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Brompton en mode cyclotourisme | 3

Modifications pour un voyage en montagne, le retour

dans ailleurs | brompton | signé vincent | voir
par Vincent Burgeon

JC ayant "teasé" par deux fois, aucune échappatoire possible : je me devais de rendre ma copie au plus vite !

Voici donc la suite de mes tribulations Bromptonesques en montagne… Cette fois-ci : destination les Pyrénées.

Comme la dernière fois, d'abord un petit préambule matériel cyclo-geek avant d'attaquer le compte-rendu proprement dit, plein de péripéties et rebondissements, cela va de soi…


Le Brom, l'abrupt et les %
En préparant ce nouveau voyage, j'ai vite compris que cette fois, j'aurais affaire à des côtes plus fortes que dans les Alpes. De plus, il y a une petite astuce concernant les pourcentages renseignés sur les profils de cols et par les panneaux spéciaux qui jalonnent les parcours : c'est en général le pourcentage moyen par kilomètre qui est indiqué.

Or, il n'est pas difficile de comprendre que, sur un kilomètre, la pente est rarement constante.

Certaines sections se radoucissent forcément et d'autres se redressent d'autant : un kilomètre à 10 % de moyenne pourra très bien aligner des sections à 7 % (tranquille), 10 % (houlà…) et 13 % (Argl!). Cela est très bien illustré par des panneaux (routiers, eux) annonçant des pentes très localisées de 13, 15 et même 17 %… Bref, ce n'est pas parce qu'on est capable de gravir la route de 10 % qui traverse son petit village natal qu'on pourra vaincre avec autant d'aisance quelques kilomètres de montagne annoncé à 10 %… de moyenne.

20110706 IMG 1158 panneau col

Par ailleurs, la spécificité d'une montagne, c'est d'avoir 2 côtés : l'un pour monter… l'autre pour descendre. Si l'ascension se fait souvent à un rythme de sénateur, la descente, elle, sera "volle gaz !", comme on dit à Bruxelles.

Il n'est pas rare d'aller dix fois plus vite qu'à la montée et, le poids des bagages aidant, d'atteindre des 50, 60, 70 km/h (même en Brompton, hé oui). Pour ces grandes vitesses, il faut évidemment des freins bien réglés, un maximum d'anticipation dans la conduite, mais aussi la possibilité de "relancer" afin de donner un petit "coup de pouce" au vélo en cas de problème (un dépassement qui se présente mal, par exemple). En clair, même à 50 km/h, pouvoir accélérer un peu est indispensable pour garder le contrôle total de son engin (on imagine mal une voiture qui ne pourrait pas le faire…).

Cela suppose d'avoir à la fois de très petites et très grandes vitesses sur un même vélo, soit une plage de vitesses énorme. C'est techniquement difficile à réaliser, a fortiori sur un Brompton dont le système de tendeur de chaîne spécifique (destiné à maintenir la chaîne lors du pliage du vélo) vient encore compliquer la donne.

Fort de ces petites réflexions et de mes expériences passées, j'ai donc cherché à trafiquer mon Brompton pour encore améliorer son utilisation en montagne…

Un pliant à 800 %
J'avais déjà le Mountain-Drive qui divise par 2,5 la plage de vitesses disponible sur le vélo, créant une nouvelle plage inférieure de vitesses. Ce système ayant fait ses preuves dans les Alpes, il me restait comme possibilité de remplacer le moyeu arrière du Brompton pour augmenter si possible l'étendue de la plage par défaut et le nombre de vitesses.

Mon choix s'est porté sur un kit créé par Ben Cooper de Kinetics (un vélociste écossais assez inventif) autour du Sturmey-Archer X-RF8w (un moyeu 8 vitesses disposant d'une plage de 325% : la dernière vitesse parcourt 3,25 x plus que la première). Il livre la roue arrière rayonnée autour du moyeu, avec tous les accessoires. Le montage n'est pas vraiment compliqué et demande juste un peu de patience et de bon sens.

20110706 MG 1219 moyeu X RF8w kit

20110706 MG 1229 moyeu X RF8w

Combiné avec le Mountain-Drive, en choisissant soigneusement le plateau (46 dents, dans mon cas), on peut arriver à une double plage de vitesses quasi idéale.

Pour mieux comprendre cette histoire de développements et l'intérêt de ce bricolage (si, si, j'insiste !), voici un petit tableau comparatif de différentes plages de développements selon les vélos (l'étendue de chaque plage est exprimé en %) :

20110706 developpements

Les deux premières lignes illustrent le type de développements qu'on a sur un VTT et un vélo de course standards (bien sur, cela peut varier). Rappelons simplement que leurs systèmes avec plateaux, cassettes et dérailleurs imposent de ne pas "croiser" la chaîne, rendant certaines combinaisons plateau/pignon inexploitables : le nombre de braquets effectifs est toujours inférieur au nombre théorique.

Ensuite, on a les Brompton de série avec les 3 options de plateau possibles (44, 50 et 54 dents) : la plage assez restreinte le réserve à un usage urbain (promenades, etc.).

Ajoutons un Mountain-Drive au Brompton 50 dents : cela lui crée une nouvelle plage (MD ON) de 6 vitesses, descendant jusqu'à 1 m de développement, ce qui permet à un utilisateur lambda (même JC, mais si !) de grimper pratiquement n'importe quoi. Cette solution est déjà excellente…

Enfin, voyons la combinaison Mountain-Drive + X-RF8w : la plage haute (MD OFF) est parfaite pour faire de la randonnée et de la vitesse (plage similaire à celle d'un vélo de course) tandis que la plage inférieure (MD ON) permet de descendre également très bas (1,2 m), tout en montant assez haut (4,3 m). Elle convient bien aux montées de col où raidillons et faux-plats s'enchaînent.

Cette solution donne une plage totale d'environ 825%, à comparer au Rohloff, bien connu des cyclotouristes, qui n'offre qu'un "petit" 514 %…

Avantages de ce double système : un vélo ultra-polyvalent à un coût (Mountain-Drive + X-RF8w) nettement inférieur à celui d'un Rohloff.

Inconvénients : une perte de rendement due aux nombreux engrenages qui entrent en jeu dans chaque mécanisme et une complexité mécanique accrue qui peut poser problème en cas de panne (systèmes peu répandus).


Mountain Geek
Cette année, j'ai commencé à utiliser un cardiofréquencemètre. Ho, pas pour jouer les Contador (j'ai encore de la marge : tests d'effort, mesure de la VO2 max, etc.), mais par curiosité, pour en savoir plus sur cette pompe qui bosse toute la journée sans qu'on ne lui demande rien.

Car s'il est facile, quand on roule à vélo, de sentir ce qu'il se passe dans les jambes (crampes, tiraillements, articulations douloureuses, etc.), le cœur est plus secret, il dévoile moins facilement ses soubresauts et sa fatigue se manifeste plus discrètement (jusqu'au claquage fatal, bien sûr…). Il faut donc aller chercher les informations avec un engin précis.

Tant qu'à rajouter un appareil supplémentaire sur mon cintre, autant en choisir un qui fait tout, et me débarrasser ainsi des deux autres (compteur et inclinomètre). Après avoir étudié les différentes solutions possibles à base d'iPhone (qui se sont avérées être de gros bricolages encombrants et/ou peu fiables), j'ai opté pour un kit "pro" (hum…!) comprenant un Garmin Edge 500, une ceinture cardio qui se fixe sur la poitrine et des capteurs de cadence et de vitesse à placer sur le vélo (trouvé chez lepape.com).

20110706 IMG 1107 garmin edge500

Bardé de fonctions, à peine plus grand qu'un compteur classique, l'Edge 500 s'est révélé être un excellent mini-ordinateur à tout faire, possédant un grand affichage rétroéclairé (débrayable) et des écrans entièrement paramétrables, tant en type et quantité d'information qu'en taille des caractères.

L'interface est facile à comprendre, les boutons sont bien placés et il est étanche (enfin, il supporte une bonne pluie, quoi). De plus, il utilise la norme ANT+, un standard de communication sans-fil utilisé dans les équipements sportifs de haut niveau (bien plus robuste que ce qu'on trouve dans les compteurs "sans-fil" grand public) et qui permet de faire dialoguer différents capteurs avec cet "ordinateur de bord".

Cette standardisation m'a permis d'installer un capteur de vitesse/cadence d'une autre marque, celui de Garmin n'étant pas adapté aux Brompton. Reconnaissance immédiate du bidule et rien à paramétrer : la technologie comme on l'apprécie… Efficace dès le premier jour, ergonomique, sans bugs ni ratés, bref : qui rend service et se fait oublier (tout comme le prix, heureusement).

Seul détail : comme il consomme beaucoup d'énergie, penser à le recharger régulièrement (via le port USB d'un PC ou son chargeur dédié – chargeur d'iPhone compatible).

Parlons orientation…
Mon iPad flanqué d'un abonnement 3G a (entre autres) fait office de "pilote" GPS. Très pratique pour rapidement sortir des villes le matin, trouver son hôtel le soir, connaître la distance à couvrir avant de rejoindre un point précis (d'ailleurs, peu de panneaux indiquent les distances),… Du réseau quasiment partout.

Cela dispense d'acheter des cartes IGN précises de chaque région (j'avais une carte globale qui couvrait l'ensemble du trajet) et de perdre du temps à chercher son chemin dans les sorties de ville, les faubourgs, les quelques endroits où se trouvent des rocades et des nœuds routiers, etc. Cela m'a fait gagner de précieuses heures converties en repos, détente, visites, coups de téléphone, etc.

Détail curieux, quelques coupures de réseau résolues par un redémarrage complet de la tablette…

Je ne vous fait pas l'injure de parler des autres usages possibles (web, mail, rédaction d'un road book, lectures diverses, stockage photos, etc.) déjà largement évoqué par le maître de céans.

20110706 IMG 1180 ipad

Roule tranquille.
Enfin, quelques accessoires essentiels que je n'avais pourtant pas emmenés avec moi dans les Alpes… On profitera de l'arrêt obligé sous le panneau du col pour enfiler coupe-vent, écharpe et… casque, absolument indispensable.

Par-contre, pour les montées de cols, où l'on évolue à l'allure d'un escargot, on lui préférera la casquette, avec laquelle on peut à loisir se protéger le front ou la nuque selon la position du soleil. Il faut choisir le casque assez aéré et confortable, mais surtout avec un filet anti-insecte.

S'il fait trop froid, on pourra porter dessous un fin bonnet de laine ou un couvre-casque imperméable (qui protégera aussi de la pluie).

20110706 MG 6842 casque

Des lunettes de protection sont également très utiles. Pas nécessairement fumées, mais elles doivent largement couvrir les yeux. Après avoir longuement cherché, mon choix s'est porté sur des Demetz Vistana, qui sont en réalité des surlunettes (elles existent en plusieurs tailles, pour s'adapter aux différents types de lunettes).

Leurs points forts sont : une large couverture des yeux (on ne sent pratiquement pas le vent) et des verres polarisés qui découvrent bien les côtés, offrant une bonne vision panoramique et latérale (pratique pour jeter un œil en arrière, par-dessus l'épaule).

Du coup, le confort lors des descentes de cols est vraiment amélioré et le maintien sur le visage, excellent.

De plus, elles conviendront aussi pour sortir le soir, après l'étape, au bar queer du village, ou, éventuellement, une fois rentré à la maison, pour souder quelques tuyaux de plomberie…
Vraiment, Je me suis demandé comment je faisais auparavant…

20110706 MG 6845 lunettes vistana

Rappelons que des gants de cycliste apportent un confort indéniable en absorbant les cahots et protégeront aussi les mains en cas d'éventuelle chute. Inconvénient : bronzage comique assuré.

Finalement, un bon éclairage est indispensable. Pas une de ces ridicules loupiotes à piles qui servent en ville à vaguement signaler sa position aux usagers attentifs. Non : une vraie lampe, qui envoie loin. "Pourquoi, si l'on ne roule que de jour?" me direz-vous…

La raison est triple :
— primo, en montagne, le temps change rapidement. Le brouillard est fréquent en toutes saisons et il n'est pas rare, lorsqu'on monte un col, de traverser une couche nuageuse. La visibilité peut donc varier dans un laps de temps très court.
— Ensuite, un imprévu peut occasionner un retard de plusieurs heures et faire arriver à l'étape bien plus tard que prévu, à la nuit tombante. Hormis dans les villes et villages, il y a peu d'éclairage public en montagne.
— Finalement, certains tronçons sont constitués de tunnels non-éclairés et pas toujours bien entretenus (du côté de Val d'Isère, par exemple), parfois assez longs…

J'ai opté pour une E3 Triple de Supernova (trouvée à vil prix sur Amazon) qui, raccordée à mon moyeu dynamo SON, éclabousse littéralement la route. Redoutable d'efficacité.

Mais on trouve facilement d'autres modèles un peu moins violents et déjà très performants.

20110706 IMG 1188 nuage

Voilà pour les derniers upgrades infligés à mon Brompton.

Après ce voyage, à part quelques détails, je ne vois pas vraiment ce qui peut être encore amélioré.
À moins de changer le vélo, bien sûr…

Suite dans quelques jours, où l'on tentera de faire mieux qu'Hannibal, mais dans l'autre direction. Sans éléphants, cependant…

le 06/07/2011 à 04:59 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Vincent Burgeon |