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Nikon D3x | 3

D3x versus D3 ou la vaine course aux pixels.

dans photographie | signé laurent
par Laurent Thion

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Lors des tests précédents (ici et ), la comparaison entre les deux appareils vient tout naturellement, d'autant que la qualité et le rendu des images est tout à fait comparable, à la résolution (et donc au bruit numérique) près. Rappelons que les différents systèmes de mesure de la balance des blancs, du temps de pose et de de l'autofocus sont rigoureusement les même sur les deux boîtiers. Aussi l'envie m'est venue de comparer une image d'exemple réalisée dans les mêmes conditions d'éclairage, avec la même optique (Micro Nikkor 105mm VR) à la même ouverture (f/27), et à la sensibilité ISO nominale (soit 100 ISO pour le D3x - 1 seconde de pose, et 200 ISO pour le D3 - 1/2 seconde de pose), avec les mêmes presets (balance des blancs, profils colorimétriques...).

Voici les deux photographies :

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Personne ne s'étonnera de ne voir aucune différence sur un rendu à 450 pixels de large. C'est normal.

Ensuite, j'ai imprimé au format A4 chacune des images.

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Là encore, la différence est rigoureusement indécelable à l'œil nu. C'est donc sur des formats supérieurs que l'on tire parti des 24 millions de pixels ?
Qu'à cela ne tienne : direction le show room d'Océ France, où je fais réaliser des "petits" tirages de 120 centimètres de large.

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Impression sur laize de 130 cm, encres à éco-solvants, imprimante Océ CS9160.

Et là, le couperet tombe : on ne voit pas non plus la différence entre les deux tirages !
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L'honnêteté m'oblige à reconnaître que lors d'un examen à vue à une distance de 20 centimètres, certains petits détails "semblent" légèrement mieux définis sur l'image tirée du D3x. Sachant que l'accentuation appliquée aux deux images natives n'a pas été optimisée pour ce type d'agrandissement, le fichier du D3 pourrait être encore un peu plus accentué pour ce cas d'utilisation précis.

Toujours est-il qu'une image de 120 centimètres de base ne se regarde pas à la loupe. Rien ne distingue les deux images à une distance normale de consultation, je le répète.

Je n'ai pas eu le temps de réaliser des tirages avec un facteur d'agrandissement supérieur mais je n'ai pas spécialement d'inquiétude compte tenu du savoir-faire actuel des RIPs utilisés sur de tels traceurs. J'en veux pour preuve l'image qui est appliqué sur le mur du show room :

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Elle doit peser aux alentours de 100 Mo, et n'a pas été prise dans le but d'être imprimée si grande (vous en verrez la version panoramique ici). Cette affiche est bien sûr légèrement pixellisée si on la regarde de très près, mais l'impact visuel n'est pas altéré par l'agrandissement, à distance normale de vision.

Encore un autre exemple là : ce visuel a été réalisé au D300 (12 millions de pixels) pour une brochure.

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Mon client manifeste le souhait d'en tirer un poster d'un mètre carré pour décorer son stand lors d'un salon : pas le moindre pixel n'est visible !!

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Mais alors, pourquoi utiliser un D3x bien plus poussif qu'un D3 à l'utilisation, générant des fichiers particulièrement lourds, proportionnellement plus long à traiter et nécessitant le double d'espace pour l'archivage ? Avec du bruit dès 800 ISO ? Au regard du prix de vente, la question mérite d'être posée. En tous cas, je garde mon D3 sans regret aucun, avant tout pour sa qualité d'image à basse comme à haute sensibilité.

Alors, 24 millions de pixels pour quoi faire ?
Certains diront qu'une résolution supérieure permet de recadrer dans l'image. Certes, mais vu la destination "studio" du D3x, il est rapide de s'aperçevoir si une vue est correctement cadrée ou non, et il est possible de la refaire (contrairement aux paparazzis à qui je déconseille cet appareil...).

Après ces quinze jours d'utilisation, j'ai tout de même trouvé un domaine où l'abondance de pixels ne nuisait pas : Les images en très haute définition. En voici un premier exemple de 490 millions de pixels.

Et ces deux exemples bien plus raisonnables :

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Le Nikon SP d'un certain Jeanloup Sieff. 18 vues D3x assemblées, 77 millions de pixels -> Cliquez ici.

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Le Leica M3 du même Jeanloup Sieff. 14 vues D3x assemblées, 106 millions de pixels -> Cliquez là.

Le D3x permet, de par sa résolution, de minimiser le nombre de vues pour réaliser ces images par assemblages. Néanmoins, le gain de temps s'en trouve allongé pour le post traitement. C'est donc paradoxalement sur un écran résolu à 72 dpi que l'on est le mieux à même d'apprécier le gain en pixel apporté par le D3x. De tels monstres informatiques (certaines de mes images pèsent jusqu'à 3 Go en RVB 8 bits) ne sont pas toujours traités correctement par les rips d'impressions qui n'ont pas besoin d'autant d'information pour réaliser une excellente image imprimée... Je réserverai donc éventuellement le D3x au marché (plutôt fermé) des fichiers HD consultable sur écran (cf Cité de l'architecture).
Les images en très haute définition font tout de même la différence lorsqu'elles sont imprimées en grand format, mais à la condition de dépasser allègrement les 24 millions de pixels du D3x.

L'impasse.
Il est vain de refaire l'histoire de la photographie, mais le moyen format a été, et reste, la seule possibilité d'obtenir une qualité supérieure d'image, tout simplement en augmentant la surface sensible, et pas en multipliant le nombre de photosites dans une surface définie. Le gain ne serait plus lié au nombre de pixels mais à la profondeur de bits, à la qualité et à la dynamique de l'image générée.

Quand au D3x, son utilisation bien moins universelle en fait un produit de niche (oui, de niche, pas de riche : ce n'est pas une fote de frapppe). Le prix de vente n'aidera probablement pas à sa grande diffusion, malgré ses qualités indéniables...
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Note de la rédaction : Laurent est l'auteur de deux livres de cas pratiques, le premier sur le Nikon D3 et le second sur le Nikon D300, deux ouvrages parus chez First.

le 09/02/2009 à 05:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Laurent Thion |