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Le colombage, mode d'emploi

dans architecture | lire
par Jean-Christophe Courte

J'ai lu dimanche soir un petit opuscule écrit par Jean-Louis Valentin sur un sujet qui m'intéresse particulièrement, le colombage. Si vous avez l'occasion de lever un peu le nez lors des visites de centres-villes anciens en France, vous découvrirez qu'il y a des tas d'exemples régionaux splendides comme à Dinan ou à Rouen, ces deux liens vous conduisant à des séries de photos.

Le colombage est une technique de construction dont le but est de réduire le volume de bois utilisé pour un bâtiment. Les vides des parois sont alors remplis en torchis ou en terre, cet entre-colombage pouvant d'ailleurs être l'objet d'une composition très graphique en feuilles de fougères. Dans des endroits très exposés (neige, air marin), ces pans de murs sont protégés par des bardeaux de bois mais avec un vide d'air entre eux et la structure porteuse pour que cela respire, voir Bardeaux bois | 1 et Bardeaux bois | 2.
Ce qui est amusant, c'est que ces bâtiments offrent généralement un confort thermique bien supérieur à leurs homologues en maçonnerie et disposent de tas de qualités dont une bonne résistance au feu contrairement à certains préjugés.
Bref, écolos bien avant l'heure…

Mais intervenir sur une maison à colombage demande un peu — beaucoup — de bon sens d'autant que ces derniers décennies, le bois étant devenu "has been", il était de bon ton de le cacher — parfois avec des revêtements qui singeaient la pierre, opérations qui ont souvent contribuées à accélérer la dégradation de superbes ensembles… Sans oublier certaines restaurations qui souhaitaient tout rendre "propre en ordre" — genre chaumière des sept nains après le passage énergique de Blanche-Neige — en oubliant les principes essentiels… Eh oui, le bois, il faut le laisser respirer…!
De manière générale on ne doit ni gratter, ni brosser, ni limer, ni poncer, le bois qui perdrait alors sa protection naturelle, son "gris". Un pan de bois extérieur n'a pas à être traité pour être protégé. La règle absolue est de ne pas rendre sa surface étanche.

Or le nombre de fois où les structures en bois ont été vernis, le pied des poteaux entourés d'un petit ciment bien propre (et pas respirant, conservant l'humidité…) ne se compte pas…!

Ce livre de 72 pages à l'iconographie bien fournie, parsemé de croquis, aborde tous les problèmes de structure, comment redresser une façade, changer une sablière ou restaurer le solin en pierre sous cette dernière, reconstituer des pièces détériorées comme le pied d'un poteau ou une lisse. Car tous ces savoirs se perdent peu à peu et il est indispensable de se souvenir que le science des assemblages comme la technique des pans de bois était à son apogée au XVI°. Bref, que nos anciens n'étaient pas des manches…! C'est le propos de l'auteur…
L'objet de cet ouvrage est de rappeler les grands principes qui régissent les constructions en pans de bois et e donner aux propriétaires privés, aux élus des communes, aux artisans et aux architectes des méthodes d'analyse et d'intervention. Car seuls la parfaite maîtrise technique, mais aussi le bon sens, permettront de donner aux vieilles maisons à pans de bois une seconde chance pour que puissent s'affirmer leurs indéniables qualités — avérées pendant de très nombreux siècles — tout au long du XXI° siècle encore et même au-delà.

Un bouquin que tout étudiant en architecture devrait parcourir à défaut de suivre une UV spécifique. C'est bien écrit, accessible à tous et bien illustré.

Le colombage, mode d'emploi
Jean-Louis Valentin
Collection Chantiers Pratiques
Eyrolles
9782212119831 | 15 €

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Notes des lecteurs
Ajout d'une information d'André ce matin après lecture de ce billet…
les maisons à colombage, outre leur côté écolo, possédaient une fonction très intéressante à l'époque. En effet lors du partage des biens entre les héritiers, du moins pour les deux premiers nés, la maison revenant à l'un d'entre eux était démontée, opération facilitée par l'architecture même du bâtiment puisqu'il suffisait de démolir le torchis et récupérer chaque poutre dûment identifiée pour la reconstruire à l'identique ailleurs, alors que le terrain initial revenait au second.


Note complémentaire d'Alan :
Le démontage de structure en colombage est toujours d'actualité puisqu'on trouve dans ma région (pays de Caux normand) des granges à démonter, pour des sommes dérisoires (parfois 2000 euros) voire même gratuitement.
Au lieu de retaper le bâtiment, on préfère l'évacuer, quitte à reconstruire dessus une maison en agglo, avec des poutres visées sur la structure histoire d'imiter une authentique maison à colombage, sans aucun de ses avantages et avec tous les inconvénients du parpaing.

le 03/04/2007 à 08:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |