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Entreprises lointaines, artisans locaux, désertification des villages

Le moins disant …moins efficace sur le long terme ?

dans ailleurs | vieillir | voir
par Jean-Christophe Courte

Il y a quelques années, un couple d’amis décide d’ajouter un chauffage gaz dans leur maison jusqu’alors uniquement chauffée par une cuisinière à bois. Ajouter et non substituer, CQFD.

Pour cela, ils décident d’un commun accord de …traverser la rue de leur village et demander à leur voisin chauffagiste d’intervenir. Celui-ci leur demande, tout de go, de patienter quelques jours, le temps d’établir un devis précis mais se voit aimablement arrêté d’un geste de la main…

Pas besoin, on te connaît, donne-nous juste une idée du coût global.

Oui mais il vous faut bien un devis détaillé pour comparer avec d’autres entreprises ?

Quels autres ? On ne va pas faire faire de devis comparatif, on te connait, on a confiance, la seule question qui compte est : quand peux-tu démarrer ?

Résultat : un travail de qualité, terminé dans les temps. Et un service après-vente fort efficace vu qu’il suffit, encore et toujours, de traverser la rue…!

Par exemple, en fin de week-end, ils ont eu un souci dans l’après-midi et sont passés vite fait prévenir leur voisin. Ce dernier est intervenu dans la soirée, réglant immédiatement un problème mineur. Et sans facturer son intervention, juste le temps (plus long…!) de discuter en partageant une bouteille et quelques tranches de saucisson !

Chercher ailleurs ce qui existe sur place

Cette installation de chaudière gaz remonte à quelques années. Entre-temps, le village (…précisons que cela se déroule en Suisse) s’est agrandi avec des habitants venus des villes. Venus également avec leurs habitudes alliée à une totale méconnaissance des ressources locales.

Bref, des maisons ont été construites, d’autres entièrement rénovées. Mais au lieu de faire appel à l’artisan du village, tous ont décidé d’interroger via internet de grosses firmes. Certains ont néanmoins consulté ce voisin mais ont préféré opter pour une entreprise distante, parfois pour une centaine d’euros de différence ! Et sans renégocier cette dernière en direct.

Mi 2016, l’artisan a fermé son activité et s’est fait embaucher dans une usine à une dizaine de kilomètres du village.

En revanche, pour n’importe quel problème technique, ces nouveaux habitants doivent patienter au moins 48 heures — hors week-end — avec une panne (en plein hiver avec un chauffage en rideau, c’est assez féroce), le temps qu’on leur expédie un technicien depuis la zone d’activité de la grande ville pour un coût forfaitaire d’assistance.

Et bien entendu, imaginez que les autres services vivent les mêmes bouleversements : résultat, plus de boulanger (…sketch célèbre de Fernand Reynaud), plus de crémerie-fromagerie, garage, réparateur de cycles…

J’avais évoqué cette situation l’an passé — après une longue balade dans le Gard et les Cévennes — dans ce billet : Avant de pleurer sur la désertification des campagnes, agir…!

Tout le monde prend désormais sa voiture, consomme du carburant, du temps pour faire ses courses en grande surface… alors que, 10 ans plus tôt, il suffisait de se déplacer à pied au centre du village.

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Des centres qui se désertifient et des périphéries qui s’amochissent !

Il suffit de se déplacer en France1 pour vérifier cette tendance. Des centres qui se vident de leurs commerces et des moyennes surfaces qui regroupent tous les services dans des zones sans âme accessibles en voiture mais plus difficilement à pied. Combien d’abords de villes et villages sont ainsi amochis par ces zones commerciales ! Et combien de centres villes se vident de leurs ressources mais aussi de leurs habitants. Des pancartes à vendre fleurissent mais sans commerces de proximité, comment dire ?!

Je vous renvoie à Sur les chemins noirs, l’excellent livre de Sylvain Tesson et le cite en guise de conclusion

Il y aurait eu un tableau des cercles concentriques à brosser après une marche pareille. Dans les bourgs du guide Michelin, le centre-ville était charmant, l’église restaurée et une librairie s’inaugurait parfois devant le salon de thé. Woody Allen aurait pu tourner son film habituel. Ses acteurs auraient trouvé que la province est une fête et que le débarquement avait valu la peine.

Venait le deuxième cercle : le quartier pavillonnaire. Un monsieur y tondait sa pelouse en pyjama. Il avait fini de laver sa voiture. Une affiche signalait la disparition d’une vieille dame affligée d’Alzheimer.

Le troisième cercle apparaissait, commercial. Le parking était plein, le supermarché jamais fermé, les promotions permanentes sur le jarret. Plus loin, un rond-point distribuait les points cardinaux et l’on gagnait les champs, les hangars à machines et des bois où les sangliers attendaient l’ouverture de la chasse. Tout cela prouvait une chose : avec des efforts, même le Français réussit à ordonner le monde.

La seule défaite de ces journées résidait dans le fait de s’approcher des élevages de volaille. C’étaient des hangars concentrationnaires suant la souffrance. Les poulets y attendaient la mort, sans bouger, sans voir jamais le ciel. De belles voitures étaient garées devant ces usines de matériau vivant. Il fallait bien que la concentration profitât à quelqu’un.


  1. Vu dernièrement lors de ce périple : TL;DR | De Loing en Loing : balade en Puisaye mais pas que là… 

le 02/05/2017 à 14:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |