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Joies du futur proche et Télé Assistance en rade

Science fiction…? Non, déjà au quotidien

dans dans mon bocal | groummphh | vieillir
par Jean-Christophe Courte

Billet en mode vrac

j’ai eu récemment ma maman bis au téléphone, celle qui m’a élevé tout minot, celle à qui je dois d’avoir appris à lire et à écrire. Elle rentrait d’un brève hospitalisation suite une mauvaise chute1 et me racontait ses dernières aventures avec humour.

Certes, elle s’obstine à vivre dans sa maison. Cette dernière n’est pas adaptée avec ses trois niveaux, garage compris, pour une personne âgée et elle le sait fort bien.

Vendre et partir ailleurs ? Mais pour aller où ? Se terrer dans une maison de retraite ?! Se couper de son jardin (…où chaque plante a une histoire), source d’énergie quotidienne de ses souvenirs…?

Elle n’est pas la seule à préférer cette solution au confort médicalisé des EHPAD. C’est là cas d’un vieux monsieur qui a expliqué très clairement à ses enfants qu’il préférait, à 90 ans passés, vivre en solitaire dans sa maison2.

La vue splendide sur la Méditerranée explique pourquoi il préfère finir là… au lieu d’être transféré dans une chambre impersonnelle au milieu d’une cohorte d’autres viellards. Lui aussi puise sa force dans ce cadre…

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  • Bref, ils, elles s’accrochent…

Des esprits libres

Ces personnes lucides ne font pas de bruit, ont toujours eu l’habitude de se débrouiller seuls et souhaitent qu’on leur foute la paix, qu’on les laisse claquer là où elles ont souhaité — de leur plein gré — finir leurs jours.

Petite similitude en passant, ces deux-là continuent à prendre une fois par semaine leur voiture et aller faire leurs courses.

Bien entendu, les beaux esprits ont vite fait de s’échauffer et de les seriner de réfléchir à des solutions plus pratiques… à leurs yeux…! Et iraient même jusqu’à leur vanter les activités disponibles dans ces joyeuses maisons de retraite…

Logements inadaptés… et alors…?

Certes, leurs logements — encore viables pour des personnes de 60 ans — le sont nettement moins avec 25 ans de plus3. L’un et l’autre le savent bien, leurs capacités cognitives sont intactes, seuls les corps ne suivent pas. Doit-on les forcer à quitter ces lieux ? Et au non de quelle morale ?!

Pour ma part, malgré les risques potentiels et l’absence de réaménagement de ces espaces de vie, tous les pièges potentiels, je comprends, partage parfaitement leur décision qui déconcerte les planificateurs de tous poils, souvent trop jeunes pour comprendre que l’on peut être âgé et conserver toute sa tête…! Ou encore leurs proches.

Bref, tous ceux qui oublient le fait qu’être vieux n’est pas une maladie… même si cela se terminera mal…! Et quitte à finir, autant que ce soit dans un lieu que l’on aime, rattaché à des tas de souvenirs qui font, paradoxe agréable, que l’on y survit plus longtemps que dans les boîtes à vieux…

Certes, il n’est pas inutile de réaménager, anticiper, poser une poignée là où la prise est moins sûre, dégager la baignoire pour y placer une douche, s’installer au rez de chaussée au lieu de gravir chaque soir l’anapurna…

Lieux à réinventer

D’ailleurs, nous sommes nombreux à l’orée de nos vies à nous poser ces questions. L’exemple de nos parents, souvent catastrophique, les visites en EHPAD, nos propres accidents de la vie nous invitent y réfléchir. Ainsi récemment, avec des copains architectes, un projet lancé entre nous à imaginer un lieu de vie commun et dessiné par nous… adapté pour nos vieux os mais aussi en y ajoutant quelques logements d’étudiants… Et éviter d’aller se mettre au vert à des dizaines de kilomètres du premier CHU, du premier commerce ou salle de cinéma.

Tant que la connexion va, tout va…!

En femme intelligente et prévoyante, ma maman bis a fait installer un système de télé assistance pour les cas, toujours probables, où elle se retrouverait en situation de faiblesse, voire victime d’un accident domestique. Des tas d’entreprises proposent des solutions avec intervention rapide, service de santé, toubibs…

Mais tout ceci ne fonctionne qu’avec une connexion internet pour proposer vidéo assistance et compagnie.

Là où ça commence à être une solution pas si bonne que ça malgré le discours marketing qui enveloppe ce type de service, c’est quand internet ne fonctionne plus. Ou quand l’électricité saute.

C’est ballot.

Lunettes roses pour tout le monde

Hormis le fait que l’on préfère nous montrer dans les reportages ou les pubs que des petits vieux actifs qui font de chouettes croisières, dans la réalité (la mienne en tous cas), ce n’est pas aussi rose.

Ce serait nettement moins glamour de faire un reportage dans ces parcs à vieux, d’aller filmer en caméra caché ce qui se passe derrière la façade rutilante de certains établissements.

Aussi, à leur place (…qui sera la mienne dans un avenir proche), je comprends leur position. Mieux finir dans un cadre de vie connu, même si pas trop adapté que dans une piaule avec lit médicalisé mais déprimante…

Et quand tu finis seul…?

Et quand tu n’as pas de mômes (vu que tu n’as pas cessé de t’occuper de ceux des autres en tant qu’enseignante dans le cas de ma mère bis), que tu t’es occupée de tes vieux parents en oubliant de t’occuper de toi, arrivée à l’orée de ta vie, qui s’occupe de toi ? Tes neveux et nièces sont à perpéte les oies et ont leurs propres familles à gérer. Tes voisins (qui vieillissent et déménagent… à la campagne…!)

Non, tu te demerdes, tu t’organises…

Paris, c’est gag…

Comme je suis en mode agacé, continuons sur ce cas de figure : le SAMU vient de te récupérer chez toi (tu t’es gaufré et bien entaillé) et te transporte en urgence dans un hôpital à quelques encablures de chez toi. Après diagnostics pour vérifier si, à 80 ans passés, tu as encore toute ta tête puis te soigner au terme des trois heures d’attente dans la file des urgences, te voilà à priori traité (…sur pieds…!) et même déclaré sain d’esprit.

Et là, gag, on te dit que tu peux repartir chez toi

Hahaha, seul dans l’après-midi qui se termine, à peine habillé et juste avec ton téléphone…? De facto, à 15 bornes de chez toi…?! Même faiblard sur tes guibolles, tu te démerdes à nouveau pour trouver un moyen pour te rapatrier au lieu d’attendre un transport d’ambulance, c’est-à-dire attendre à nouveau deux heures…!? Hahaha !

Un talon d’Achille

Bref, tout ceci pour dire que bâtir des offres ultra intelligentes et astucieuses (sur le papier) qui reposent sur un dispositif nommé internet4 me paraît un peu délirant. Splendide talon d’Achille.

Ensuite, physiquement, je ne vous fais pas un dessin mais encore faut-il accéder à la lecture des informations affichées sur un écran, être en capacité de répondre. Ou juste d’appuyer sur le bon bouton… qui ne réagira pas, faute de courant ou de connexion…

Et pour finir… Tout en ligne…?

Je ne vais pas (quoi que !) rebondir sur tous ces services qui basculent sur le net pour de simples raisons économiques — moins de fonctionnaires, moins de bureaux, moins de budget (…et avec des délais supplémentaires vu que l’on est en mode décentralisé, youpiii…!) comme la gestion des impôts…

Comment ça se passe quand tu es seul(e), vieux et que ton internet est en rade…? Tu te prends 10 % de pénalités avant de claquer ?!

Bref, on a pas fini de se marrer dans les vingt prochaines années et j’espère être en première ligne pour vous en causer… Si, par saint Parkinson et saint Alzheimer, j’en suis encore capable…!

À suivre car c’est un sujet qui va devenir récurrent


  1. Pléonasme : une chute est toujours mauvaise passé un âge certain… 

  2. Un logis accessible exclusivement par une longue série de marches difficiles à gravir sur une pente du côté de Nice. 

  3. Les aménagements (salles de bain, WC, piaules, cuisine, escaliers, porte de garage, est-ce.), eux, sont restés dans leur jus. Un peu tard pour intervenir et réaménager, dommage. 

  4. …certes, il existe des systèmes avec cellulaire… 

le 20/05/2016 à 14:50 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |