec quelques touches de couleurs !

En effet, une fois la photocopie effectuée, l’un des moyens les plus économiques et rapides de présenter était de réaliser un «transparent» (de chez 3M) à partir de cette photocopie !

Nous utilisions des grosses machines (nos fameuses machines à harengs) où la photocopie était introduite en même temps que le transparent ! À la sortie, les deux éléments étaient collés l’un à l’autre et il fallait régler subtilement la machine pour obtenir des noirs profonds sur les films.

La mise en couleurs se faisait au cutter toujours avec un nombre réduit de films de nuances lumineuses. Le seul risque était une mauvaise découpe au cutter qui se voyait nettement ou encore des traces de doigts. Ensuite le transparent ainsi colorisé était monté sur un cadre en carton.

Cadre sur lequel le consultant griffonnait quelques notes à relire au moment où il posait son visuel sur le rétroprojecteur… Une variété d’antisèche, quoi !

Composphère

Un jour, IBM sortit la Composphère. Imaginez une énorme machine à écrire noire, totalement électrique et capable de déposer une typographie de qualité imprimerie sur ces mêmes feuilles de papier.

C’était une avancée fabuleuse : plus de textes baveux ou flous, enfin une typo nette ! Cette machine permettait de saisir un texte à blanc pour visualiser son encombrement, de changer de police de caractère via les fameuses sphères, chaque sphère correspondant à une typo dans une taille spécifique. Et surtout la frappe s’effectuait avec force sur un ruban de matière synthétique qui venait se coller (je simplifie) sur le papier. D’où ces caractères superbes alliés à une plus grande richesse de signes. J’ai essayé de retrouver, sans succès, la photo de cette machine sur internet, niet ! (NDLR si une bonne âme à une photo, nous sommes preneurs)

Suite à cette petite phrase, j’ai reçu des photos réalisées par Gérard qui ont donné lieu à ce billet assez complet en mars 2009 Que Gérard soit béni jusqu’à la 9° génération…!.

20090324_mignon_1.jpg

Bon, l’usage de la Composphère était assez complexe car il fallait, lors de compositions raffinées, changer en permanence de boule, chaque boule correspondant à la typo complète dans une unique graisse (vous suivez ?).

20090324_mignon_4.jpg

Avec, en contrepartie, un système d’enclipsage qui détruisait vos ongles en moins de deux…! La première version de la Composphère avait peu de mémoire, juste la mémoire d’un bon paragraphe.

Puis IBM inventa la Composphère à carte magnétique ! Celle-ci permit dès lors d’effectuer des justifications parfaites et j’ai le souvenir d’un livre auquel j’ai participé, entièrement réalisé ainsi et monté à la fin toujours sur du papier, colonnes de textes et dessins “grattés” au rapido…

Seconde partie Troisième et dernière partie


  1. Slide : ce mot passe-partout est utilisé aussi bien pour parler d’une page que de sa transcription en diapo projetée sur un écran… 

  2. Il semble néanmoins que tous ces matériels très performants aient quasiment disparu… J’ai trouvé ceci pour montrer à quoi cela ressemblait : http://www.rotring.de/ 

le 02/12/2003 à 08:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?