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Document | Gomorra

Roberto Saviano

dans ailleurs | lire
par Jean-Christophe Courte

Je viens de terminer avec peine ce livre d'investigation de près de 360 pages… Avec peine car c'est le nombre d'informations incluses qui est à proprement stupéfiant. On comprend mieux pourquoi son auteur vit désormais sous haute protection policière… Dans ces régions où l'omerta est inscrite dans les gènes, avoir le courage — ou l'inconscience — de tout déballer se paye généralement de sa vie.

C'est un livre est un constat. Celui d'un jeune homme de 28 ans né dans une des régions les plus noyautées par les clans en Italie, la Campanie. La région de Naples pour être plus précis. Bref, on est très loin de la carte postale touristique et ensoleillée, du voyage à Capri de notre ami Jacques…

Depuis qu'il est gamin, Roberto Saviano promène un regard curieux sur ce qu'il côtoie au quotidien, ces activités discrètes régulées par la camorra, ces gens qui triment silencieusement et qu'il a fréquenté. Il nous livre une espèce de guide, un vécu de l'intérieur de cette gigantesque toile d'araignée qui se déploie autour de l'économie. Et, surtout, cette guerre implacable pour le contrôle du système.

Cela se traduit pas des dégâts collatéraux monstrueux, inqualifiables… Car hormis les trafics habituels qu'il est inutile d'énumérer, le plus sordide est celui des déchets toxiques.
Les parrains n'ont eu aucun scrupule à enfouir des déchets empoisonnés dans leurs propres villages, à laisser pourrir les terres qui jouxtent leurs propres villas ou domaines. La vie d'un parrain est courte et le règne d'un clan, menacé par les règlements de compte, les arrestations et la prison à perpétuité, ne peut durer bien longtemps. Saturer un territoire de déchets toxiques, entourer ses villages de collines d'ordures n'est un problème que si l'on envisage le pouvoir comme une responsabilité sociale à long terme. Le temps des affaires ne connaît, lui, que le profit à court terme et aucun frein. L'essentiel du trafic ne connaît qu'une seule direction : nord-sud. De puis la fin des années quatre-vingt-dix, dix-huit mille tonnes de déchets provenant de Brescia ont été enfouies entre Naples et Caserte et en quatre ans, un million de tonnes à Santa Maria Capua Vetere. Les déchets traités au nord, dans les usines de Milan, de Pavie et de Pise, sont tous expédiés en Campanie.


Et cela fonctionne tellement bien que les meilleurs organisateurs, les stakeholders, font école en Asie. Une fois ces sols définitivement saccagés, parfois de petits lotissements sont construits avec tous les risques que cela comprend (émanations, affaissements de terrain)…

Réduire ces faits à la seule Italie serait injuste : dans toutes les régions du globe, cela fonctionne en gros de la même manière sous des couvertures diverses (religieuses, économiques ou politiques). Paradoxalement, ce que je retiens du livre, c'est l'absence de vision à long terme des clans. Accéder et détenir le pouvoir quelques temps semble être le but suprême et peu importe la fin. On ne sort pas de ce livre révolté, juste totalement écœuré…


Gomorra image
Dans l'empire de la comorra
Roberto Saviano
Gallimard
9782070782895 | 21 €

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À propos, cette interview sur cafebabel, partie 1 et partie 2. Ou ces chroniques sur ImpasseSud ou Passion du livre.

le 31/10/2007 à 06:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |