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Énergie, climat | C’est maintenant !

Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean

dans dans mon bocal | groummphh | lire | potager
par Jean-Christophe Courte

C'est pas le tout de l'annoncer, il est préférable de le lire…. Et, si vous devez acheter un bouquin sur les problèmes de l'énergie et de notre planète cette année, celui-ci n'est pas mal du tout…

Voilà un bouquin qui nous annonce le pire mais avec bonne humeur…! Ceux qui ont eu le temps de suivre le cours à l'école des Mines de Jean-Marc Jancovici vont y retrouver les principales données traduites en une langue accessible à tous.

Oui, le temps du pétrole est fini ; oui, le climat se réchauffe ; oui, il est temps de changer de comportement ; non, la croissance ne va rien résoudre du tout…!

Les deux auteurs sont loin d'être des illuminés. Juste deux gars qui savent relier les données entre elles, faire des rapprochements et aptes au bon sens. Vincent avait évoqué sur urbanbike le précédent bouquin de ces deux larrons, Le plein s’il vous plaît !

Grossièrement, c'est la suite avec des tas d'exemples et une forte ironie à propos de qui fait les choix de civilisation. Bien sûr que les exemples passés ne servent malheureusement à rien …et d'évoquer, à juste titre, le livre de Jared Diamond, Effondrement.

À ce propos, Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean en profitent pour nous expliquer de manière schématique (mais si peu…) le pourquoi de la famine de l'île de Pâques au travers deux méthodes de management, l'une par l'énarque qui ne savait pas compter et l'autre par l'énarque qui savait compter… Je vous laisse découvrir…

Cela va de l'explication du rôle néfaste du PIB à l'introduction de la monnaie puis à sa mutation magique en papier. Ces chapitres drolatiques, parodiques, sont à lire car ils résument en quelques pages notre propre histoire et les choix vers lesquelles nos politiques nous poussent sans grande réflexion ou compréhension.

Et de rappeler une notion fondamentale… L'argent n'achète que les hommes, pas les produits de la terre.
Cet exemple est généralisable à tout ce que vous achetez. Vous croyez acheter un poisson ? Illusion d'optique ! Vous payez en fait le salaire du pêcheur, celui du charpentier qui a construit le bateau, ainsi que celui du banquier qui a prêté de l'argent au pêcheur pour qu'il achète son bateau. Tout ce beau monde ne fait que profiter d'un poisson qui est apparu tout seul dans l'océan sans que personne y soit pour quoi que ce soit.
L'économie ne consiste qu'à acheter des heures de travail et des rentes à des gens qui ont transformé des ressources naturelles ou qui se trouvent en être les propriétaires du moment, mais qui ne les ont pas créées. En vérité, ces ressources sont gratuites pour tout le monde. Leur prix n'est que le salaire de leur extraction, ou du consentement à s'en défaire quand l'Histoire a fait de vous leur propriétaire. Dans les rentes diverses liées à la propriété du moment, on va aussi trouver des dividendes pour les actionnaires des entreprises, et des impôts pour les États.
Au bout du compte, on ne paie que la contrepartie de revenus humains : l'argent n'achète que des hommes.
L'argent n'achète pas la nature, qui ne se fait payer ni pour le pétrole ou la photosynthèse qu'elle nous fournit gratis, ni pour les dégradations que nous lui infligeons. Notre système de conventions nous rend aveugles aux dépréciations qui ne touchent personne à bref délai. Si un million de kilomètres carrés de banquise disparaît, comme personne n'a d'activité basée sur l'utilisation de la banquise, c'est une disparition totalement indolore pour l'économie. Logique…!

Et le constat sur les décideurs est sans appel…
Nos élites sont encore plus urbaines que la population dans son ensemble, et manipulent des chiffres conventionnels que très peu d'entre eux savent « décortiquer ».
On termine ses études à la véritable École nationale d'administration (pas celle de l'île de Pâques !), à Harvard et dans la majorité des écoles de « business », ainsi que dans la plupart des cursus universitaires sans avoir jamais rien appris sur la physique sous-jacente aux indicateurs utilisés.
On peut devenir chef de (très grande) entreprise, avocat, banquier, ministre, président de la République, patron de journal de référence, magistrat à la Cour suprême ou à la Cour de cassation, bref occuper à peu près tous les postes importants de la société sans rien comprendre aux processus physiques qui sont pourtant indispensables à l'accomplissement de nos activités économiques et sociales.
On peut occuper tous ces postes sans avoir la moindre idée des limites physiques à notre expansion, qui vont pourtant avoir des répercussions sur tout ce que nous venons d'évoquer. Il n'y a que quelques cursus scientifiques - et encore, le lien explicite est rarement fait ! - qui rappellent un peu les faits dont nous parlons, mais ils ne sont pas toujours mis à profit dans la vie active dans ce monde où les ingénieurs rêvent de devenir banquiers ou champions du CAC 40.
Nous vivons dans un univers bien physique, mais l'essentiel des décideurs sont dans un univers virtuel, fait de conventions.
Nous vivons tous dans Second Life.


Comme le rappelait Catherine Clément ce matin à propos de Levi-Strauss, ce dernier disait "le monde a commencé sans l'homme, il s'achèvera sans lui"…
On est bien parti.

Je ne peux que vous recommander mille fois la lecture de cet excellent bouquin, facile à assimiler et court (un peu plus de 208 pages en caractères ne nécessitant pas de loupe…!). Bref, si vous voulez avoir un instantané argumenté de notre situation actuelle, lisez ce bouquin.



C'est maintenant !
3 ans pour sauver le monde
Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean
Seuil
9782020987684 | 19,50 €

image caddie

20091102-IMG_0282_ub.jpg

Note : le G11… une solution amusante pour photographier les bouquins…

le 04/11/2009 à 10:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |