Urbanbike

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Certaines années comptent triple…

…et quelques jours restent gravés dans nos mémoires

dans ailleurs | mémoire
par Jean-Christophe Courte

Après près de dix-huit mois à changer pratiquement chaque semaine d’horizon, j’apprécie d’être confiné1 dans notre port d’attache breton. Dès qu’il sera possible de nous balader à nouveau, accompagner notre fille pour boucler sa dernière année de master, rejoindre notre fils dans une ville européenne, je lèverais (nous léverons…!) les voiles sans problème.

Mais, en attendant, je goûte chaque jour de cette longue escale avec les routines qui l’accompagnent, la sortie d’une heure quotidienne, les prises de vue avec le post-traitement2 dans la vieille version de Lightroom3.

Si j’ai un soupçon de vague à l’âme, il me suffit de parcourir mes notes (numériques car collectées avec des clichés dans Day One journal + mémoire). Mes souvenirs se rafraîchissent instantanément.

Ainsi deux journées mi-Avril de l’an passé.

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  • Rassurez-vous, peu de photos dans ce billet…

Un récit parmi d’autres

Après un long périple autoroutier depuis Aranjuez4, nous sommes arrivés à Grenade dimanche 14 mars dans une ville interdite aux voitures, semaine sainte5 oblige. Nous avons eu la chance de rejoindre sans aucune difficulté ni contrôle de police une place de stationnement dans un parking (Garaje Trexa Plaza Compos) que j’avais réservé par le biais de notre hébergement.

Une place au sous-sol avec accès par une rampe unique et stationnement du Jeep au chausse-pieds entre deux maigres piliers en béton. C’est dans ces cas là que j’apprécie la direction assistée et les radars de recul, un peu moins la taille de notre vieux véhicule…!

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  • en jaune, l’hébergement ; en rouge, l’emplacement du parking…

Coté hébergement, nos avions réservé6 deux piaules7 Calle de los Damasqueros dans le Nest flats Grenada8 situé dans la vieille ville, quasi au pied des escaliers permettant de monter directement vers l’Alhambra, dans le quartier du Realejo.

La suite nous démontra que nous avions eu un sacré nez car nous étions du bon côté pour éviter d’être coincés par les nombreuses processions qui se déroulent l’après-midi et le soir.

Le plus compliqué fut d’utiliser le système d’identification numérique (!!) pour récupérer nos clés après scan de nos pièces d’identité, etc. Heureusement aidés par une jeune espagnole sympathique à la réception …et notre traductrice personnelle, Aurélia.

Bref, deux chambres impeccables et silencieuses, genre appart’hôtel.

Le temps de déposer nos maigres bagages, nous sommes repartis tous les quatre à l’assaut des collines qu’Aurélia et Béatrice connaissaient déjà.

Mes propres souvenirs datant de plus de trente ans, à une période où il faisait tellement chaud que l’on appréciait de dormir dans le parador de la Sierra Nevada9 proche !

Inutile de rappeler que Grenade, ça monte et ça descend…! Nous emprunté un nombre époustouflant de petites rues et d’escaliers pour nous balader vers la Mezquita de Grenada sur la colline de l’Albaicín10au dessus du Rio Darro en nous laissant porter par nos envies et souvenirs. Avec des vues splendides sur l’Alhambra, bien entendu…

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Au retour, nous avons croisé, vu, entendu plusieurs processions impressionnantes en regagnant difficilement notre hébergement via les rues et ruelles bondées. Je ne sais pas si c’est affaire d’habitude, mais il est assez facile de se repérer dans Grenade. Au pire, coincé, on fait demi-tour et on essaye le voie suivante…

Le lendemain, lundi 15 avril, visite de l’Alhambra en plusieurs étapes (nombreux billets réservés dès février) avant de revenir une seconde fois l’après-midi pour finir par la visite des somptueux jardins et palais Nasrides.

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  • Sachant que l’une des processions emprunte la rue en jaune, la position de notre hébergement était parfaite…

Petit-déjeuner tous ensemble dans notre chambre et départ tôt vers l’Alhambra11. Montée des escaliers à 100 mètres de là puis, 20 minutes plus tard, exténués, nous pénètrons dans les jardins.

Une armée de jardiniers s’active et quel silence hormis les oiseaux et un écureuil qui traverse une allée ombragée.

Bon, c’est bien moi (!!) qui, choisissant un mauvais itinéraire, nous a conduit au bout de 15 minutes à faire demi-tour pour (re)démarrer la visite dans le bon sens entre des groupes arrivés entre-temps. Heureusement, des moments de latence avec moins de monde pour profiter des lieux.

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En effet, nous prenons notre temps, n’hésitant pas à nous arrêter, nous poser et contempler le paysage et les détails de l’architecture, les astuces d’irrigation pour alimenter les jardins. Et les vues sur Grenade qui, le matin, sont somptueuses.

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Nous poursuivons avec le Patio circulaire du Palais de Charles Quint12 dans une très belle lumière et (…relativement) peu de monde…

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Après cette longue visite, fourbus, nous sommes redescendus à l’hébergement pour déjeuner13 après quelques courses si je me souviens bien.

Après une rapide sieste, nous sommes partis dans la ville même faire un tour et consommer quelques pâtisseries et nous rafraichir non loin de la Cathédrale de l’Incarnation14.

Dans l’après-midi, nous sommes remontés à l’Alhambra pour visiter les autres jardins dont l’Alcazaba avant d’enchainer enfin (!) ces autres lieux clés pour lesquels nous étions venus, les Palais Nasrides15 avec la cour des lions, etc. Bon, là, autant le dire, c’était blindé mais supportable (et pas trop étouffant).

Visite encore plus chouette que dans mon souvenir d’il y a trente ans, même si, à cette période là, nous les avions visités quasiment sans touristes, étant les premiers le matin à y pénétrer en arrivant de la Sierra Nevada et distancé rapidement ceux qui nous suivaient.

C’est à la fin de cette dernière visite de 18:00 des Palais Nasrides que nous avons appris que Notre-Dame16 flambait.

Inutile de décrire ce que nous avons ressenti sur le moment. Soulagés d’être ensemble17.

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  • C’était ici-même…

Le soir, nous sommes redescendus par la Cuesta de Gomérez pour trouver un restaurant au lieu de passer directement par les escaliers de la Cuesta Del Realejo.

Idée totalement illusoire dans les fumées et chants des processions, les rares établissements ouverts avec des files d’attente.

Nous avons décidé d’acheter de quoi dîner chez un traiteur italien, Cacho & Pepe18, une petite boutique repérée par Josquin, Calle Colcha.

Pour noyer notre émotion, nous avons acheté du vin et plusieurs types de lasagnes (excellentes), le tout servi par deux personnes adorables, touchées par ce qui venait de se dérouler à Paris (…de la force d’internet, tout le monde est informé en direct de tout dans le monde via son portable).

Du coup, il a fallu se glisser à nouveau sur les trottoirs étroits de la Calle Santa Escolástica en longeant la foule contemplant la procession pour rentrer à notre hébergement.

Une fois arrivé, nous nous sommes rendus compte qu’il nous manquaient des desserts.

Josquin est retourné chez notre petit traiteur (…désolé mais la boutique est réellement minuscule…!) et est revenu avec ces derniers.

Sauf qu’il restait à les payer car il était parti dans l’urgence sans sa carte de crédit (…notez la confiance des gens qui nous avaient vu quelques minutes avant…!).

Josquin et moi sommes ressortis 45 minutes plus tard pour régler. Le temps, une fois de plus, de vivre de près la procession, ses chants, les tambours, les trompes, les lourds chars décorés et portés par des paires d’épaules, les effluves d’encens mais, surtout, de tomber dans un piège !

Guiseppe, l’adorable patron italien, était arrivé dans sa boutique et nous a pris illico en sympathie (il parle français, a vécu à Lyon). Pour célébrer ensemble ce triste événement, il nous a servi un premier verre de vin, puis un second car il fallait absolument goûter tel autre cépage. Heureusement que mon fils a nettement plus de capacités que moi à les boire et à les supporter !

Un second verre de blanc suivi d’un nouveau verre de rouge, très difficile de refuser quoique ce soit à Guiseppe (que j’embrasse, un cœur en or…!).

Après l’avoir remercié dix fois, nous sommes finalement rentrés après avoir longé une dernière fois la longue procession qui se terminait19. Enfin, non, nous l’avons entendu tard dans la nuit

Note de fin : Je n’étais pas ivre (…je ne faisais pas encore la promotion de l’eau ferrugineuse…!), simplement terrassé par cet abus de vin — je bois très peu — mais surtout par la nouvelle de l’incendie. Je n’ai eu aucun souci pour m’endormir, ce qui était nécessaire car nous reprenions la route dès le lendemain matin pour Cordoue, avant que la ville soit à nouveau bouclée dès 12:00.

Néanmoins, avant de m’endormir, j’ai visionné une demi-douzaine de fois l’effondrement de la flèche de Notre-Dame, lu les témoignages des parisiens qui étaient présents (merci Twitter) …comme si je n’arrivais pas à croire la réalité de ce qui venait pourtant de se produire quelques heures plus tôt.

Voilà…


  1. urbanbike | Confiné sur une île, pléonasme… 

  2. À l’aveugle, vue les tribulations chromatiques de l’écran 

  3. Version 5 d’avant les abonnements sur mon vieux MacBook Pro 17” de 2009 

  4. Aranjuez — Wikipédia 

  5. Semaine sainte — Wikipédia 

  6. …dès le début février en arrivant à Salamanca pour un semestre 

  7. souvenir que la période de la semaine sainte est particulièrement recherchée et qu’il faut réserver très longtemps à l’avance. Déjà eu une chance incroyable de trouver deux chambres dans le même établissement à cette période. 

  8. Nest Flats Granada 

  9. Sierra Nevada (Espagne) — Wikipédia 

  10. Albaicín de Grenade — Wikipédia 

  11. Alhambra (Grenade) — Wikipédia 

  12. Palais de Charles Quint (Alhambra) — Wikipédia 

  13. pour info, il y a une supérette du groupe Supermercados Covirán Calle Molinos (angle Cuesta de Los Vergeles), c’est à dire à peine à 100 mètres de l’hébergement situé Calle de los Damasqueros

  14. Cathédrale de l’Incarnation (Grenade) — Wikipédia 

  15. Palais nasrides de l’Alhambra — Wikipédia 

  16. Cathédrale Notre-Dame de Paris — Wikipédia 

  17. Pour mieux comprendre, Josquin bossait pas loin et la cathédrale faisait partie de son environnement urbain quotidien. 

  18. Restaurant italien en plein cœur de Grenade - Avis de voyageurs sur Cacho & Pepe, Grenade - Tripadvisor 

  19. Oui, une procession ne se réalise pas en 10 minutes : les chars et plateformes sont portées par de jeunes hommes et il leur arrive aussi de se blesser tant la charge supportée est lourde. Dès lors, la procession avance par petites étapes de quelques minutes pour faire 50 mètres si tout va bien. 

le 17/04/2020 à 09:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |