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Brompton en mode cyclotourisme | 6

Le Parpaillon, géant oublié

dans ailleurs | brompton | potager | signé vincent
par Vincent Burgeon

En préparant ma traversée des Alpes, en 2009, j'avais découvert par hasard un grand col assez peu documenté : le col du Parpaillon, 2780 m.

A priori, pas vraiment faisable avec mon Brompton chargé de bagages, je l'avais donc laissé de côté à l'époque, mais intrigué, j'avais conservé l'info dans un coin de mon Mac et m'étais promis d'y revenir un jour…

Témoin du passé
Le massif du Parpaillon ("Parpaillon" signifiant "papillon" en dialecte alpin) est un massif montagneux situé dans l'Ubaye, près du lac de Serre-Ponçon. Il sépare les départements des Hautes-Alpes (au nord) et des Alpes-de-Haute-Provence (au sud).

Parpaillon location map

Son col marque également le passage entre la vallée de l'Ubaye et l'Embrunais, mais il n'est accessible que par un petit sentier escarpé. Par-contre, un tunnel situé en contrebas du col, à 2650 m d'altitude, permet de passer d'un versant à l'autre avec un véhicule. Long de près de 500 m, il fut creusé de 1891 à 1911 par le génie militaire et les chasseurs alpins dans le but de faciliter les mouvements de troupes françaises en cas de conflit avec l'Italie.

Photo d'époque :

Parpaillon construction 2

Dans les années 1950-1960, lorsqu'on a goudronné les grands cols alpins, c'est son voisin, le col de Vars, moins haut de 500m et plus accessible, qui fut privilégié. Le Parpaillon est donc resté en l'état, avec sa piste caillouteuse datant du siècle dernier, témoin de ce qu'était un col de haute montagne avant l'avènement de l'automobile et du macadam.

Après, il est progressivement tombé dans l'oubli…

En effet : pas toujours bien renseigné sur les cartes (ou alors comme "passage incertain", voire "interdit"), il n'est pas déneigé au printemps par la DDE, les habitants de la région ne l'empruntent jamais, lui préférant le col de Vars, et les vallons alentour sont quasiment inhabités. C'est littéralement tout un pan du paysage qui s'est figé dans une autre époque.

Trop accidenté pour les vélos de course et pas assez technique pour les vététistes, peu de cyclistes connaissent aujourd'hui son existence et seuls quelques originaux vont encore mouiller leur maillot sur son chemin muletier, par curiosité ou par défi…

3/5 de route, 2/5 de piste, un zeste de tunnel…
Ce col cumule quelques particularités intéressantes : deux ascensions conjuguant gros kilométrage et gros dénivelé (30 km/1800 m au départ d'Embrun et 20 km/1360 m depuis La Condamine-Châtelard), des pourcentages importants (relire ce billet à propos de la notion de pente moyenne), 20 km de piste au total ± répartie pour moitié de chaque côté et, finalement, un tunnel sommital qui n'est pas des plus simples à franchir. Bref, un parcours équivalent au Galibier ou à l'Iseran, avec en plus la difficulté inhérente à la piste non goudronnée…

En juin 2011, lors de ma traversée des Pyrénées, j'avais profité de mon passage au col du Tourmalet pour aller me balader sous le Pic du Midi, afin de tester le Brompton sur un vrai chemin muletier, avec armes et bagages.

L'expérience s'était révélée assez satisfaisante et j'en avais déduit que, finalement, le Parpaillon n'était peut-être pas tout-à-fait inaccessible à mes roues de 16 pouces.

Restait plus qu'à trouver l'occasion de retourner dans les Alpes…

Celle-ci s'est présentée plus vite que prévu puisque, début septembre, j'ai eu quelques jours libres immédiatement mis à profit pour m'organiser vite fait un petit séjour alpin.

Voici l'itinéraire complet de ce "Raid Parpaillon" : l'idée était de partir d'Embrun et d'aller passer la nuit à Barcelonnette, soit un trajet d'environ 60 km. La section non bitumée est représentée en rouge.

Parpaillon itineraire

Vous pouvez visualiser ce tracé et ces différents lieux sur Google Maps.

Mon Mountain-Drive étant toujours en SAV (relire ce billet !, pas question d'attaquer la montagne sans braquets adaptés.

J'ai donc emprunté le Brompton de ma compagne (grâce lui soit rendue!), équipé lui aussi du précieux pédalier démultiplicateur, ai procédé à quelques ajustements pour le mettre à ma taille, puis direction la gare d'Austerlitz…

Pour ceux qui croient encore aux vertus du voyage en train, sachez qu'il est tout à fait possible d'embarquer un Brompton dans un train placard train-couchette : il n'occupe pas plus de place qu'une valise et rentre dans les rangements prévus à cet effet.

Housse conseillée et, comme d'habitude, se montrer discret lorsque passent des agents SNCF (déjà eu affaire à quelques zélotes…).

Brompton train couchette

À Veynes, c'est un autocar qui a pris le relais pour cause de travaux sur la voie ferrée (les fameuses vertus…).

Arrivée à Embrun vers 08h00 du matin, il était hors de question d'attaquer le Parpaillon après cette courte nuit ferroviaire. Je suis donc passé à l'hôtel déposer mes bagages, puis direction le petit col de Pontis et ses méchantes pentes pour me dérouiller un peu les jambes… Vue magnifique sur le lac de Serre-Ponçon.

C'est également l'occasion de faire avec JC nos premiers tests de géolocalisation à l'échelle nationale, dont on reparlera bientôt (nooon, rien à voir avec Frenchelon!)… [J'ai ainsi pu homologuer ces exploits en restant derrière mes écrans…! | Note du JC]

Ça monte…
Le lendemain, après une bonne nuit de repos, c'est parti pour le Parpaillon.

L'ascension commence vraiment ici, au pont sur la Durance, le point le plus bas sur l'itinéraire, situé à 2 km d'Embrun.

Parpaillon pont durance

Les 14 premiers km vont me mener à Crévoux, par une montée tout à fait classique : raides (10% d'entrée de jeu), mais en bon état, dans un décor agréable de petit vallon resserré alternant végétation et roches. Le torrent de Crévoux coule en contrebas. Peu de circulation sur cette route.

À Crévoux, je fais halte à l'hôtel-restaurant bien nommé "Le Parpaillon", pour prendre un double café et jeter un œil au livre d'or contresigné par les cyclotouristes qui franchissent le tunnel (les plus anciens dans ce bouquin remontent aux années 80, mais je suppose qu'il existe des registres antérieurs). Ne pas oublier d'aller le signer si vous passez par là…!

Après Crévoux, village de La Chalp : le dernier endroit "civilisé" avant la chapelle Ste-Anne qui se trouve de l'autre côté du col, 24 km plus loin : en profiter pour remplir une dernière fois ses bidons à la fontaine du village.

Parpaillon lachalp

Passé La Chalp, la route mène à une forêt et devient un mince bandeau de goudron qui serpente dans les bois pendant quelques kilomètres, jusqu'au pont du Réal. Là, le revêtement disparaît et les hostilités commencent… C'est parti pour 20 km de piste.

Parpaillon pont real

Les tours de roues suivants sont particulièrement durs et il faut avoir gardé un peu de "jus" pour attaquer ce début de piste. L'inclinomètre du compteur accuse des passages entre 12 et 15 % : petit braquet et gros moulinage de rigueur !

Parpaillon foret

(Bon, à partir d'ici, photos de qualité très moyenne car faites avec mon iPhone 3GS… La batterie du S95 était vide !) [C'est pourquoi, j'utilise un Canon G11, batterie increvable | Note du JC]

Une fois sorti de la forêt, le paysage prend ses atours de haute montagne : alpages et roches affleurantes. La pente ne faiblit pas…

Parpaillon montee 1

Vers 2500 m, un petit ruisseau à franchir, où je fais une pause déjeuner. Silence incroyable, rien, à part l'eau qui murmure. Quelques marmottes au loin.

Parpaillon montee 2

Au-delà de 2500 m, la végétation disparaît, tout est minéral. Quelques lacets très raides, dernière ligne droite, une maçonnerie se laisse deviner ; dernier virage, la bouche sombre du tunnel apparaît enfin !

Parpaillon tunnel bromtpon

Ensuite, il faut traverser le fameux tunnel. Un tronçon de 500 m réputé noir, froid, humide, boueux. J'ai prévu une lampe frontale (car un phare sur dynamo s'arrête… si l'on s'arrête) et des sacs en plastiques pour protéger mes chaussures, toujours pour le cas où j'aurais à mettre pied à terre.

La traversée se fait finalement sans problème, mais c'est probablement la partie la plus casse-gu* de l'itinéraire, car malgré le phare avant, impossible de distinguer quoi que ce soit dans la pénombre. Seule chose à faire : pousser sur les pédales, tenir ferme le cintre et viser tout droit, les yeux braqués vers le point de sortie, en espérant ne pas finir en soleil à cause d'une malencontreuse grosse pierre…

Parpaillon pieds sacs

Deux panoramas (fait à l'iPhone, hè oui) du tunnel et des environs. On aperçoit le Brompton garé devant chaque entrée…
- Versant Nord (côté Embrun)
- Versant Sud (côté La Condamine-Châtelard)

Ça descends…!
Après ces réjouissances, la descente vers La Condamine-Châtelard n'est pas non plus de tout repos : 10 km de chemin muletier, cela signifie debout sur les pédales pour amortir les chocs et freins tenus en permanence, donc crampes aux bras… le tout à 20 km/h maximum car la piste est encore moins bonne de ce côté-ci.

Voici un autre panorama réalisé lors de la descente vers le "Plan de Parpaillon" (situé dans le vallon).

Ci-dessous, après le Plan, pont en bois sur le Bérard : je sors tout doucement du massif…

Parpaillon descente 1

Enfin, arrivée à la chapelle Sainte-Anne, où le goudron reprend ses droits.

Quelques informations au sujet du Parpaillon sont présentées sur des panneaux : historique, dates des travaux, flore, etc.

Parpaillon chapelle ste anne

Parpaillon chapelle panneau

L'expédition se termine ici, car la dernière descente vers La Condamine-Châtelard est facile et très classique. Dernier coup d'œil au col que j'aperçois encore au loin, et retour à la "civilisation"…

En conclusion
Si ce n'est pas la plus longue, c'est de loin la randonnée la plus ardue que j'ai effectuée jusqu'ici en Brompton : bien plus difficile que les grands cols cyclistes "classiques".

Le vélo s'est étonnement bien comporté, mais j'étais contraint à tenir des vitesses très faibles, surtout en montée. Un détail auquel il faut prêter attention : du fait de ses petites roues, le tendeur de chaîne et la transmission sont assez proches du sol et donc sensibles aux accrochages : il faut soigneusement éviter les grosses pierres.

Il est évident qu'un VTT reste le meilleur type de vélo pour ce type de ballade…

Pour ceux qui se laisseraient bien tenter… :
- Un descriptif assez complet de l'ascension (deux versants) avec toutes les données techniques.
- Quelques compte-rendus d'autres ascensions : moins précis, mais agrémenté de photos et qui donnent bien le ton général : ici, ici et .
- Une vidéo de l'ascension depuis la Condamine-Châtelard tournée par un motard automobiliste (merci Franklin pour l'analyse), qui se termine par la traversée du tunnel : bruyante et monotone, mais permet de se faire une idée de l'état général de la piste.

Enfin, pour les prochaines vacances d'été, n'hésitez pas à aller passer un peu de temps dans la région d'Embrun / Barcelonnette : entre la montagne et le lac de Serre-Ponçon, les activités sont nombreuses et variées, tout ou presque est imaginable …

À suivre : Prochain billet cyclotouriste : "Qui c'est qu'a la plus haute ?"

[Noooon, c'est pas vrai, même qu'il y a un village qui évoque déjà cet exploit !! | Note du JC]

le 04/09/2011 à 20:15 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Vincent Burgeon |