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Le passant du bout du monde

Francisco Coloane

dans ailleurs | lire
par Jean-Christophe Courte

J'ai découvert Coloane l'an passé et je suis tombé sur son autobiographie en passant une tête rapide à la librairie l'usage du monde la semaine dernière…

C'est bien plus le récit d'une vie d'aventures qu'une stricte autobiographie barbante et officielle… Et cela vous happe rapidement car les mille vies de Coloane sont la source de tous ses romans. C'est âpre car la vie dans ce coin reculé du Chili n'était franchement pas facile même si la description de sa petite enfance dans cet univers sauvage est superbement décrite. Ce sont les îles Chiloé (Quemchi à visualiser avec ce lien sur maps.google) bien en dessous de Puerto Montt. Pour information, l'auteur a vécu ensuite à Punta Arenas dans le territoire des Magallanes qui ne devint Province qu'en 1929.

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L'auteur a travaillé comme secrétaire dans un tribunal du travail chilien, journaliste, castreur d'agneaux, pilote de bateaux, etc. Coloane évoque les indiens Alakaluf, Yaghan, les Huilliche et bien d'autres peuples de ces terres du sud, des exactions qui ont précipité la disparition des Fuégiens avec, au premier rang, l'activisme d'un Julio Popper, véritable tueur d'indiens.

Francisco Coloane évoque égaiement ses engagements politiques dans un Chili particulièrement répressif à l'époque et ses combats personnels qui le conduisirent en prison. Il était l'ami de Pablo Neruda, le grand poète chilien, considéré en 1946 comme l'homme le plus dangereux de ce pays pour ses écrits d'opposant…
Je découvris une ville hostile. Si je me souviens bien, c'était en 1930. La crise mondiale avait au Chili des effets plus profonds et plus longs que dans d'autres pays. Je pris pour quelques jours une chambre à l'hôtel Castilla, dans le quartier Estación Central. Les rues grouillaient de gens, de chiens, de chats, de mendiants. J'avais du mal à comprendre que c'était ça Santiago, une grande cité, la capitale. Les visages, l'accent des gens, leur façon de se parler, tout m'était étranger et m'accablait. Ce fut mon premier rendez-vous manqué avec la ville, où je m'installerais des années lus tard.

Il me manquait ce vent impitoyable qui fouette et balaie les rues de Punta Arenas et oblige le petit monde qui les peuple à se réfugier à l'intérieur, autour du poêle, en attendant l'arrivée de la neige et du gel pour aller patiner sur la lagune du Cerro de la Cruz. J'étais dévoré de nostalgie mais je devais réagir. Rien de mieux, en de telles circonstances, que d'acheter un journal et de lire les petites annonces pour voir ce que pourrait faire un homme d'un peu plus de vingt ans, sans profession, qui n'a connu que le travail à la campagne dans d'immenses domaines où paissent des dizaines de milliers de moutons. C'était ça, mon curriculum, comme on dirait aujourd’hui.


Le passant du bout du monde
Francisco Coloane
Phébus Libretto
9782859408312 | 8,90 €

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le 15/08/2007 à 07:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |