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Délocalisation de la pollution

Une proposition de Larry Summers

dans groummphh | potager | signé regis
par Regis Corbet

S'il est une nomination dans l'équipe gouvernementale d'Obama qui pose question, c'est bien celle de Larry Summers à la direction du Conseil économique national. Déjà connu pour avoir officié sous l'ère Clinton au poste de secrétaire d'état au trésor, cet économiste renommé l'est aussi pour manier l'art du dérapage.

Ce talent lui a valu pas mal d'inimitiés, le surnom de "Bully" (la brute) ainsi que le record historique du plus court mandat de Président de l'université d'Harvard… Sa sortie de cette prestigieuse institution avait été précipitée par ses déclarations publiques, en février 2005, sur l'infériorité génétique des femmes comme l'une des causes majeures de leur sous-représentation aux postes de pouvoir dans les "sciences dures".

Loin de moi l'idée de minimiser le caractère scandaleux de ces déclarations sur les femmes, mais il est capable de pire. Et s'il est un domaine sur lequel l'outrageant laisse place à l'inquiétant, c'est quand Summers expose ses vues sur le règlement global du problème de la pollution. En 1991, alors qu'il est Chef économiste à la banque mondiale, il écrit un mémo incitant la délocalisation de la pollution.

Je vous en livre ici quelques perles :
Les pays sous-peuplés d'Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l'air y est d'un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico […] Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays les moins avancés […] et se préoccuper davantage d?un facteur aggravant les risques d'un cancer de la prostate dans un pays où les gens vivent assez vieux pour avoir cette maladie, que dans un autre pays où deux cents enfants sur mille meurent avant d'avoir l'âge de cinq ans. […] Le calcul du coût d'une pollution dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l'accroissement de la morbidité et de la mortalité. De ce point de vue, une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où ce coût est le plus faible, autrement dit où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable.

Source en intégralité et en VO.

En 1992, quand le mémo fut rendu public, les pays prétendument "sous-pollués", ne se sont pas privés de faire savoir à l'auteur leur opinion sur la question.
Sachant que cet homme fera prochainement partie du gouvernement du pays plus gros pollueur mondial, cela fait froid dans le dos. Et on comprend mal comment cet individu a pu, par le passé, appartenir à une administration dont le vice-président était Al Gore.

On peut alors se poser la question de la sincérité des déclarations de bonnes intentions du nouveau Président élu et sous prétexte de crise économique, on peut craindre que les Etats-Unis ne reviennent à des vues court-termistes, protectionnistes, pour ne pas dire tout simplement égocentriques sur la question environnementale (souvenez-vous des raisons invoquées par Bush pour la non-signature du protolole de Kyoto…)

Rassurons-nous, le pire n'est pas certain, et le salut viendra peut-être des féministes qui ont Summers en horreur, et à qui Obama doit partiellement son élection. Il parait qu'une des blagues favorites de Bill Clinton quand il croisait Summers, était de lui demander "qui avez-vous insulté ce matin ?" : Espérons qu'il n'aura jamais l'occasion de répondre "l'humanité".

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le 30/11/2008 à 06:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Regis Corbet |