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Télétravail : 3 ans après…

Un retour d’expérience de Régis

dans bosser n’importe où | signé regis
par Regis Corbet

Ce n’est que depuis 3 ans que je télétravaille sur un rythme régulier, mais c’est un projet que j’avais depuis longtemps, une quinzaine d’années en fait, à peu près depuis l’arrivée du haut débit domestique. A cette époque le télétravail été réservé à certaines tranches de travailleurs, principalement les “ créatifs ” et plutôt des gens avec un statut d’indépendant.

Il se trouve que pour d’assez mauvaises raisons j’ai obtenu dans le cadre d’un statut dérogatoire le droit d’exercer la moitié de mon temps de travail à domicile, soit deux jours par semaine étant donné que j’ai par choix un emploi à temps partiel.

Au début

D’entrée, je me suis senti à l’aise avec cette nouvelle manière de travailler, il faut dire qu’exerçant une profession éloignée du cœur de métier de mon entreprise j’ai toujours, même à l’intérieur d’une équipe, eu l’habitude d’une relative autonomie. L’essentiel de mon activité se concentre sur de la production, et reste du temps est consacré à des réunions ou des activités sur site.

J’organise donc ma semaine en allouant des tâches nécessitant de la « tranquillité » (Rédaction, montage vidéo, infographie, retouche photo…) aux jours de télétravail, et celles nécessitant une présence physique dans les locaux de l’entreprise (réunions de création, prises de vues…).

Les remarques des collègues

Une des spécificités de ma situation, c’est que je suis le seul dans mon service à télétravailler. Cela entend parfois une incompréhension de la part de certains de mes collègues se caractérisant par des réflexions du genre « Tu ne travailles pas demain… je veux dire au bureau », « Ah, c’est vrai tu n’est pas au bureau le mardi… » je les remarque, mais à vrai dire ne m’en offusque pas vraiment car c’est le lot de toutes les personnes qui ont une différence marquée avec le reste du groupe auquel elles appartiennent.

J’ai aussi des « Ah oui le mercredi tu n’es pas là… » mais c’est une autre histoire, en tout cas cela prouve que le changement culturel est un sujet autant pour les collaborateurs que pour les organisations.

Et les réunions ?

Le quotidien de la vie dans une grande entreprise, ce sont les réunions. Si la plupart se déroulent lors de mon temps de présence dans les locaux de l’entreprise, je participe parfois à des réunions par téléphone, et je dois dire que c’est une expérience assez déstabilisante.

Si j’interviens, je n’ai quasi aucun retour (non-verbal) sur mes propos, et c’est une chose difficile que de développer une argumentation sans savoir en temps réel comment elle est reçue par les interlocuteurs.

Pour cette raison j’attends beaucoup de vraies solutions de visioconférence, ça m’obligera juste à avoir une chemise repassée ces jours là !

Mon coin boulot

Un des avantages d’habiter en très grande banlieue c’est de pouvoir disposer d’une bonne surface habitable. Cela me permet donc d’avoir un vrai bureau pour travailler, le luxe serait de disposer d’un local indépendant dans le jardin, on y viendra peut-être mais ce n’est pas encore d’actualité.

Pour effectuer mon travail j’utilise un ordinateur portable fourni par mon entreprise connecté à un grand écran et à clavier pour gagner en confort. Je n’ai pas besoin d’une grande table de travail car je n’utilise jamais de papier. Si quelqu’un me confie des notes, je les numérise immédiatement et je ne produits jamais d’écrits pour la bonne et simple raison que personne n’est en mesure de me relire, pas même moi.

Ainsi tout ce dont j’ai besoin se trouve toujours à l’intérieur de mon ordinateur, et ma configuration en double écran me permet d’afficher un document de travail plus des notes si besoin. J’ai une configuration strictement identique quand je suis dans les locaux de l’entreprise. Tablette et smartphone complètent la panoplie, me permettant de lire mes mails dans un fauteuil car étant donné le relatif inconfort de ma chaise de travail il m’arrive de m’installer ailleurs.

Une chaise de travail digne de ce nom c’est l’investissement que je dois me décider à faire, mais souvent c’est cher, ou moche, et parfois les deux.

La journée type

Mes journées de télétravail sont occupées par des tâches de production que j’essaie au maximum de planifier par séquences. Je commence très tôt, avec pour premier objectif de traiter les urgences et organiser la journée, après quoi il est l’heure d’aller déposer les enfants à l’école. À mon retour je me lance sur une de ces tâches de production.

La matinée est ponctuée par une pause café, dans une autre pièce de la maison ou si le temps le permet dans le jardin, et c’est reparti jusqu’à 12h30-13 heures. L’après-midi se déroule à peu près de la même manière, et en fin de journée je récupère les enfants à la garderie.

2 minutes de temps de transport pour aller et revenir lorsqu’on habite à 25 kilomètres de son lieu de travail en région parisienne, cela peut faire rêver des usagers du RER.

Les risques

Lorsqu’on est télétravailleur salarié, on a parfois le sentiment qu’une caméra nous espionne et que notre manageur tient une comptabilité précise de notre temps de travail.

On se prend à culpabiliser de prendre une pause café/toilettes ou passer un coup de fil perso alors que la même chose dans les locaux et au vu et au su de son équipe ne nous posera aucun problème. Je pense que comme beaucoup de salariés, je suis encore focalisé sur la notion de temps de travail hérité du mode dominant d’emploi « présentiel », alors que même dans le salariat c’est maintenant la réalisation de tâches qui est devenue l’unité de mesure. On est passé d’une obligation de moyens à une obligation de résultat.

Je pense que l’on ne prend pas assez en compte le risque psycho-social pour le télétravailleur. Sans bornes spatiales et temporelles comment identifier le moment où la charge devient insupportable ? À qui se confier quand on est seul, les travailleurs indépendants le savent bien et ce n’est pas la médecine du travail moribonde qui sera en mesure d’alerter.

Des kilos en plus

C’est évident, depuis que je télétravaille j’ai d’avantage de mal à rentrer dans mes vêtements. Les raisons en sont diverses : c’est d’abord la sédentarité caractéristique première de ce mode de travail, mais aussi j’avoue une mauvaise organisation.

Souvent entraîné dans une tâche, je laisse passer midi, et c’est que quand la faim se manifeste que je pense au repas. Bien évidement, comme lorsque la faim nous tenaille, on ne fait pas les choix nutritionnels et quantitatifs les plus adéquats.

En plus je travaille à pas plus de 10 mètres du placard où sont stockés les Granola. Bilan, 4 kilos pris en 3 ans.

Un élément indispensable pour la transformation digitale

Toutes les grandes entreprises n’ont de cesse de nous affirmer l’avancée de leur transformation digitale, mais qu’y a-t-il derrière cette formule ? Beaucoup croient que transférer sur des tablettes des informations autrefois diffusées sur papier va faire d’eux les champions digital… franchement je ne crois pas que ce soit là que je joue cette transformation, je pense même que ça se passe bien loin des outils et que ce sont de nouvelles organisations, de nouvelles manières d’appréhender le travail.

Le télétravail amène les organisations à repenser leur modes de fonctionnement, à donner d’avantage d’autonomie à chacun, et surtout à faire confiance. Ce n’est pas sans conséquences sur les organisations mêmes des entreprises dont les structures hiérarchiques devraient progressivement “ s’aplatir ”.

De même que le poids de l’organisation hiérarchique s’amoindrira, la contrainte géographique se fera moins sentir. De ces caractéristiques organisationnelles historiques les changements stratégiques supposaient jusqu’alors des réorganisations.

Avec le télétravail, je pense que ces big-bangs ne seront plus de mise, que les entreprises adopteront des fonctionnements protéiformes, la réorganisation deviendra en quelque sorte permanente.

En conclusion

Mon intuition a toujours été que le télétravail était fait pour moi, et les 3 années écoulées ne la démentent pas. Aujourd’hui je ne prendrais pas un autre poste qui ne soit partiellement ou totalement télétravaillé.

Le télétravail n’est très probablement qu’un premier bouleversement dans l’organisation du travail comme on la connaît aujourd’hui, pourquoi demain ne pourrait-on pas envisager de partager son temps entre plusieurs employeurs, plusieurs statuts, salarié le matin, indépendant l’après-midi… l’avenir sera ce que l’on voudra bien en faire.

le 12/01/2017 à 07:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Regis Corbet | Partager…?

Reflex ou mirrorless : pourquoi choisir ?

Le photographe n'est pas une mule !

dans dans mon bocal | photographie | signé regis | vieillir
par Regis Corbet

La photo doit être et rester un plaisir, et voyager avec des kilos de matériel nuit gravement à ce plaisir. Je me souviens d’un séjour en Corse où le sac photo affichait les 8 kilos sur la balance.

Au poids du sac s’ajoute chaque jour un peu plus, le poids des années, c’est la raison pour laquelle je me suis résolu, il y a quelques mois, à laisser mon reflex au placard, et lui préférer pour le voyage un appareil plus compact.

Une préférence pour les focales fixes me laissait le choix entre des compacts « premium » et les mirrorless. J’ai écarté la première option, car tous offrent des focales 35mm en équivalent plein format, ce qui n’est pas ma tasse de thé. Ce serait donc un mirrorless (un « sans miroir » pour Monsieur Toubon).

D’abord je pensais aux Fuji X, système terriblement séduisant, mais prix des optiques dissuasif. Les Canon M et Samsung NX… pas de viseur. Les Sony avaient beaucoup d’arguments sur le papier, mais là au contraire le charme n’opérait pas.

Finalement, sur le conseil d’un ami photographe, je me suis intéressé aux Olympus, et c’est au final le choix que j’ai retenu, pour leur compacité, un ticket d’entrée abordable, et un choix d’optiques de qualité accessible sans se ruiner. L’argument final étant que le choix d’un mirrorless APS-C (Sony ou Fuji), m’amènerait forcément un jour à devoir faire un choix entre les deux systèmes. Avec le micro 4/3 je choisis de ne pas avoir à choisir. Le grand écart entre la taille du capteur des micro 4/3, et celui des plein-formats (presque 4 fois plus grand), que j’utilise depuis un certain temps et que je compte bien continuer à utiliser, crée une différence nette entre les 2 systèmes.

Oui, mais me dirons certains, le micro 4/3 c’est une profondeur de champ beaucoup plus grande. Ce à quoi je réponds par un test très simple en photographiant la même scène avec un plein-format équipé d’un 85mm F/1.8, et un micro 4/3 équipé d’un 45mm F/1.8, soit à peu près le même angle de vue, à vous de juger de l’importance de la différence entre les deux.

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  • micro 4/3 équipé d’un 45mm F/1.8

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  • plein-format équipé d’un 85mm F/1.8

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  • et on recommence…!

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Ce dont vous pourrez juger également c’est la différence de taille et de poids entre les 2 combinaisons, il n’y a pas… photo…!

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Voici donc, en résumé, les raisons qui ont guidé mon choix. Chacun a, ou s’impose ses contraintes, et place le curseur à sa convenance, mais je pense qu’il est un fait indiscutable que le meilleur appareil photo, c’est celui qu’on a entre les mains à l’instant décisif, pas celui qui est resté à la maison parce que trop lourd ou encombrant.

le 11/06/2016 à 07:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Regis Corbet | Partager…?

Délocalisation de la pollution

Une proposition de Larry Summers

dans groummphh | potager | signé regis
par Regis Corbet

S'il est une nomination dans l'équipe gouvernementale d'Obama qui pose question, c'est bien celle de Larry Summers à la direction du Conseil économique national. Déjà connu pour avoir officié sous l'ère Clinton au poste de secrétaire d'état au trésor, cet économiste renommé l'est aussi pour manier l'art du dérapage.

Ce talent lui a valu pas mal d'inimitiés, le surnom de "Bully" (la brute) ainsi que le record historique du plus court mandat de Président de l'université d'Harvard… Sa sortie de cette prestigieuse institution avait été précipitée par ses déclarations publiques, en février 2005, sur l'infériorité génétique des femmes comme l'une des causes majeures de leur sous-représentation aux postes de pouvoir dans les "sciences dures".

Loin de moi l'idée de minimiser le caractère scandaleux de ces déclarations sur les femmes, mais il est capable de pire. Et s'il est un domaine sur lequel l'outrageant laisse place à l'inquiétant, c'est quand Summers expose ses vues sur le règlement global du problème de la pollution. En 1991, alors qu'il est Chef économiste à la banque mondiale, il écrit un mémo incitant la délocalisation de la pollution.

Je vous en livre ici quelques perles :
Les pays sous-peuplés d'Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l'air y est d'un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico […] Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays les moins avancés […] et se préoccuper davantage d?un facteur aggravant les risques d'un cancer de la prostate dans un pays où les gens vivent assez vieux pour avoir cette maladie, que dans un autre pays où deux cents enfants sur mille meurent avant d'avoir l'âge de cinq ans. […] Le calcul du coût d'une pollution dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l'accroissement de la morbidité et de la mortalité. De ce point de vue, une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où ce coût est le plus faible, autrement dit où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable.

Source en intégralité et en VO.

En 1992, quand le mémo fut rendu public, les pays prétendument "sous-pollués", ne se sont pas privés de faire savoir à l'auteur leur opinion sur la question.
Sachant que cet homme fera prochainement partie du gouvernement du pays plus gros pollueur mondial, cela fait froid dans le dos. Et on comprend mal comment cet individu a pu, par le passé, appartenir à une administration dont le vice-président était Al Gore.

On peut alors se poser la question de la sincérité des déclarations de bonnes intentions du nouveau Président élu et sous prétexte de crise économique, on peut craindre que les Etats-Unis ne reviennent à des vues court-termistes, protectionnistes, pour ne pas dire tout simplement égocentriques sur la question environnementale (souvenez-vous des raisons invoquées par Bush pour la non-signature du protolole de Kyoto…)

Rassurons-nous, le pire n'est pas certain, et le salut viendra peut-être des féministes qui ont Summers en horreur, et à qui Obama doit partiellement son élection. Il parait qu'une des blagues favorites de Bill Clinton quand il croisait Summers, était de lui demander "qui avez-vous insulté ce matin ?" : Espérons qu'il n'aura jamais l'occasion de répondre "l'humanité".

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le 30/11/2008 à 06:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Regis Corbet | Partager…?

Maison bois à 100 000 euros

C'est possible et c'est bien…!

dans architecture | signé regis
par Regis Corbet

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En marge du salon Maison Bois d'Angers, l'Afcobois*, sans doute inspirée par la Borloo attitude, a eu l'heureuse initiative de lancer un concours sur le thème de la maison bois à 100 000 euros.
Défi au résultat incertain car s'il est avéré qu'une maison bois peut coûter moins cher qu'une maison en maçonnerie — j'évite volontairement le terme de maison de maçon, la moyenne des coûts de construction pour une maison bois se situe pourtant aux alentours des 1500 euros du mètre carré, soit celle d'une construction classique de gamme supérieure.

La raison en est simple : profitant de la flexibilité qu'offre la construction bois, les architectes se lancent dans des constructions plus osées, qui se révèlent au final plus coûteuses.
Malgré celà, ils étaient nombreux à relever le défi de l'Afcobois et à présenter des projets finalisés à moins de 100 000 euros.
Parmi eux, j'ai rencontré Isabel Jacquinot qui, avec son cabinet l'Etabli, proposait la maison Zag3, lauréate dans la catégorie Cohérence Technologique.

En collaboration avec Maison Cénomane, Isabel à conçu une maison contemporaine de 82 mètres carrés habitables composée de 5 pièces et ne faisant aucune concession sur la qualité : l'architecture originale permet de profiter de l'ensoleillement toute la journée dans les pièces de vie (cuisine, séjour, salon), l'isolation est réalisée en ouate de cellulose, un isolant bio qui garantit que l'économie réalisée sur le prix de construction ne partira pas dans la facture de chauffage ! Les paramètres qui ont permis de ne pas dépasser ce seuil psychologique sont une fabrication quasi complète en atelier de l'ossature, l'isolation, le bardage, et même de l'électricité. Ces éléments préfabriqués constitués de trois modules de 12,40 m sont acheminés sur le terrain par camion et posés sur des plots béton enfonçés de 80 cm dans le sol. Reste ensuite à lier les modules, faire les raccordements, poser la charpente, et la toiture.

Ce concours aura permis de démontrer par la qualité des projets proposés que le bois représente aujourd'hui une alternative crédible dans le cadre d'une construction économique. En prime le bois offre de nombreux avantages dont un temps de construction très réduit (Zag3 est prête à être habitée en 6 semaines une fois les modules acheminés sur le terrain) ce qui représente une économie importante sur les intérêts intercalaires. Aussi c'est un choix écologique car le bois est matériau renouvelable, le travail de terrassement est limité, et peu d'eau est consommée sur le chantier.
Pour l'instant ces projets n'existent que sur le papier, mais si l'on en juge par forte hausse de la fréquentation de la dernière édition du Salon Maison Bois d'Angers, ils devraient rapidement trouver leur public.

* association regroupant de nombreux professionels de la maison bois

Note : les résultats sont des .pdf que vous pouvez télécharger ici

le 06/11/2006 à 07:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Regis Corbet | Partager…?