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Mon grand-père, ce migrant…

Achille Dubus

dans mémoire
par Jean-Christophe Courte

Trouvé naguère dans le garage de mes parents à même le sol, en vidant leur maison, la photocopie d’un article paru en aout 1974 dans le journal local relatant le décès de mon grand-père.
J’étais — au moment de son décès — au Mexique, bénéficiant d’une permission lors de mon service militaire. L’entreprise où travaillait mon père, Soletanche m’avait payé un aller et retour en avion pour le rejoindre.
Dès lors, mon grand-père a été inhumé en l’absence de sa fille (…ma mère) et de son unique petit-fils (ma pomme).

Commune de Batilly-en-Gatinais | Hommage à un résistant

Beaune-La-Rollande | 22 aout 1974 (titre et extrait du journal local)

Pour le trentième anniversaire de la fin tragique du groupe de résistance Guy Thomas, ce 14 août 1974, il faudrait associer un héros silencieux — Achille Dubus — qui, avec la collaboration du regretté Pierre Charié animait son groupe Dubus à Pithiviers avec des messages personnels qui le faisaient baptiser Pigeon blanc.

Il avait été prévu de lui rendre hommage lors de ses obsèques qui ont eu lieu le samedi 17 août en l’église Sainte Appoline de Bâtilly-en-Gâtinais, hommage qui n’a pu lui être rendu par suite de difficultés techniques.

Ne passons donc pas sous silence, comme le désirait et le souhaitait Achille Dubus, décédé dans des souffrances atroces le 14 août dernier, ce que fut son action durant les années sombres de la guerre.

Voici donc le texte du message qui aurait dû être lu en hommage lors des obsèques d’Achille Dubus :

« Cher ami, je me permets ici, au nom de tous tes camarades et amis, de venir te dire un dernier adieu. Tu es de ceux qui s’en vont en voulant volontairement oublier leur passé historique et pourtant nous, les anciens, nous ne pouvons pas te laisser partir sans faire revivre les actes de bravoure dont tu peux t’honorer. J’ai le devoir en ce jour de rappeler ton patriotisme et ton dévouement au service de la France.

Achille Dubus, combattant volontaire de la résistance, chef de groupe portant son nom (région de Pithiviers), agent de renseignements du maquis anglais de Chambon, a participé à de nombreux coups de main avec eux.

  • A obtenu un témoignage du président des États-Unis exprimant la gratitude du peuple américain pour vaillants services en assistant les soldats alliés devant l’ennemi.
  • A d’autre part, en 1940, favorisé l’évasion de nombreuses personnes au camp d’internement de Pithiviers en leur fournissant de faux papiers d’identité.
  • A assuré enfin, au cours de l’occupation, l’hébergement de parachutistes et de réfractaires et participé à de nombreux parachutages.

Tout ceci valait la peine d’être dit car par ta modestie bien connue, tu n’aurais jamais voulu en parler toi-même1.

Pars maintenant en paix et sache que tu resteras toujours pour nous un exemple de bon citoyen et d’excellent Français. »

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Oui, mon grand père n’évoquait jamais ses actions d’éclat. Seuls quelques proches — tous aussi mutiques — je pense à Léonne et à son mari Maurice ou à mes grands parents paternels, m’ont donné, au hasard d’une discussion, de (trop) rares informations.
C’étaient des gens discrets qui voulaient oublier la violence de la guerre où nombre de leurs amis — dont l’abbé Georges Thomas en 1944 — avaient disparu dans des conditions atroces2

  • Mon grand père était belge et avait épousé Marcelline Patedoie — de l’île d’Oléron — avant d’opter pour la nationalité française.
  • Il parlait couramment Allemand et Flamand, possédait une très chouette pratique du chant lyrique.
  • Il a refusé tous les honneurs après guerre.
  • Lors d’une opération à Pithiviers, il a été blessé au talon (!!) et, recherché par l’occupant, resté quelques jours planqué dans un caveau,…
  • A été fait prisonnier, déporté en Allemagne. En est revenu seul après s’être évadé, retournant à pied jusqu’à chez lui.
  • Il élevait bien des pigeons et s’occupait de ruchers.
  • Il a eu très tôt la certitude de l’imminence de la guerre (…dès 39, de l’intérêt de comprendre la langue de l’occupant) et en avait souvent discuté avec son copain Georges. Ce dernier, mobilisé, a passé toute cette période …en captivité.
  • La dernière fois que je l’ai vu une courte après-midi, c’était à Batilly-en-Gatinais où il m’avait à peine parlé. J’étais tombé sur un vieux revolver Beretta rouillé dans sa remise, objet sur lequel il ne s’était pas appesanti.

Bref, je n’oublie pas qui3 a combattu pour la liberté du pays dans lequel je vis.


  1. Je confirme : Achille n’a jamais évoqué son passé de résistant… Certes je l’ai très peu vu : ma mère et lui étant brouillés pour des raisons que j’ai jamais compris… 

  2. Ce qui se déroule actuellement en Ukraine, ce qui s’est déroulé en Syrie et ailleurs est un remake sanglant de ce que nos anciens ont vécu… L’exode avec les avions qui venaient mitrailler les colonnes de réfugiés, etc. Rien de nouveau dans l’horreur. 

  3. Ami de Jean Mermoz, membre de la PSF du Colonel de la Roque en 36, cela ne l’a pas empêché d’entrer en résistance dès 39… 

le 08/04/2022 à 13:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |