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Sortir du Diesel, de l’essence, du plastique, oui…

Mais… quid des déchets sur roues ?

dans dans mon bocal | usages | vieillir
par Jean-Christophe Courte

Billet d’humeur un peu long de l’ignare de service …ma pomme !

Je ne suis pas encore totalement ramolli (quoi que…!) et, comme vous, je ne supporte pas la fumée des moteurs mal réglés quel que soit le carburant employé, etc. Pourtant j’ai deux ou trois remarques — sans hostilité — face aux incitations soudaines à basculer fissa vers des véhicules électriques. Ok, pourquoi pas, mais…

Pour mémoire, dans nombre de villes, on peut marcher à pied, prendre les transports en commun et même circuler en vélo. Bref, on peut se dispenser d’utiliser un véhicule à quatre roues, électrique ou pas. Ça se corse dès que l’on en sort…

Manifestement, premier problème, on ne dispose pas tous du pouvoir d’achat ad hoc pour répondre à cette nouvelle proposition vertueuse nimbée d’écologie.

Or qui a besoin généralement d’un véhicule pour embaucher tôt le matin en région…?

Je vous renvoie illico à Florence Aubenas : “Voir les choses à hauteur d’être humain” et son livre, Le quai de Ouistreham, pour lequel cette journaliste du quotidien Le Monde s’est immergée pendant six mois dans le monde impitoyable des travailleuses précaires dans une région sinistrée.

Ensuite, j’ai le désagréable sentiment que l’on désigne un arbre en particulier (sic…!) pour cacher une forêt de problèmes non moins secondaires qui sont planqués derrière…!

C’est polluant …tout comme fabriquer de nouveaux véhicules…

Oui, le diesel est polluant, dégage des particules fines. Mais, mais, mais… QUI a incité, banalisé, des décennies durant, l’usage de ce carburant…?!

Ensuite, en faire l’unique mouton noir de la pollution insidieuse de nos villes me semble un poil exagéré !

Je peux citer d’autres gros problèmes à venir à brève échéance (…ou déjà bien implantés), des plastiques aux pesticides en passant par la qualité des eaux, les…

Ah, ça vous revient également…!

Enfin, j’ai pas mal de questions sur les batteries électriques censées être la panacée : le temps de chargement de ces dernières et le coût d’une charge, l’emplacement des points de recharge1 dans l’hexagone, les sources d’énergie mises en œuvre en amont pour fabriquer cette électricité propre, les normes de sécurité, l’autonomie moyenne d’une charge et le nombre de cycles supportés, le coût du remplacement ou celui de leur location mensuelle, leur recyclage ultérieur.
Mais aussi les ressources naturelles et rares2 utilisées pour les fabriquer.
Voire, histoire d’être prosaïque, le nombre de kilomètres que permettent de réaliser une charge, histoire de ne pas se retrouver …en panne sèche.

En l’absence de réponses, et sans me positionner en automobiliste3, fervent défenseur du diesel et/ou de l’essence, j’en reviens à ma condition d’usager de base, celui qui n’a aucune compétence technique ni expertise écologique. Mais qui s’interroge sur ce que l’on souhaite à nouveau nous faire avaler.

…Un peu comme le diesel, naguère… Or, chat échaudé, etc.

Comme comparaison n’est pas raison, j’évite de faire des parallèles avec mon propre mode de consommation sinon on est pas sorti des ronces…!
D’ailleurs, un type qui fait réparer ses vieilles chaussures, use ses pulls et ses vareuses jusqu’à la trame, recycle ses écrans dans sa propre famille ou réseau de copains …est-il crédible s’il n’est pas dans la modernité, la fièvre consommatrice ?

Alors en mode gros sabots, je soulève un second problème qui n’est pas microscopique : qu’allons nous faire de toutes ces mécaniques dites polluantes mais qui fonctionnent encore4, tournent sans souci5 et rendent un précieux service quotidien à leurs utilisateurs ? Vous avez deux heures.

Les euthanasier ? Les limiter arbitrairement dans le temps alors que les utilisateurs les plus modestes n’ont pas les moyens de négocier un emprunt bancaire, ont besoin — pour un usage assez limité — de ces mécaniques…? N’habitent pas majoritairement dans de grandes villes bien desservies en modes de transport alternatifs. Voire se situent souvent au bout du bout du monde (…d’où mon rappel de l’enquête de Florence Aubenas).

Gag, vu l’abandon des petites lignes SNCF et les horaires des lignes de bus (…diesel…), ces derniers n’ont souvent que ce moyen pour se rendre au boulot pour aller y gagner un salaire qui ne leur permettra pas de changer de véhicule.

Ah, certains n’y ont pas pensé…

Résumons, à défaut de convertir ces véhicules à moteur à l’électrique6, on en fait quoi après ?

Va-t-on continuer, comme aujourd’hui, à les réduire à des déchets non triés comme ces voitures qui filent à la casse compressées façon César pour ne pas tenir (trop) de place ? Les transformer en gros pavés informes et huileux attrapés par les mâchoires d’une grue et entassés sur une montagne d’autres pavés ?

Whaaaa…! Quelle chouette idée de la valorisation et de la récupération intelligente des matériaux7.

Hormis un problème d’image, « faire durer » peut devenir un vivier de substantielles économies

Si on se fout des regards obliques comme le chante Brassens, de l’avis de ses voisins qui viennent de s’offrir la dernière née de chez biiiiiip, voire des proches qui snobent tous ces ploucs qui roulent encore au mazout, conserver et entretenir un véhicule une dizaine d’années permet de générer quelques sérieuses économies.

Et, comme c’est du vieux, la pollution engendrée n’est peut-être pas si abomifreuse quand on y réfléchit.

Pas de nouvelle empreinte écologique associée au véhicule de remplacement (même électrique) versus encore un peu de CO2 produit par l’ancien véhicule quelques années. Ça se discute, non ?

Mais à deux conditions, avis personnel strictement personnel :

  • premièrement de ne pas s’attacher à acquérir de véhicules bas de gamme (…okay, ça se discute)
  • …ensuite, s’attacher les services d’un professionnel rigoureux qui ne vous considèrera pas comme une vache à lait.

Cette dernière condition est capitale car elle repose sur la confiance.

Quand j’étais naguère en activité, mes propres véhicules duraient une bonne dizaine d’années. Je n’ai jamais eu la manie de changer de modèle pour un plus gros tous les deux ans, histoire d’afficher ma réussite (sic…!).

Depuis, mon changement de situation — désormais lié à une nette absence de moyens — m’amène à n’envisager que de « l’occasion » pour un usage quotidien modeste8. J’opte pour des modèles anciens qui furent coûteux à l’époque, à fort kilométrage, que je n’hésite pas à faire réparer puis entretenir, voire à revendre à mon tour pour, au gré des opportunités, viser un modèle adapté aux nouveaux besoins de ma tribu.

Passer d’un antique Lancia Phedra à un Voyager de plus de 300 000 Km puis à une Renault R5 avant de revenir à un véhicule plus volumineux n’est pas un problème. Essence ou diesel, boîte manuelle ou automatique, sept places ou quatre, peu importe.

Non seulement cela a une vertu certaine sur mes finances mais cela me permet de relativiser, voire de m’amuser des réactions — tant sur route que dans l’entourage proche.

Ensuite, la surprise est de découvrir, avec 15 ans de retard, l’intérêt du radar de recul…! Ou l’absence de Bluetooth !

C’est l’intérêt d’opter pour des véhicules haut de gamme9 d’occasion, ce qui est aujourd’hui en série l’était alors à coups d’options ruineuses !

Et si on usait nos petites affaires ?

Pour ma part, je suis partisan de faire durer ces véhicules tout comme nos produits informatiques ou nos boites à pixels, les réparer avant de les transformer, en derniers recours, en stock de pièces détachées pour des modèles identiques et encore roulants. Et recycler ce qui est inutilisable.

Cela revient à faire du neuf avec du vieux.

Il n’est pas inutile de combattre une idée reçue ou instillée : une voiture qui dure plus de cinq ans n’est pas une poubelle ambulante comme l’on aimerait nous en convaincre, histoire de repasser à la caisse, mais une véhicule encore utilisable10 …qui évite de consommer de facto de nouvelles ressources, fabriquer de nouveaux déchets…!

En allongeant leur durée de vie, en prenant le temps d’entretenir correctement ces véhicules11, mathématiquement (…au doigt mouillé…!) nous devrions réduire le nombre d’unités produites.

Oui mais …l’emploi ?

Certes, on emploie moins de personnes dans les usines (…notez que c’est déjà le cas avec la robotisation qui ne nous a pas franchement attendu… avec des effets de bord étonnants12), on produit moins de nouveaux véhicules et les actionnaires pleurent devant la réduction de leurs dividendes. Certes.

En revanche, au lieu de remplacer des produits difficilement recyclables par d’autres tout aussi compliqués à recycler dans quelques années (…dont leurs batteries !), il serait peut-être astucieux de commencer à apprendre à user, à réparer et à entretenir et, qui sait, recycler mieux et plus facilement.

Il y a plein d’autres causes dont il va falloir nous soucier prochainement, trouver des solutions spécifiques pour tout ce qui est… plastiques, caoutchoucs ou …pneus13.

En attendant ces jours meilleurs …qui s’éloignent au fur et à mesure que l’on s’en approche, je persiste à faire confiance à des mécanos14 capables de maintenir en marche de vieux véhicules tout en puisant dans un stock de pièces d’occasion15.

À l’arrivée, il me semble que c’est aussi rendre service à la planète d’user/utiliser un véhicule ancien même un poil polluant pour un usage modéré.

Pour mémoire, son empreinte écologique est déjà soldée vu que ce véhicule vit sa seconde16 — et parfois sa troisième — saison.

Vu l’état de l’économie actuelle17, créer de la richesse et des emplois à partir de ce gisement de véhicules délaissés ne me semble pas aberrant …même si cela contrarie les constructeurs automobiles, leurs concessionnaires et leurs actionnaires…

Et, bien entendu, que l’écologie n’est absolument pas oubliée en faisant du quasi neuf avec du vieux…

Pour finir, deux documentaires sur ARTE qui m’ont marqué ces derniers jours (sic…!) : La Méditerranée va-t-elle passer l’été ? et Plastic partout ! que je recommande…


  1. Un temps, j’avais imaginé que ces nouveaux véhicules seraient équipés d’un toit composé de panneaux solaires, histoire de se recharger lors de leur stationnement… 

  2. Bien entendu, je pense à ce livre précisément, La guerre des métaux rares qui existe au format ePub. 

  3. Mon usage de la bagnole est équivalent à celui d’un outil, je l’utilise si j’en ai besoin et ne trouve pas d’alternative. 

  4. Qu’est-ce qui est le plus polluant ? Cesser de les utiliser et gonfler le volume des casses tout en achetant de nouveaux véhicules. Ou utiliser à faible dose des mécaniques qui roulent et n’assèchent pas nos misérables économies ? 

  5. Sont même soumises régulièrement à des contrôles techniques pour avoir le droit de rouler, contrôles qui deviennent de plus en plus complexes et, ne l’oubliions pas, sont payants…! En gros, votre véhicule est toujours impeccable mais les nouvelles normes vous demanderaient de ne plus les utiliser, etc. 

  6. Certains y pensent, un peu comme pour les vélos. Par exemple, ce billet Convertir les vieilles voitures à l’électrique, ce sera bientôt possible grâce à cette start-up, etc. 

  7. Comme ça coûte cher, on préfère exporter ces déchets ailleurs avec, en bout de chaîne de jolies catastrophes environnementales… qui finissent par avoir un impact chez nous par ricochet. Une option serait de créer de véritables usines de transformation (…avec des humains salariés) qui désosseraient le tout mais comme la rentabilité est seule maîtresse, fermez le ban. 

  8. Comprendre que je roule peu au quotidien (je marche ou utilise un truc à deux roues actionné par des pédales) mais parfois je file une semaine sur de longues distances. 

  9. Effet de bord pathétique, les propriétaires de ces véhicules haut de gamme usagés ont souvent une nette difficulté (…euphémisme !) à prendre conscience que leur bien (surtout quand il a eu un gros pépin mécanique, genre moteur ou boîte en rade) n’a plus la valeur marchande qu’ils escomptaient, à accepter sa dépréciation. Du coup, ils imaginent que leur quasi épave va reprendre de la valeur comme une hypothétique action en bourse, laissant souvent leur véhicule se dégrader sur un parking…! 

  10. Une R5 de 1992 prêtée récemment m’a totalement bluffée (essence, cinq vitesses, 170 000 kilomètres au compteur). Certes, état décrépi, volant avec bruit de vieux gréement mais parfaitement adapté pour effectuer les 25 kilomètres nécessaires pendant les grèves et sous la pluie. 

  11. Je suis moins regardant sur la carrosserie sauf si elle est piquée et rouillée. L’enveloppe extérieure bosselée ou rayée m’importe peu tout comme sa couleur : ce qui qui m’importe, ce sont des organes mécaniques sains et une bonne tenue générale. 

  12. Tiens, en évoquant ces nouvelles vagues de voitures électriques, je vous laisse parcourir quelques articles… Tesla, au bord de la sortie de route ? ou encore Tesla relied on too many robots to build the Model 3, Elon Musk says - The Verge 

  13. Les glisser sous les terrains de sport n’est peut-être pas la meilleure idée… urbanbike | Maudit gazon | La chouette épopée des terrains synthétiques 

  14. Bien entendu, cela ne s’improvise pas et demande un réel savoir-faire (on évitera le bricolo génial, on vise plus le professionnel aguerri qui a bossé chez un constructeur), de disposer d’une très bonne connaissance de l’ensemble de la gamme d’une marque, d’un stock étendu de voitures usagées (…des reprises correctes — parfois non roulantes — désossées pour servir de stock de pièces détachées). Mais aussi de place pour entreposer ce stock. Sans oublier, une organisation pour éliminer régulièrement les pièces et éléments définitivement hors d’usage

  15. Un capot d’occasion en bon état ou des étriers de frein, un moteur d’un véhicule crashé, une boîte de vitesse, des sièges restent des produits d’occasion. Mais la différence de prix entre de la pièce « neuve » et ces derniers est abyssal. Sans oublier un détail essentiel au passage : le stock même de pièces neuves de rechange du constructeur est loin d’être éternel quand il n’est plus, tout simplement, disponible. Or il n’y a pas d’obligation claire en terme de volume et de durée d’approvisionnement de ces pièces

  16. Leur octroyer une nouvelle existence de quelques années en changeant les pièces vitales (un moteur, une boîte de vitesses, eux-mêmes récupérés sur d’autres véhicules du même type) a un impact neutre

  17. Je n’évoque pas ma condition de petit retraité avec CSG qui progresse et qui voit son pouvoir d’achat fondre d’année en année. 

le 14/04/2018 à 12:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |