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De version en version…

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par Jean-Christophe Courte

En me baladant avec ma fille en début d'après-midi (je glisse sur la pile qu'elle m'a infligé au ping-pong…), nous avons profité des derniers rayons de soleil pour marcher dans les rues.

C'est toujours un moment privilégié pour échanger. Enfin, plus exactement, pour qu'elle me parle de ce qu'elle ressent. Pas facile pour une adolescente de traduire en mots la violence de ses années de collège et ce qu'elle vit désormais au lycée. Il est clair qu'elle y rencontre des enfants plus ouverts.

Ce qui m'a épaté ce matin, c'est qu'elle a reçu des SMS d'autres filles de sa classe. Cela fait quatre condisciples qui correspondent et lui envoient des infos. Là, c'était l'annonce d'une conférence imprévue qui venait se glisser dans son emploi du temps de lundi. Et elle de répondre en utilisant SIRI pour dactylographier vocalement avec la ponctuation…

Son seul lien avec son ancien collège est une gamine adorable qui est restée en ULIS, une amie chère avec laquelle elle correspond tous les jours.

Ma fille me dit qu'elle est surprise de constater que des élèves qui étaient avec elle au collège ne lui adressent jamais la parole, ne la saluent même pas alors que d'autres, qu'elle n'a rencontré que cette année, échangent avec elle.

Réévaluer ses outils comme ses connaissances

Et c'est ici que je veux en venir avec un petit parallèle tiré par les cheveux mais pas tant que cela.

J'ai effectivement tendance à toujours revenir sur mes outils dès qu'une nouvelle version est annoncée. L'idée est de vérifier si mon opinion est toujours fondée ou non. En gros, est-ce que l'application corrige les dysfonctionnements précédents, propose de nouvelles options, a changé de look (!), devenue plus ergonomique, exporte ou importe plus facilement.

Je pense que certains lecteurs ont deviné où je veux en venir. Pour ses condisciples de ces années de collège, ma fille est restée la collégienne d'alors, en version 1.0.

Même s'ils ont passé quatre années à ses côtés, ils ont conservé d'elle l'image des premiers jours, la gamine hésitante et dans son monde avec, pendant un court trimestre, une AVS à ses côtés. Une élève absolument pas en phase avec leurs propres centres d'intérêt (…mode, maquillage, vedettes et autres). Leur étonnement a été de la retrouver en classe supérieure année après année, d'aucuns expliquant même que cela n'avait été possible que parce qu'elle était handicapée.

Qui sait qu'elle a eu une mention à son brevet, qu'elle n'est pas dans ce lycée prestigieux par complaisance mais juste parce qu'elle a bossé pour être au niveau des normaux ?

Inversement, dans sa classe de seconde, tous ses nouveaux condisciples l'ont découverte en version 5.0.

Ils savent qu'en mode maths ou SVT il y a des faiblesses (!), que parfois l'application ne comprend pas le contexte… Mais tous savent qu'elle cartonne en français, anglais, espagnol, russe et grec ancien. Leur regard est au fait de ses performances actuelles, pas celles de la version 1.0 (…qui avait néanmoins gagné le concours d'anglais the big challenge des classes de sixième).

Mieux encore, ils ont été informés immédiatement dès la première semaine par la professeur principale (…et après consultation de l'intéressée…) de son autisme.

Bref, c'est un peu cela l'idée : ne pas avoir peur de jeter à nouveau un œil sur tel ou tel produit malgré le souvenir exécrable que l'on en a conservé, ne pas hésiter à échanger à nouveau avec des humains avec qui on était en froid (…sauf si on se fait accueillir avec pierres ou invectives…!). Réévaluer en permanence, reconsidérer…

À nouveau, je lui ai expliqué qu'elle ne devait pas s'attrister de l'attitude de ses anciens condisciples qui ne conservent d'elles que le souvenir de la version 1.0 sans en avoir alors analysé toutes ses facettes…!

Et surtout, s'en moquer. Ne pas se justifier d'être ce que l'on est. Laisser flotter les rubans… comme le disait Jacqueline de Romilly…

Penser que la vie est une splendide (mettre ici le mot de votre choix…) que nous quitterons tous, tôt ou tard, de la même manière. Et chaque jour redécouvrir le monde qui nous entoure.

@urbanbike

le 23/11/2013 à 14:45 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |