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Berry | Les marais de Bourges | 3

Qui, demain, pour s’occuper des marais ?

dans ailleurs | potager | vieillir
par Jean-Christophe Courte

Les marais de Bourges ? Un espace naturel exceptionnel fondé jadis par les moines en utilisant les eaux des rivières voisines. Et un gigantesque territoire à visiter au même titre que le Palais Jacques Cœur

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…ou la cathédrale St Etienne1.

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Nous étions venus en 20082, séduits par ce lieu entretenu par une armée de maraîchers passionnés. Nous y sommes revenus mi-octobre. L’endroit a souffert de la canicule (…des pointes à 36° qui ont eu de graves répercussions sur cet environnement malgré la présence de l’ eau, dont la perte de quelques grands saules…).

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Avec (ci-dessous), une évidente différence de niveau entre les deux marais (à gauche, les marais d’en Bas sont nettement plus bas…!)

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Ces marais restent un coin de nature fabuleux mais une autre menace se matérialise depuis une décennie.

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Il est triste de constater, surtout dans la partie nord (marais d’en Haut versus marais d’en Bas), un manque patent d’entretien des canaux, de plus en plus envahis par des espèces invasives qu’il faudrait impérativement éradiquer pour éviter que la navigation devienne de plus en plus problématique. Une autre tendance se fait jour, l’absence d’ entretien même des parcelles.

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En effet, les nouveaux propriétaires ne voient plus comme les précédentes générations l’opportunité de bénéficier d’un espace maraîcher utile à l’économie de leur famille mais bien plus comme des lieux de détente autour d’un barbecue le week-end.

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Certes, deux ou trois carrés de légumes légitiment leur acquisition et l’acceptation des règles aux deux associations de préservation des marais mais l’état général des parcelles affiche nettement une évidente désaffection ! Il est clair que les conditions actuelles d’approvisionnement changent la donne. Acheter un kilo de tomates au magasin Carrefour du coin est moins harassant que de les produire soi même ! Mais, pour mémoire, parle-t-on des mêmes tomates ?! Permettez-moi d’en douter !

  • la première arrive d’Espagne, fait appel à une population immigrée et sous payée, use et abuse de produits chimiques, pompe de l’eau dans des nappes de plus en plus en stress hydrique. Ce sont bien des tomates, rouges, calibrées mais sans plus…
  • la seconde nécessite d’acheter des plans (ou de ressemer), de venir en barque (…pour les marais d’en Haut), planter dans un carré dédié puis de s’en occuper, biner, désherber, accepter les aléas du climat, grillager pour se prémunir des canards et autres ragondins, arroser (…en puisant l’eau à même le marais ce qui est quand même plus simple). Voire protéger du soleil. Bref venir régulièrement sur son maraîchage bosser. Côté gustatif, surtout sans pesticides et autres engrais, ce sont des bombes colorées et savoureuses en bouche qui n’ont strictement rien à voir avec leurs cousines produites 1000 kilomètres plus bas. N’évoquons-pas le gain écologique évident : pas d’énergie fossile pour l’acheminement.

Un espace naturel en déshérence avec la disparition des usagers actuels

Sauf que ceci requiert un effort …que les jeunes générations de propriétaires de ces parcelles dans les marais n’ont pas toujours envie de faire.

Facile de les comprendre. Leur parcelle mythifiée par les anciens est attaquée par des bestioles qui érodent les berges (qu’il faut impérativement consolider !), la terre est …basse, dure en l’absence de pluie. Ensuite il faut planter et entretenir ces plans qui n’arriveront pas tous à maturité, éviter d’opposer, de rapprocher des espèces végétales en conflit, ce qui n’est pas toujours connu ! Bref, beaucoup d’efforts pour, parfois comme cette année, un rendement ridicule…

Bref, installer un simple monument à la côtelette puis inviter les copains est nettement plus convivial.

Quid des cultivateurs en règle générale

Mais cela pose nombre de questions du coup. Quel monde souhaitons nous ? Quel sort réservons-nous aux derniers des mohicans, les cultivateurs de nos provinces ? Qui souhaite les remplacer ?

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Certes, ici, nous sommes à une échelle réduite, voire anecdotique. Mais c’est également le sort de nombreuses parcelles vivrières de plus grande ampleur qui se joue avec la fin de leurs exploitants âgés et sans descendance, j’y reviendrais dans un autre billet.

En effet :

  • Qui veut encore bêcher son jardin pour produire des légumes et fruits de qualité ?! Mais pas que, économique et varié au rythme des saisons. Voire être quasiment autonome en diversifiant sa production…
  • Quelle nourriture, quels produits souhaitons-nous réellement consommer ?
  • Ou, plus crûment (sic !), quelle qualité de produits sommes-nous prêts à accepter de consommer !! Je ne vais pas plagier Jean-Pierre Coffe mais nous en sommes pas loin…!
  • Je n’évoque pas notre conscience écologique qui est réduite à néant par quelques politiques qui affirment froidement qu’il faut en finir3, que ça suffit.
  • En même temps, les jeunes agriculteurs se mettent au bio, les surfaces augmentent comme la rentabilité de ces exploitations… Il suffit de faire un tour à la Halle au blé de Bourges pour croiser des ménages modestes (avec des paniers en osier…!) qui font le tour des nombreux étals et cherchent des produits authentiques…

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À suivre…


  1. le lien vers le fichier JPG original (3 Mo — 3024 x 4032 pixels)) pris le soir avec l’application appareil photo et avec le télé du iPhone 7 plus. À regarder en l’affichant à 50 %… 

  2. cf. urbanbike | Berry | Les marais de Bourges | 2 

  3. avec leurs promesses à lak, qu’ils soient certains d’être exaucés : c’est toute l’humanité qui va déguster ! 

le 11/10/2016 à 09:45 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |