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Canon EF 85mm f/1.2L II USM

Mode scalpel

dans mémoire | photographie | voir
par Jean-Christophe Courte

Comme d'habitude, je passe sur les caractéristiques techniques qui sont disponibles sur le site de Canon. Leur lecture ne me procure aucun plaisir, l'unique information qui me parle est le poids (…et là, on dépasse de quelques grammes le kilo). Et le prix (…et là, je pousse un très gros soupir…!).

Essayer cette optique a été une incroyable surprise dès les premières images.
Je comprends que les avis soient aussi partagés à son propos car sa prise en mains n'est pas immédiate. Le parallèle qui me vient instantanément à l'esprit est celui du scanner, plus exactement de la tomographie… Ce n'est pas une représentation très glamour mais la précision offerte dans les divers plans de l'image par le 85 mm me donne cette sensation. Du coup, son utilisation demande un peu d'entraînement car on a vite fait, si l'on a pas une idée précise de ce que 'on veut obtenir, de faire sa mise au point 1 centimètre trop près ou trop loin…!

Les personnes que j'ai interrogé étaient soient enthousiastes (notamment Thierry Seray ou Zit), soit très réservées… Bref, pas de demi-mesure tant nous avons réellement affaire à une combinaison optique qui a un caractère affirmé. Mes premiers tests jeudi après être passé chez Canon France ont été déconcertants.

Soit j'étais totalement à l'ouest et j'obtenais une image molle pour ne pas dire floue ; soit j'avais miraculeusement trouvé la bonne distance et le rendu délivré splendide… À mes yeux, j'entends.

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1/800° — f/4.0 — 100 ISO

Cette précision, je l'ai déjà éprouvée avec le Canon EF 135mm f/2L USM testé il y a quelques semaines. Paradoxalement, le 135 mm est plus aisé à utiliser — à mon avis — et, au risque de me répéter, possède un piqué étonnant dès 2.0 d'ouverture…

Le 85 mm offre deux "plus" hallucinants. Une ouverture à 1.2 qui permet de travailler dans des conditions de lumière franchement limite. D'ailleurs, si le sujet s'y prête, il offre une bonne qualité d'image à pleine ouverture… Mais le second point est ce rendu optique caractéristique qui permet de détacher un premier plan tout en construisant un flou superbe en arrière plan. Cela modifie du coup radicalement la composition des images, leur graphisme au final.

On imagine sans peine ce que cela peut procurer comme douceur pour des portraits mais aussi pour des compositions florales…

Pourtant ce matin, je suis allé suivre une compétition de chevaux et même si l'auto-focus peut sembler parfois un peu lent, voici deux images prélevées sur une série assez sympathique même si la dernière fait partie d'une série d'une douzaine d'images où la chute est décomposée… Images brutes exportées depuis le fichier RAW source. J'ai modifié mes images après m'être fait engueuler amicalement par Laurent… Il a raison, j'ai tendance à laisser la planche contact au lieu de traiter en 20 secondes les visuels. Son argument est imparable : "alors à quoi cela te sert de faire du RAW…?"

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85 mm — 1/6400 — f/5.6 — 200 ISO (vous pouvez lire l'heure, non…?)

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85 mm — 1/400 — f/11.0 — 200 ISO (Pas de souci, le cheval et son cavalier se sont relevés mais c'était très impressionnant)

À comparer à une image réalisée au 70/200 de f/4.0

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200 mm — 1/250 — f/7.1 — 100 ISO

Alors, oui. Ce n'est pas l'optique idéale mais, à condition de bien se placer (c'est indispensable contrairement au zoom qui permet d'être plus paresseux…), on peut obtenir d'assez bon résultats.

Ajout facétieux…
Je vous disais que c'était une optique idéale pour le portrait, juste un détail

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85 mm — 1/4000 — f/2.0 — 100 ISO

Bref, à suivre mais enthousiasmant…
Note(s) de lecteur(s)…

Et Laurent d'ajouter ceci :
Quelques réflexions après ce billet sur le 85mm.
Au siècle dernier, la construction d'optiques à grande ouverture était motivée par le fait que la mise au point se faisait sur un verre dépoli plus ou moins photophage, associé à un prisme de redressement de l'image, un miroir et un oculaire. Tout ceci avait pour conséquence une visée plutôt sombre, d'où l'idée des constructeurs de proposer des cailloux à grande ouverture UNIQUEMENT pour améliorer la visée, seul moyen à l'époque de caler une mise au point correcte. Le principe de pré sélection automatique (visée à pleine ouverture, simulation de la fermeture du diaphragme par piste potentiométrique pour la mesure de la lumière) permettait donc de travailler diaphragme grand ouvert pour cadrer et mettre au point mais généralement pas pour photographier proprement dit. En effet, bien que les gammes d'optiques à grande ouverture soient plus onéreuses, elles étaient surpassées qualitativement parlant par les séries moins lumineuses et utilisables dès la pleine ouverture.

À de rares exceptions près, comme le noct-nikkor 58mm f/1,2 (la première optique avec une lentille asphérique) ou le Canon 50mm f/0.95 (associé à un boîtier non reflex !), il était donc fortement recommandé de fermer de deux ou 3 valeurs au minimum pour tirer la quintessence de ces objectifs onéreux.
Le cas particulier des gros télés (400mm f/2,8 par exemple) est un peu différent et nous éloigne du sujet...

Actuellement, qu'en est-il ?
Outre les progrès réalisés dans le confort de visée (coefficient de transmission des matériaux utilisés, visée HP...) il faut également noter que la mise au point est désormais confiée au bon soin du détecteur embarqué dans l'appareil. D'autre part, la diminution du bruit numérique allant constant au fur et à mesure de l'évolution technologique des capteurs, il est donc envisageable de monter sans trop de soucis à 200 voire 400 iso sans perte de qualité. Résultat : un 85 mm f/2,8 utilisé à 400 iso actuellement est plus performant qu'un hypothétique 85 mm 85mm f/1 à 50 iso il y a 15 ans (sans autofocus, inexploitable à peine ouverture, inabordable techniquement et financièrement...).

On peut considérer actuellement que l'on gagne une ouverture simplement en doublant la sensibilité iso sur un boîtier numérique récent, sans perte visible. Ce qui n'était pas le cas du temps de l'argentique, notamment en terme de granulation.

À propos de la profondeur de champ, il ne faut pas perdre de vue que ce paramètre est directement lié à la notion de cercle de confusion, donc à la taille des photosites. Elle est donc différente d'un boîtier à l'autre, comme elle pouvait l'être d'une pellicule à l'autre.

Outre la notion de tolérance que l'on peut envisager sur des valeurs de diaphragmes plus fermé, il est assez simple de réduire ladite profondeur a posteriori dans Photoshop, par exemple, avec une série de filtres livrés en standard sur CS3 et justement nommés "flous de l'objectif". L'inverse restant bien entendu impossible.

Cet petit texte n'a donc que pour objet de semer le doute sur la pertinence d'un tel investissement.
Surtout après la chaudière à gaz.... :^)


Pour mémoire :
Divers produits Canon chroniqués…

le 29/03/2008 à 11:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |