Urbanbike

Recherche | mode avancée

FrameMaker : les professionnels grognent !

No migration

dans outils
par Jean-Christophe Courte

L'absence d'informations sur l'avenir de FrameMaker sous OSX énerve les professionnels. Et ce n'est pas la dernière annonce, celle de l'arrêt de PageMaker, qui leur donne le moral.

Suite au papier paru dans MacDigit le 18 décembre 2003, j'ai reçu des témoignages de professionnels assez indignés de l'absence d'information d'Adobe quand à la migration de FrameMaker sous OSX.

Que ce soit par e.mail ou par téléphone (quelques directeurs de fabrication d'importants éditeurs francophones ainsi que des éditeurs spécialisés qui gèrent de gros flux SGML ou XML).
Bref, ces utilisateurs ne sont pas de simples clients lambda, mais des professionnels qui mettent en place des chaînes de production lourdes et coûteuses pour leurs entités respectives. Nombreux sont en train d'upgrader leurs machines. Ainsi 14 G5 viennent d'arriver chez Dunod.

Bref, tout ceci pour simplement rappeler que ce n'est pas une réaction épidermique.

Un extrait du e.mail de Jean-Pierre Bué (TYPAO) :
Au début des années 1990, les éditeurs fabriquant des ouvrages techniques, scientifiques et médicaux ont évolué vers la PAO pour gagner en souplesse et en efficacité par rapport à la photocomposition.
Les logiciels d'édition courante (XPress, PageMaker) utilisables dans ce cadre, souffraient de limites très nombreuses dans le cadre d'ouvrages structurés, comportant de nombreux niveaux de titres, des tableaux, des illustrations techniques, des index, des tables des matières, des notes bas de pages, etc.
Un logiciel de traitement de texte structuré, au départ destiné à d'autres utilisations, offraient dès ses premières versions des réponses valides à ces problèmes. Nous l'avons adopté et diffusé alors avec enthousiasme.
Depuis, l'édition structurée sur FrameMaker est de loin supérieure pour ce type d'ouvrages aux logiciels concurrents.
FrameMaker s'est donc imposé pour ce type d'éditeurs, en France comme ailleurs : de nombreuses co-éditions suscitant des échanges de fichiers, force est de constater que ce logiciel s'avère dominant pour ce type d'ouvrages, jusqu'aux manuels d'Adobe, réalisés sous Macintosh avec FrameMaker, Illustrator et Photoshop, triplette incontournable…
Dans cette niche, à tort ou à raison, les ordinateurs Apple sont majoritaires, par habitude et par esprit pratique (rappelons que jusqu'à la fin des années 1990, ils étaient les seuls capables d'assurer l'ensemble des travaux pré-presse).
Il semble aberrant que le logiciel ne soit pas encore compatible avec OSX, cet OS devenant quasi obligatoire pour tout nouvel acquéreur de machines Apple.
Un portage sur ce système et quelques développements supplémentaires quant à la forme (gestion des notes bas de pages pour ouvrages multicolonnes, gestion de grisés derrière des styles paragraphe, amélioration de la gestion des équations, gestion des couleurs…), seraient bienvenus et témoigneraient de la volonté de l'éditeur du logiciel de continuer à offrir une solution de PAO éditoriale Mac complète.


Un extrait du e.mail de Slobodan Despot (EDITIONS L'AGE D'HOMME) :
J'ai découvert FrameMaker dans un contexte de sciences dures, et l'ai aussitôt imposé comme programme de mise en page standard (pour ouvrages littéraires) dans la maison d'édition où je travaille.
Depuis plus de 10 ans, ce sont ainsi 100 à 120 titres qui sortent de notre atelier de 3 personnes. L'efficacité de FM n'est pas étrangère à ce rendement. C'est assurément l'outil de travail le plus intelligent et le plus dépouillé à la fois que j'ai rencontré sur un ordinateur.

Mais voici: nous avons peu à peu installé MacOSX sur toutes les machines de production. FrameMaker est désormais le dernier programme à tourner sous Classic.
Nous avons (folle ambition!) réclamé à Adobe la version X.
Nous avons protesté à cause du stupide bug des notes bdp, qui dérivent d'une page à l'autre et nous obligent à faire certains ouvrages exigeants "à la main".
Nous sommes intervenus sur les principaux forums FM.
Rien à faire!!! Le client fidèle, l'utilisateur pro? C'est qui celui-là?


Ou encore cette citation issue d'un e.mail privé que m'a adressé Bruno Fisseux, Directeur de la Production des Éditions DUNOD et DALLOZ
Nous avons été à la Fab chez Masson et sous l’enthousiasme de Jean-Pierre Bué à l'origine de l'utilisation de Frame au sein des grandes maisons d'édition scientifique et médicale traditionnelles (je ne parle pas des revues techniques très spécialisées).
Jean-Pierre avait monté à l'époque entre 1992-93 un service Frame dans notre unité de prépresse intégrée à notre imprimerie Snel de Liège. Depuis 1991 que je publie des bouquins techniques et scientifiques réalisés sous FrameMaker (80 % sur Mac) pour Masson et ses filiales entre 91 et 97 (Lechevalier, Armand Colin, Delmas, Pradel), et depuis 1998 pour Dunod, Dalloz et leurs marques associées (InterEditions, EdiScience, ETSF, Microsoft Press, Delmas, Armand Colin, Sirey, etc.), l'annonce d'Adobe m'a consterné.
Bien sûr que Frame marche sur PC mais 80 % de mes sauvegardes sont en format Mac, avec les polices Mac, et la récup n'est pas du 100 % garantie quand on passe de Mac à PC.
C'est plusieurs milliers de bouquins réalisés avec ce logiciel, dont une majorité sont des titres à rééditions régulières, donc ça va me poser un problème (et me coûter cher...) pour les mises à jour de ne plus avoir de produit Frame suivi sur Mac OSX.
On a fait à Adobe une méga pub depuis plus de 10 ans puisqu'on a imposé à nos fournisseurs de lâcher Page Maker, Xpress et autres Ventura, voire des plus gros systèmes (Miles, Caligram...) pour utiliser Frame. On leur a demandé d’investir pour du matériel performant, on a exigé qu’ils fassent les mises à jour, j’ai exigé de mes imprimeurs qu’ils s’équipent en Frame pour pouvoir faire les corrections de dernière minute dans les fichiers et leur ai imposé de flasher le Frame natif. J’ai fait en 5 ans deux programmes de trois jours de formation à FrameMaker pour l’ensemble de mes fabricants (le dernier, l’an passé), on a investi dans les mises à jour régulièrement, bien que ne faisant pas de production en interne, mais pour pouvoir contrôler le travail de nos fournisseurs, donner des directives précises, faire des tests de récupération de données auteurs, et vérifier les fichiers BàT avant d’archiver proprement tous nos ouvrages en format Frame natif avec les hautes déf et les polices, et aujourd'hui ils nous laissent tomber. J’ai peine à le croire.
Si c’est vrai, c'est décevant, et pitoyable ! Si chez ADOBE ILS NE SONT PAS CAPABLES DE FAIRE TOURNER EN UNIX UN LOGICIEL INITIALEMENT PROGRAMMÉ POUR TOURNER DESSUS... Ça ne doit pas être plus simple de le programmer pour Windows ! Dire que des développeurs de produits shareware, et même de freeware, ont réussi la migration d’OS9 à OSX... Ce n’est pas glorieux pour les ingénieurs d’Adobe ! Mais nous vivons dans un monde moderne !

le 06/01/2004 à 08:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |