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Typographie, droit d’auteur et contrefaçon

Les mauvaises pratiques ont la peau dure…

dans bosser n’importe où | groummphh | typo
par Jean-Christophe Courte

Je vais revenir sur une pratique qui perdure depuis les origines de la PAO. Hier, j'ai reçu — je simplifie — un courriel avec une demande précise comme j'en reçois quasiment chaque mois :
C’est encore à propos de la couv, la qualité est ok, mais maintenant on me demande le doc exé afin de récupérer la police utilisée…

J'ai, comme à mon habitude depuis des années, répondu très gentiment à cette personne que les typos demandées (sic !) étaient en vente sur tel site, fourni les noms commerciaux de ces dernières ainsi que les liens d'accès directs.

Puis rappelé que je ne fournis aucune typo en vertu de la Loi n° 2007-1544 du 29 octobre 2007 de lutte contre la contrefaçon. Rappelé qu'une typographie, c'est du droit d'auteur au même titre que le contenu d'un livre, CQFD.

J'aurais pu copier/coller le billet du typographe.com sur l'utilisation des fontes numériques…

Ou revenir sur l'origine de ces pratiques en citant un billet d'urbanbike de 2008, Maquettes et sources numériques.

Plus intéressant, cette pratique incroyable de livrer les fontes avec les fichiers numériques fait au moins deux victimes : le créateur de la typo (…et son diffuseur, CQFD). Et, de manière plus insidieuse, le graphiste lui-même.

En effet, dans le travail de ce dernier, il y a également — ce que l’on a tendance à minorer par manque de connaissance — une réflexion permanente, une curiosité (lectures, analyse des travaux de communication, etc.) qui amène peu à peu à des choix typographiques. Et tout cela devient l’une des composantes du style même du graphiste.

Choisir des polices de caractère ne se fait pas en claquant des doigts ou en utilisant exclusivement celles livrées avec le système, en piochant dans celles trouvées gratuitement sur le net. Assimiler toutes les subtilités d’une typo est une opération qui demande du temps, des essais afin de l’utiliser correctement.

Enfin, et ce que d’aucuns oublient, c’est un réel investissement financier ! D’ailleurs en communiquant exclusivement les liens pour acquérir les typos sur des sites, il n’est pas rare d’avoir un retour étonné, du genre… Oh mais ces typos coûtent drôlement cher…!

Eh oui, une typo, une famille complète, cela a un coût certain. Car nous n’achetons jamais une seule typo mais bien toutes les déclinaisons, graisses. Et ce, à des prix qui sont loin d’être neutres (surtout quand on travaille seul…!), directement sur les sites des typographes créateurs, soit sur des plateformes spécialisées comme myfonts ou p22 par exemple.

20101119_typos.png

Or distribuer au premier venu — et gratuitement de surcroit ! — le fruit de journées de recherches et de réflexions ne rend service à personne : au graphiste car, quel que soit le discours de l’emprunteur, ces précieuses typos se retrouvent très vite entre les mains d’autres personnes qui vont les utiliser en mode opportuniste et sans réflexion.

Et au client en définitive car leur emploi massif et inadapté peut avoir un impact à terme sur sa propre communication, image.


Pour finir, je vous engage à (re)lire les épatantes chroniques de Pauline Mordouace, les seules qui vous permettront de comprendre (enfin…!) les clefs de l'astérisque, les subtilités de la césure. Ou défendre les veuves et les orphelines !

le 19/11/2010 à 08:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | #