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À la fin, tous à la même enseigne…

Riche ou misérable

dans dans mon bocal | groummphh | vieillir
par Jean-Christophe Courte

Tu es un maître du monde, tu te balades entre ici et là-bas, ta fortune personnelle est ghonesque et tout ce que tu entreprends est relayé par les médias…

Un jour, tu agonises. Fin.

L’info se retrouve justifiée sur une ou deux colonnes avec un rapide résumé de ton parcours, texte préparé depuis ton retrait de la vie professionnelle et actualisé à l’instant…

Hormis avoir gagné beaucoup d’argent ou exercé le pouvoir, tu laisses quoi comme souvenirs ? Des bons ou des exécrables ?!

Rembobinons le film…

Certes, il y a des établissements irréprochables, des boîtes à vieux haut de gamme, plus cosy les unes que les autres. Même avec du pognon, des spécialistes réputés, un établissement cinq étoiles, quand tu pars en vrille, quand tu deviens gâteux, ton compte en banque te permet juste d’avoir plus de personnels de santé autour de toi alors qu’on les supprime ailleurs pour des raisons de productivité…

Car, là où ça merde grave, c’est quand notre héros ne contrôle plus grand chose, pas plus ses sphincters que ses neurones. On ne compte plus les célèbres passés en mode légume.

Qui sait si ce ne sont pas les polluants, les produits dont tes industries ont inondé la planète ? Voire une allergie à la nourriture bio ?! Ou des remords tardifs…

Cher débris, je me plais à penser que tu médites tout comme moi sur l’ironie de ta situation, les fesses irritées par une couche gorgée d’urine. Que tu suis du regard le niveau du liquide qui pénètre dans ton organisme décharné via le goutte à goutte qui te tient compagnie.

Toi, craint hier par tous, tu dépends désormais des petites mains de ces infirmiers aux salaires dérisoires qui te changent, te lavent… Tu quémandes un regard, plus de temps à tes côtés alors qu’ils sont pressés, productivité oblige…

Tu fulmines contre les avancées de la recherche, trop lentes à ton goût, oubliant au passage que ce sont tes propres amis qui ont naguère réduit leurs budgets pharaoniques comme tu aimais le répéter…

Naïf, je me plais à croire que tu as soudainement capté, que tu essayes de transmettre ta soudaine et tardive révélation à tes héritiers, à ceux qui ont désormais tous tes pouvoirs, tes entreprises. Tu viens de piger que tu es entré dans la nasse, tu vas leur expliquer qu’il faut changer, que…

Ils t’ont écouté, le visage grave puis, une fois la porte de ta chambre franchie, se sont esclaffés en se frappant sur les cuisses.

Ce sont eux, désormais, les maîtres du monde. Ils ont les mêmes pensées que toi vingt ans plus tôt !

— Le vieux, il a plus toute sa tête, les médocs le rendent larmoyant.

Plus tu t’agites, plus ils te méprisent… c’est ballot.

C’était avant qu’il fallait prendre les bonnes décisions, les imposer. Quand tu avais du poids, du pouvoir. Qu’en as tu fais alors hormis servir tes intérêts ?!

Là, en mode déchet, tu n’es plus crédible avec ta conscience retrouvée. Tu es de bonne foi sauf que c’est un peu tard…!

Cela n’aura de cesse qu’à la fin de l’espèce.

Suffit d’attendre. Ça vient.

Elle se battait hier pour un poisson fraîchement pêché, elle se bat aujourd’hui pour un litre de carburant, le vernis de civilisation ne masque rien.

Pour mémoire, cette espèce est apparue il y a pratiquement trois secondes en regard du temps géologique. Telle qu’elle se comporte, tel que tu te comportais, elle mérite de disparaître dans l’instant. Voire moins.

La planète s’en remettra, brassera à nouveau ses plaques tectoniques, redistribuera mers et continents, se refera une cartographie toute neuve.

— On les appelaient comment ces créatures un peu connes !? Mais si, souviens toi, celles qui faisaient un concours de gratte-ciel…?

— Ah, ceux qui ne cessaient de se foutre sur la gueule au moindre prétexte ? As-tu constaté que ceux qui les remplacent ne valent pas mieux !?

— Bah, attendons ! On a l’éternité devant nous…

le 26/05/2016 à 09:40 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |