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Le Pic du Midi de Bigorre

Le nez dans les étoiles

dans ailleurs | signé vincent | voir
par Vincent Burgeon

En rangeant mes photos de l'année écoulée, je suis retombé sur celles prises au Pic du Midi, en mars dernier.
Au sortir de l'hiver, nous avions, ma compagne et moi, ressenti le besoin d'un grand bol d'air frais, d'un peu de neige et de se changer les idées. Le hasard faisant bien les choses, la même semaine, le site futura-sciences évoquait le Pic du Midi… Il n'en a pas fallu plus pour piquer au vif ma curiosité et quelques jours plus tard, les réservations étaient faites…

À environ 30 km au sud de Tarbes, dans le Parc National des Pyrénées, se trouve le Pic du Midi de Bigorre. Ce beau sommet (2877m), situé en bordure de la chaîne pyrénéenne, constitue un magnifique balcon sur celle-ci ainsi que sur toute la région alentour. Sa particularité est de se trouver dans un environnement assez dégagé et de bénéficier d'un ciel d'une grande qualité.

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Trop petit…?! Hop, un poil plus grand…

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C'est la raison pour laquelle, depuis le XVIIIe siècle, des scientifiques se sont échinés à installer du matériel à son sommet. D'abord lieu d'observations et d'expérimentations temporaires, puis station météorologique permanente, et finalement – à partir de 1884 – observatoire astronomique.
D'année en année, la station s'est ainsi développée pour atteindre fin des années 1970 une taille assez impressionnante (et une architecture toute en longueur qui lui vaut son surnom de "vaisseau des étoiles"), elle dispose alors d'une dizaine de coupoles qui abritent télescopes, coronographe, spectrographe et autres, et reçoit tout au long de l'année la visite de nombreux scientifiques étrangers. Elle est également associée régulièrement à de grands programmes internationaux de recherches spatiales (avec la Nasa, l'Esa,…) et reste longtemps le vaisseau-amiral de la recherche astronomique française.

Malgré celà, dans les années 90, les crédits sont rabotés et le Pic est en grande difficulté financière. La fermeture menace. Vient alors l'idée d'ouvrir le sommet au public et de financer une partie de la recherche grâce au "tourisme". Les scientifiques sont très réticents (on les comprends) mais un Syndicat mixte pour la valorisation touristique du Pic se crée et prend les choses en main. Des travaux sont entamés, ils durent 4 ans, et transforment assez fortement la station.

On crée trois secteurs différents sur le site :
1°) Le point culminant est occupé par le bâtiment dit "interministériel" géré par TDF, où se trouve une station émettrice dont l'antenne de 103 m retransmet sur 400 km à la ronde les chaînes hertziennes, la TNT, la téléphonie mobile, les transmissions de l'armée, la navigation aérienne civile et militaire ainsi que la météo (ça doit être cette antenne qui a gratifié certaines de mes photos d'un bel effet de banding… !). Ce bâtiment est complètement autonome et ses installations sont également utilisées par l’armée ; nous nous sommes laissés dire qu'il y a quelques militaires en permanence, mais que les contacts avec eux sont assez rares …
2°) Le secteur touristique qui comprend le téléphérique, le musée, la terrasse et le restaurant. Il est géré par le Syndicat Mixte, qui est également en charge de l’entretien des différents bâtiments.
3°) finalement le secteur scientifique, qui comprend les installations scientifiques, les coupoles, les chambres, la station d'épuration d'eau, etc.

En 2000, le Pic est donc fin prêt à accueillir le public. L'accès pour les touristes est assez simple : le téléphérique part toutes les 15 minutes de La Mongie, au pied de la montagne. Une fois en haut, ils peuvent se restaurer, visiter un petit musée (créé dans deux anciennes coupoles mises à la retraite) et surtout jouir de la vue qui, par temps clair, est proprement époustouflante. Le succès est au rendez-vous.

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Coupoles en enfilade

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Le bâtiment interministériel

En 2006, sont créées les Nuits au sommets. L'idée est simple : permettre à des amateurs (ou de simples curieux comme nous) de passer la nuit dans la station, et bénéficier ainsi d'un "traitement de faveur" : rencontre avec des scientifiques, visite plus complète de la station (et de zones normalement non-accessibles au public), observation nocturne des étoiles, cuisine régionale, etc.

C'est donc ce que nous avons fait en mars dernier.

Nuit au sommet

Je passe sur le trajet de nuit en train + bus pour descendre de Paris au pied des Pyrénées, mais pour un départ le vendredi soir vers 19H00, nous sommes arrivés au sommet le lendemain vers 11H. Ca m'a paru honorable. Et le simple fait de quitter la grisaille du Nord pour se retrouver le temps d'un w-e en pleine montagne valait largement le déplacement.

La montée au Pic dure en tout 15 minutes et se fait donc en téléphérique. Chose amusante, il faut faire un changement de téléphérique à mi-chemin, dans une petite gare intermédiaire coincée sur un éperon rocheux. L'arrivée au sommet et très impressionnante, les bâtiments en grosses pierres coiffés de coupoles étant assez majestueux.

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En arrivant par le téléphérique

Le tour de l'endroit est par-contre assez rapidemment fait ; les multiples terrasses permettent d'apercevoir le paysage environnant et le musée raconte un peu de tout sur l'histoire du Pic, mais également l'astronomie, le système solaire, etc. Intéressant quand il fait trop froid pour admirer le paysage. Signalons le sympathique resto qui est pris d'assaut dès midi par les visiteurs.

C'est en fin d'après-midi, une fois que les touristes d'une journée sont partis, que les choses deviennent intéressantes : le site est quasi-vide et on peut profiter de la belle lumière de ce moment-là. On fait connaissance avec les autres personnes qui "restent au sommet" ainsi que notre guide attitré jusqu'au lendemain. Les consignes de sécurités sont données (on est quand même en haute montagne, début mars), on nous montre les chambres (les mêmes que celles utilisées par les scientifiques de passage). Le soir, une fois le soleil couché sur les Pyrénées, un gros dobson est installé sur la terrasse pour une veillée aux étoiles. Inutile de dire qu'en pleine nuit, à 2800 m d'altitude, il fait assez froid…

Sinon, première fois que j'admire Saturne autrement qu'en photo: un beau moment…

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Coucher de soleil sur les Pyrénées

Le lendemain, après le déjeuner, la visite continue. Le TBL (Télescope Bernard Lyot) de 2,03 m étant en révision, nous avons la chance de pouvoir l'approcher de très très près – car en temps normal, l'intérieur de la coupole est complètement réfrigéré et maintenu à température constante (afin d'empêcher la dilatation des éléments optiques) et l'accès est donc strictement limité. Le tout (coupole, monture et télescope) est piloté à partir d'une salle de contrôle (que nous avons également l'occasion de voir) située plus bas dans la tour.

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Le TBL, de son petit nom.

De l'autre côté de la station, le coronographe Climso fait aussi partie de la visite et l'on nous explique longuement son fonctionnement, l'intérêt de surveiller le Soleil, etc. Les images produites par ce bel engin sont d'ailleurs consultables en ligne.

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Le CLIMSO. La roue permet de mettre en position l'un ou l'autre filtre…

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Salle de contrôle du CLIMSO : le soleil en direct.

En conclusion, ce petit trip nous a laissé de beaux souvenirs et vaut vraiment la peine pour quiconque est un peu curieux de la science en général et de l'astronomie en particulier (les explications sont fort bien données et vulgarisées si nécessaire). L'endroit est étonnant, la vue magnifique, et surtout la gentillesse de l'équipe est à souligner ; on est entourés par de vrais passionnés qui font le maximum pour transmettre leur enthousiasme.

Il y a là de quoi se faire un après-midi sympathique et dépaysant pour qui se trouve en famille dans les parages, mais le fait de passer une nuit au sommet apporte un réel plus à l'expérience, dans le sens où cela permet de s'imprégner de l'ambiance de la station, discuter avec les gens qui y travaillent, se balader un peu partout, et surtout toucher du bout du doigt le caractère scientifique de l'endroit.

De plus, ces "nuits au sommets" apportent un vrai soutien financier au Pic et leur permettent d'atteindre l'équilibre budgétaire.

Bref, si vous ne savez pas quoi offrir à Noël, ça peut-être une bonne idée pour anticiper 2009, année mondiale de l'astronomie

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Quelques liens en rapport avec le Pic du Midi :
- Site officiel du Pic axé sur les activités touristiques
- Site officiel du Pic axé sur les activités scientifiques
- Un historique du Pic
- Sans oublier les webcams et le blog du Pic (pas très actif, hein…!)
Note(s) de lecteur(s)…

Philippe, de sa lointaine région (sic !), ajoute cette info…
Je vous signale une b.d. très sympa qui parle entre autre de sa construction : L'Aigle sans orteils (L'Aigle sans orteils, N° 1), par Lax

le 23/12/2008 à 05:59 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Vincent Burgeon |