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Vieillir chez soi | 2

Membre de l'EHPAD

dans dans mon bocal | groummphh | vieillir
par Jean-Christophe Courte

Six semaines après…

Et la palme d'or est attribuée à… Aloïs Alzeihmer pour l'ensemble de son action…! Le diagnostic de la seconde équipe médicale fut sans appel. Paf, un superbe cas d'Alzheimer avec une très belle et rapide dégradation de la mémoire.

Du coup, le paternel est devenu membre de l'EHPAD sans l'avoir souhaité, lui. Une semaine passée dans ce lieu de vie plus apaisant lui a permis de retrouver quelques notions, se souvenir de son numéro de téléphone…

Le problème avec les gens intelligents, ceux que l'on qualifie d'intellectuels, c’est leur capacité à (se) dissimuler leur état réel, à se soustraire au regard des autres (amis, corps médical, etc.) pour éviter remarques ou interrogations.

Quand leur situation réelle apparaît au jour, il est souvent trop tard pour les aider. Bien évidemment, en se repassant le film, il y avait des signes avant coureurs, des dysfonctionnements patents, des bribes d'informations. Mais comment expliquer à une personne encore valide et fort combative, têtue même, qu’elle doit se faire examiner…?! Impossible de la contraindre. Vous même, êtes-vous porté à accepter la pression amicale des vôtres à la première fièvre…? Alors, à plus forte raison… Quand vous la perdez…!

Du coup, l’aspect excentrique du bonhomme était l’arbre qui cachait la forêt… Aux urgences, l’équipe médicale bien affûtée ne s’est pas contentée d’examiner les conséquences de sa chute mais a pris en compte l'ensemble, les autres signes. Et, hop, direction un autre hôpital pour soigner certes une infection mais surtout diagnostiquer le reste avec l'aide d'une psychologue et d'un gériatre. Tableau sans appel mais avec quelques espoirs néanmoins.

Il faut dire que le 7 sur 30 au MMS (test de Folstein ou Mini Mental Score) les a mis sur la voie.

Lundi, je suis allé lui rendre visite dans son nouvel environnement, une chambre spacieuse dans une EHPAD à 30 minutes de chez moi. Bonne surprise, quelques pans de mémoire semblent se remettent en place, son disque dur interne se défragmente, aucune difficulté pour me reconnaître et demander des nouvelles du reste de la tribu.

Mais derrière cette apparence de normalité retrouvée, des blancs énormes et des trous encore plus gigantesques. Les dix dernières années passées semblent se réduire à quelques faits et basta.

Comment expliquer à cet homme de 84 ans que les prochaines années de sa vie, sauf miracle, vont se dérouler dans cet univers feutré mais peuplé de créatures vieillissantes. Intellectuellement, il est encore vif et commence à me faire part de sa difficulté à retrouver les informations de sa vie. Élocution correcte et quelques bribes d'humour (noir) présents. Le personnel médical est de qualité mais les distractions sont rares. Refus des livres pour le moment mais une curiosité dévorante pour les programmes télévisuels avec recherche des émissions qui l'intéressent. "Tiens, sur la 5, un documentaire sur le Danube…" Sauf cette chaîne n'est pas accessible.

Ayant beaucoup voyagé pour son boulot, c'est cela qui l'intéresse, retrouver des lieux où il s'est baladé professionnellement. Sur l'écran, un type se balade avec une caméra sur l'épaule. Mon paternel ne l'écoute pas mais reconnaît d'un coup d'œil Sydney.

Mais là, mauvaise surprise, sa télévision ne capte que des chaînes commerciales aux programmes usées jusqu'à la corde, des rediffusions de séries poussiéreuses, antédiluviennes. Pas d'accès à ARTE ou à des chaînes documentaires. Pas franchement la meilleure des solutions pour l'aider à reconstruire sa mémoire.

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Ironie de la situation, sa petite fille autiste est dotée d'une mémoire hallucinante…
Note(s) de lecteur(s)…

Merci aux lecteurs qui m'ont expédie un courriel et merci à Franklin K. pour ce qui suit…
En clair, c'est justement quand l'entourage perçoit des dysfonctionnements cognitifs au milieu d'un fonctionnement "presque" normal qu'il faut aller consulter. Et ça, là, pour cet aspect niente, que dalle, aucune incitation.
Nous, soignants, savons que le désastre économico-social s'approche à grands pas (mais il vaut mieux sans doute aller se montrer à Haïti, non pas qu'il ne faille pas s'en préoccuper, c'est une vraie urgence, mais sans doute pas moins que le tremblement de terre qui attend et atteint potentiellement nos sociétés où la durée de vie approche et dépasse les 80 ans).

Oui, il est certain que refaire un MMS quand mon père sera stabilisé au plan cognitif est nécessaire car son état de souffrance a certainement amplifié son maigre score. Néanmoins, même s'il y a du mieux, je ne suis guère optimiste.
À suivre.

Ah oui, qui avait dit faire de l'Alzheimer une priorité nationale…?!

le 03/02/2010 à 09:15 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

Vieillir chez soi | 1

Déni et manque d'anticipation

dans dans mon bocal | groummphh | vieillir
par Jean-Christophe Courte

Bon, les prochains jours, urbanbike va réduire la voilure. Jamais simple de prendre le taureau par les cornes et d'essayer modestement de gérer des fins de parcours pour les rendre plus douces… En cause, un paquet de facteurs difficiles à cerner même si, nous tous, nous avons bien quelques idées à ce propos. Trop souvent, des décisions prises dix ou quinze ans plus tôt sans aucune anticipation. Des "non" décisions, quoi ; des "on verra plus tard". Ben "plus tard", on y est et rien n'a bougé. Plutôt empiré.

Sans oublier le plus gros déni, celui de se voir vieillir.

Ce manque d'anticipation, c'est que tout corps physique vieillissant peut lâcher, que la "maison de poupée" de l'époque peut devenir un enfer, que prendre sa voiture pour aller faire des courses met en danger tant le conducteur que les autres usagers des voies publiques. Je ne parle même pas de l'ascension de l'Annapurna que représente la montée d'un étage, des jambes qui se dérobent malgré l'usage d'une canne, des épreuves quotidiennes pires que celles d'intervilles… Comment ça, non ? Bien sûr que si : se laver, enjamber une baignoire, préparer un repas, faire sa vaisselle, fermer les volets, tout ceci demande à nos anciens une volonté sans faille.

C'est souvent d'autant plus rageant que l'on envisageait très bien la fin du film, que l'on a même la formation idoine et de solides arguments,. Sauf qu'il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Des solutions pratiques d'accessibilité existent mais, comme elles ressemblent de trop à celles préconisées pour les handicapés, elles sont souvent refusées. Pire, elles sont moquées alors que c'était le moment d'y penser et de les mettre simplement en œuvre. D'autant plus que le corps et l'esprit d'alors galopaient de concert et qu'il était facile d'anticiper, de préparer son logement pour ce futur inéluctable.

Dix ans après, "bingo"…!
Aucune satisfaction de ma part à découvrir que nos "fadaises" étaient fondées. La question, quand on se repasse le film, est de comprendre qu'est-ce qui a buggué ; pourquoi nos signaux, nos explications, nos solutions n'ont pas été prises en compte…?

Et puis la chute — dans toutes les définitions du mot — s'accélère sans qu'il soit toujours possible d'intervenir. À la limite, elle est presque souhaitable rapidement pour enfin intervenir. Sauf que dans de nombreux cas, on se heurte à un entêtement inoxydable, à un refus net et catégorique. Quand ce n'est pas à une perte de sens…!

Satisfaction d'avoir eu raison…? Aucune. Juste l'envie de tout envoyer paître par moments. D'autant que cette salve de problèmes tombe toujours au moment où tout se dégrade…!

Une météo exécrable alors qu'il faut emmener son petit monde à des tas d'examens sur des routes enneigées — la "maison de poupée" est évidemment loin du centre ville ; un engorgement délirant des urgences pour des causes incroyables comme celle expliquée hier par une professionnelle de santé, la mise à l'hôpital volontaire des "vieux" pour cause de fêtes de fin d'année (le vieux sous le sapin, c'est pas glamour…!)

Sans oublier les réticences mêmes de ceux même qu'il faut aider alors qu'il est clair que c'est urgent…! Ras le bol des "attends, attends, attends…" Attendre quoi…?

Voilà, lecteur, pourquoi urbanbike va se mettre un peu à la cape ces prochaines temps.

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Note : l'avantage de bosser chez soi, d'être indépendant, de faire son boulot en toutes circonstances (la nuit, quoi) et d'avoir des clients compréhensifs permet de gérer cela. Je troque mes chroniques quotidiennes pour le mode ambulancier, pousseur de fauteuil roulant, nettoyeur de paperasses. À ce propos, il me manque quasiment une lampe frontale lors de mes fouilles archéologiques dans les papiers nombreux et épars — comprendre planqués dans tous les coins de la maison — à la recherche de la carte vitale perdue, des attestations des assurances, etc.

Conserver un esprit de dérision et de l'humour permet de relativiser en toutes circonstances, fussent-elles parfois abomifreuses…!

À suivre…
Note(s) de lecteur(s)…

Oh…! Je pensais que seuls les sujets polémiques déclenchaient un afflux de commentaires (ici des mails). Merci à tous ceux (Aude, Olivier, Philippe, Dominique, Joël et bien d'autres…) qui m'ont écrit ce matin ou téléphoné, c'est très sympa, j'essaye de répondre à tous.
La situation est pour le moment sous contrôle (enfin, on croise les doigts) mais je note que ce sujet est étonnamment sensible. Comme l'écrit Thierry, Anticiper ses vieux jours, un vrai sujet. Merci aussi à FK qui est toubib et a un regard de l'intérieur du système (et c'est pas joli, joli…).

le 17/12/2009 à 09:19 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?

Jean-Christophe Courte | profil

Nomade

dans vieillir
par Jean-Christophe Courte

Pour mémoire, page accessible via jeanchristophecourte.com et urbanbike.com.

Formation

Bac A obtenu laborieusement.
DPLG d’architecture (1980) | UP3 Versailles
En parallèle1, graphiste autodidacte2 en présentations visuelles passé du Rotring ou Graphoplex (traceurs tubulaires de tailles normées carburant à l’encre de chine) au stylet sur écran tactile après avoir usé un bon nombre de mulots (celui du Lisa) et souris ; du Lith argentique exposé au banc de reproduction Agfa-Gevaert aux boites à pixels numériques ; de l’univers de la composphère IBM ; des films issus de la photocomposeuse montés sur table lumineuse à la PAO ; des chromalins aux PDFs ; des films montés avec du Zipatone, Mecanorma, Letraset, typos ou films colorés puis photographiés sur des films 135 mm (…au 55 macro Nikon) au shooting LaserGraphics pilotés depuis des applications de PREAO.
Compositeur d’ouvrages mêlant Bases de données (Excel, FileMaker) et outils de mise en pages (FrameMaker, InDesign, Word). Graphiste de livres, plat de couvertures. Désormais Nazbrokologue

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Ligne de vie…

  • Pithiviers octobre 53
  • Origines marines et souterraines
  • Petite enfance entre Orléans, Alger, Vancouver, Mexico et Saint Cloud
  • Opération des yeux au Canada
  • Dysorthographie (dixit ma seconde maman)
  • Apprend à lire et à écrire en France à 9 ans après mon retour du Mexique
  • À défaut de bonnes études (huit ans d’internat), je découvre le rugby et à vivre avec un nez vrillé dans la mêlée
  • Bac littéraire obtenu de justesse la seconde fois (merci à Patrick Grainville de m’avoir laissé exposer mon avis sur JMLC, auteur découvert lors des cours de Philippe Merieu)
  • Une année à fond de train à la caserne Duplex avec une ultime escapade au Mexique
  • Architecte défroqué (DPLG3 obtenu en 1980 à UP3 Versailles)
  • Associé3 — graphiste et livreur — d’une imprimerie de ville à Paris, rue du Mont-Thabor
  • Dès 1984, achète3 et utilise un Apple Lisa en production de Charts (avec LisaDraw puis MacDraw) avant de passer à des Macintosh dotés de cartes MaxMemory…
  • Quinze années3 de Visual Business Graphics (formé chez McKinsey&Co par Marcel Dunand) pour de nombreux cabinets de conseil en région parisienne (Booz-Allen & Hamilton, Stratorg, ABC France, Telesis…) et quelques grands groupes français (Pernod-Ricard, CarnaudMetalBox, Rhône-Poulenc…)
  • Graphiste de livres de 1987 à 2013 au sein de Barbary et Courte, sarl3.
  • Dès 1985, pijes régulières, dossiers thématiques pour Sciences et Vie Micro, Décision informatique, Golden, L’Ordinateur individuel, Micro à Micro, etc.
  • Démarre urbanbike.com (…vous y êtes), en septembre 2003.
  • Contribue à 01Net, CUK.ch, MacDigit (…le site web qui m’a ouvert au blog, éternel merci à Dominique), MacPlus, slice42…
  • Passe rapidement sur une série de collaborations dans le domaine de la formation aux outils informatiques, l’univers de l’art ou l’écriture collaborative de blogs4
  • Auteur d’une douzaine de livres d’auto-formation (Excel, Word, Illustrator, XPress, Photoshop) pour PSI, Armand-Colin, Cedic-Nathan.
  • Développe une série de projets éditoriaux autour de la photo numérique pour les éditions Eyrolles, First puis Dunod en tant que directeur de collection.
  • Auteur de “Comment travailler chez soi” (Eyrolles en 2005) avec Lukino et une chouette Postface Santé signée Martin Winckler.
  • Écrit “Travailler avec un iPad” (Dunod en 2011 (deux éditions successives, la première en noir et blanc…).
  • Après avoir beaucoup employé FrameMaker (pour de la sortie automatisé de l’annuaire France 50000 pour Dun & Bradstreet ainsi que des catalogues automatisés pour le Groupe Eyrolles), puis InDesign quotidiennement (maquettes de livres), découvre Markdown et MultiMarkdown en 2011.
  • Photographie les sentiers côtiers de Vindilis, les villes d’Europe et ce qui reste de nature sauvage avec Autislande.
  • Passe alternativement d’un antique Canon 5D mark 0 au iPhone
  • Cultive un photager depuis avril 2013 avec ma fille
  • Recommande la lecture de Jared Diamond, Francisco Coloane, Patrick Leigh Fermor et Redmond O’Hanlon — voir ici
  • Prend désormais le temps de m’occuper de ma petite tribu
  • Éternel curieux, ouvre Ancr.es en avril 2011 pour partager des liens
  • Roule en Brompton depuis la fin des années 1990
  • Rien d’un Geek même si j’ai participé à quelques bêtas de traitements de texte sous iOS (Drafts, Day One, iA Writer, Editorial, Ulysses)…
  • A essayé laborieusement d’apprendre quelques jeux de cartes avec mon fils
  • A joué longtemps et par tous temps au ping-pong avec ma fille
  • Passé en mode retraite fin 2015 après avoir cessé mon activité professionnelle en juillet 2013
  • Écrit avec un stylet à la main sur iPad, iPhone et des applications de reconnaissance de l’écriture manuscrite
  • Tapote sur un vieux MacBook Pro de 2009
  • Apprend l’univers du jardin avec ma compagne de toujours
  • Me défend des attaques de vautours (une histoire sans fin…?!)
  • De plus en plus rugueux, le temps file…
  • Découvert tardivement mes origines Autislandaises …comme le reste de ma tribu…
  • Fier de nos deux mômes3 : Josquin, docteur en neurosciences en octobre 2019, ingénieur de projets au CNRS ; Aurélia, licence d’espagnol en 2019 après un Erasmus à Salamanca et désormais en Master d’Études hispaniques à Aix-en-provence…
  • Nomade entre Bretagne, Provence et là où l’envie (mais surtout notre fille) nous pousse…

Centres d’intérêt

Autisme | Écriture | Photographie | Voyages

Ça va sans dire…

Je ne travaille plus (et le regrette parfois), ne conseille personne, ne possède pas de parts d’entreprises (et le regrette également…!), ne reçoit pas de subsides ou de fonds d’éditeurs qui pourraient tirer profit des articles publiés sur urbanbike.
J’achète mes applications même si, …heureuse surprise, parfois une licence m’est concédée…

La date de cette page est arbitrairement fixée au 1/1/2003 bien qu’elle ait été réactualisée au 31 janvier 2020


  1. …en parallèle car j’ai exercé de nombreuses missions en intérim — gardien de nuit, chauffeur livreur, pousseur de wagonnets dans une usine, coursier pour des librairies de province, peintre en bâtiment, standardiste, vacataire aux impôts, dessinateur de réseaux VRD, dessinateur chez un promoteur de maisons individuelles, enquêteur pour un fabricant de produits alimentaires pour animaux de compagnie, etc. — pour payer nos études, nous loger et survivre avec Béatrice… 

  2. L’absence de diplômes (…bien qu’architecte) m’a joué des tours en cherchant, à la fin de ma vie professionnelle, des missions dans le domaine de l’informatique. J’étais non qualifié car ayant appris sur le tas (et souvent avant les formateurs professionnels) Illustrator ou Photoshop, Word ou Excel (merci à celui qui m’apporta la première béta des USA, remplaçant aussitôt Charts et Multiplan, amusé de la capacité d’oubli de cette source première par d’autres…), PageMaker ou InDesign, FrameMaker, FileMaker, etc. 

  3. …en association (depuis 1976) avec Béatrice Barbary sans qui rien n’aurait été possible 

  4. Méditez cette chanson de Tonton Georges…. Le pluriel ne vaut rien à l’homme 

le 01/01/2003 à 07:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?