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Maudit gazon | La chouette épopée des terrains synthétiques

…des pelouses "pavées" (sic…!) de bonnes attentions !

dans dans mon bocal | groummphh | vieillir
par Jean-Christophe Courte

Ajouter ou rénover un équipement sportif est toujours un plus pour une commune, ça part d’une bonne intention, c’est propice au développement des pratiques sportives, à motiver les gamins en leur offrant des lieux adaptés.

En bord de forêt, à côté d’équipements pour les tout petits, faire en sorte que tous les terrains de foot soient accessibles à ces graines de champions, c’est carrément idyllique !

Le souci de ces nouveaux terrains toujours d’un vert étincelant, c’est qu’il faut souvent s’en approcher avec une pince à linge sur le nez… Un comble parfois dans une ville qui se veut écolo, sans pesticides ou fleurie.

Que de progrès (re sic !)

Je me souviens des terrains de sport de mon enfance, des surfaces que nous partagions avec les taupes, ce qui ne nous empêchaient pas de galoper et même de plonger pour arrêter une action vers les poteaux. Certes, mes genoux ont conservé quelques séquelles mais, en ce temps là, nous étions au grand air, les seules odeurs étaient celles de la nature environnante et de nos corps en sueur.

Les surfaces étaient composées de gazon rustique et de nombreux trous, de légères mottes de terre et de …cailloux.

On jouait sans maillots griffés, sans chaussures de prix et par tous temps.

Le mythe du praticable tous temps

Depuis quelques décennies, d’aucuns ont rêvé de créer des terrains qui resteraient toujours plats, couverts hivers comme étés secs d’une belle herbe verte. Et inaccessible aux taupes. Des terrains faciles d’entretien avec des marquages permanents.

Ce fut le début des terrains stabilisés, drainés.

Et puis, un jour, un gars plus malin a fait le lien entre les besoins des clubs, celui d’avoir des terrains facilement praticables, et ces montagnes de vieux pneus à faire disparaître. De belles surfaces plates et la possibilité de recycler du caoutchouc, astucieuse idée reconnaissons le.

Cela porte un nom sympathique : valorisation.

Mais l’est-elle véritablement ?

En octobre 2016, j’avais écrit ceci : urbanbike | Jouer sur un terrain sans bosses ni trous, génial ?, billet qui se terminait pas un Bref, attendons…

Ces derniers mois, même au plus fort de la saison froide, comme une odeur (!!!) qui plane en permanence au dessus des terrains. Certains, généralement des fumeurs, y sont insensibles.

Et puis, il y a eu cette période de canicule. Avec des ressentis à près de 38°, un peu l’impression de circuler dans un dépôt pétrolier.

Résumons, une odeur (encore plus) épouvantable, des sols brûlants (…ce n’est pas de l’herbe même si ça y ressemble) qui chauffent les semelles des joueurs comme celles des arbitres, une poudre noire1 qui s’infiltre partout. Et des surfaces souvent glissantes râpant la couenne des joueurs qui ont la malchance de chuter.

Dans mon coin, Le terrain de rugby est resté en herbe mais c’est bien le seul, les autres surfaces sont orientées foot même si d’aucuns s’entraînent à l’ovalie …avec précaution.

Synthétique rime avec sain…?

Côté hygiène, c’est pas trop ça : autant l’herbe naturelle et le sol en terre va assimiler les fientes d’oiseaux et les crachats des joueurs, leur sueur, autant une surface synthétique conserve tout…

Côté coût, la recette financière miraculeuse (…absence d’entretien, moins de personnel, durée exceptionnelle dans le temps, absence d’arrosage et de tonte…) semble se dégonfler à l’analyse…! Bref, le bilan ne semblerait pas aussi miraculeux qu’annoncé.

Côté écologique, c’est encore moins terrible : une fois en fin de vie, le revêtement est retiré et mis en décharge, donc continue à polluer, à se dégrader, sentir mauvais…

Mais il y a une donnée sur laquelle personne ne communique, c’est l’aspect sanitaire.

Quid des mômes qui jouent sur ces émanations ?

Bien entendu, il est trop tôt disent les fabricants. Faudra juste nous expliquer pourquoi les pays qui ont été parmi les premiers à en installer cessent de le faire.

Sans alimenter la rumeur (quoi que), ces dégagements de substances pas très naturelles respirées2 par des gamins qui se donnent à fond dans leurs engagements ne sera peut-être pas sans conséquences. Mais elle sert pour le moment nombre d’intérêts qui n’ont pas trop envie que l’on vienne y mettre notre nez (!!).

Pour le moment, il est clair que les simples spectateurs des entraînements de leurs progénitures peuvent le noter, être sur le bord du terrain n’a rien de très agréable…

L’élu venu inaugurer le terrain au printemps devrait peut-être y revenir quelques mois après pour constater que l’odeur n’était pas que celle du neuf à la réception de l’ouvrage, que ça pue, ça empeste, ça cogne, ça fouette, ça schlingue

Qu’en pleine canicule, les spectateurs comme les joueurs n’étaient pas loin du malaise. Mais que personne n’en parle parce que tout le monde est content d’avoir un joli terrain tout neuf, que les symptômes ressentis sont assurément dus à …autre chose, CQFD.

Bref, c’est à nous de réfléchir, de cesser d’être dans l’émotion pour remettre du bon sens au centre des discussions et de nous interroger sur cet arbre qui cache, qui sait, une forêt3 d’intérêts.

Heureusement, toutes ces installations se font sous la protection de dossiers d’homologation, de rapports d’experts, de tests en laboratoire… Où avais-je la tête…

Quizz

Un terrain en vraie herbe est caché dans l’une de ces deux photos, es-tu capable de l’identifier (nous avons laissé un minuscule indice pour jouer avec nous…!)

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Quelques vues avant la mise en oeuvre du terrain…

Bien entendu, pas de camions de terre meuble mais des semi-remorques qui apportent des tas de trucs rigolos…

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Certaines mentions sur les fûts expliquent pourquoi tous ces produits sont protégés par un grillage…

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  • Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir…?

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  • Je ne vois rien que le terrain qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. (variante du conte La Barbe bleue, XXI° siècle juste avant la sixième extinction)

Plus de lecture ?

En vrac…

Je copie/colle cette info… En Europe du Nord, selon les pays, les pertes de granules pendant l’utilisation des terrains de football entraînent des rechargements annuels de l’ordre de 500 à 1900 tonnes.
Une paille…

La police italienne connaît bien ces pratiques consistant à se débarrasser à bas coût des détritus toxiques. La mafia napolitaine, la Camorra, s’est longtemps fait une spécialité de leur évacuation vers des décharges sauvages ou de lointains dépotoirs. Mais les experts que L’Express a interrogés sur place sont formels : l’Italie n’a pas le monopole de ces pratiques. Ainsi, l’ONG locale Legambiente assure que le port européen d’où partent le plus de déchets interdits est non pas italien, mais néerlandais (Rotterdam).
“Les enquêtes judiciaires prouvent que c’est un problème mondial, confirme le général Sergio Costa, spécialiste de ces questions à Naples. Je songe à la Corne de l’Afrique, à la Chine, aux Balkans, aux décharges douteuses de Roumanie ou d’Ukraine. Il faudrait uniformiser le droit international. Regardez au niveau européen : nous n’avons pas tous la même définition du crime organisé ! Or c’est essentiel.”

Bref, tout va bien… N’oubliez pas de respirer à pleins poumons…


  1. Broyés, les pneus donnent cette fameuse « poudrette de caoutchouc » aux propriétés drainantes. Ces granules et les micro-plastiques sont emportés par les usagers via leurs vêtements, chaussures et sacs de sport et ils peuvent entrer dans le système de collecte des eaux usées pendant leur nettoyage. Ah ah ah ! 

  2. je vous remets ce lien pour mémoire : Le nez : porte ouverte sur le cerveau pour pathogènes… et médicaments ! 

  3. je vous renvoie à cette lecture… urbanbike | Document | Gomorra 

le 26/07/2017 à 14:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |