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Versailles | Les jardins La Quintinie aux Mortemets | 3

Lieux de vie et d'échanges

dans ailleurs | groummphh | potager
par Jean-Christophe Courte

Suite (et fin…?) des deux premiers billets, celui-ci puis celui-là

Gamin, dans les faubourgs Orléans, je me souviens du grand terrain vague qui bordait la maison de mes grands-parents paternels. Il y avait, certes, quelques gravas mais une végétation étonnante même si les colonies d’ortie prédominaient…! Je me souviens également des petits jardins amoureusement entretenus alentours, des rangées de légumes qu’ils nous arrivait de recevoir dans un cageot, de la main même des jardiniers.

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Cela m’épatait, petit citadin en vacances, de me retrouver à jouer dans ce terrain vague avec d’autres mômes de la zone, à construire des cabanes dans un univers sans contraintes. Mes grand-parents étaient occupés à des tâches domestiques et me laissaient la bride sur le cou.

Dans les années 60, ce n’était pas des retraites dorées, ma grand-mère continuait à bosser à 75 ans aux Halles qu’elle rejoignait dès le potron-minet au volant de sa vielle Juva 4. Leur minuscule jardin n’était pas orienté potager : un puits peint en briques blanches et joints rouges, des dahlias assez quelconques et surtout une grande surface de sable ratissée qu’il fallait mieux épargner sous peine de se faire gronder.

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Par contre, chez la grand-mère de la petite Nicky D. (amour d’enfance jamais revue…) ou dans le grand jardin de la famille H., des fleurs raffinées, des arbres même et, surtout, des légumes et des fruits.

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Très tôt, j’ai découvert grâce à ces parcelles cultivées l’importance des bons produits : il suffisait de les voir pousser, d’épier les gestes protecteurs du jardinier (taille, désherbage, arrosage, purin d’orties, lutte acharnée contre les limaces et autres ravageurs…) et de les retrouver dans l’assiette avec leur goût inimitable car cueillies juste à point.

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Bon, à la puberté, ma vie dans ces jardins s’est arrêtée pour cause de rhume des foin et allergies. Mais avant, j’ai eu la chance également d’avoir un potager pédagoqique dans les classes de l’école Active de St Cloud, mouflet…!

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Bref, la vie au jardin pour des gamins, c’est la rencontre avec des aliments de toutes formes et toutes tiges (!), la découverte du travail pour faire pousser tout ça (on filait un coup de main pour arroser même si cela se terminait généralement par une bagarre d’eau…), la découverte des saveurs (…et une groseille, une mûre ou une fraise picorée en douce).

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Une vie insouciante, éloignée de la rue même si l’on entendait les mobylettes des copains aux échappements trafiqués…!

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On zigzaguait dans les venelles en terre battue pour rejoindre les parcelles cultivées. C’était un univers sain, sans béton, où la mauvaise herbe régnait en maîtresse…!

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Aujourd’hui, qu’est-ce que l’on offre à des gamins vivant en appartement dans un troisième sans ascenseur…? Hormis la rue, du fast-food, la télé et l’ordi, pas grand chose.

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Plus de contact direct avec la terre, le végétal. Mais aussi avec la pluie, le soleil, le vent, les petites bêtes qui volent et qui piquent. Or ces jardins sont des micro-vacances hebdomadaires pour les familles qui les entretiennent.

Tiens, pour les mouflets, l’endroit idéal (!) pour prendre leurs premières bûches en vélo sur les chemins pas trop carrossables. Mais aussi comprendre le cycle de la nature et le travail de leurs parents dans les rangées de salades, le plaisir de consommer des légumes sans pesticides à la maison ou dans les fruits dans le jardin quand il fait beau.

Et jouer, développer son imaginaire dans ce même jardin en s’appropriant une partie de la cabane à outils pour s’en faire un repaire, une épée de bois à la main…!

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Pour les membres de la famille, hormis récolter les fruits (et légumes…!), c’est une manière épatante pour se vider la tête après une journée de boulot, un moment de pause même s’il y a toujours à faire.

Sans oublier les fins de semaines paisibles entre amis, en famille à jardiner mais aussi recevoir, échanger, discuter… Une mini tour de Babel même si parfois ça s’engueule.

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Bien au contraire, ces jardins familiaux nés à la fin du XIX° devraient se multiplier…!

Surtout dans la situation actuelle de notre civilisation. C’est du simple bon sens… À moins de vouloir finir comme dans WALL-E (dixit ma fille que ce filme d’animation de Pixar a énormément marqué).

  • Notre planète va avoir de plus en plus de bouches à nourrir. Ces jardins sont une manière de faire pousser des légumes en ville et donc d’éviter des frais de transport, les dépenses d’énergie et la pollution associée. Les terres cultivables sont en régression et les aléas climatiques ajoutent du chaos aux productions à grande échelle (je n’ajoute aucun lien sur ce que tout le monde entend quotidiennement dans l’actualité, que ce soit l’incroyable sécheresse qui sévit aux USA, sait que nous sommes dans une inéluctable spirale de changements climatiques qui sont désormais prévus même à l’échelle régionale, etc.). Et tous les lecteurs ont entendu ou lu les solutions envisagées dont l’usage des toitures comme potagers ou même des initiatives étonnantes comme celle de l’aéroport de Chicago…
  • Cela incite à consommer localement des produits de saison adaptés au climat au lieu de faire venir à grands frais des denrées des quatre coins du monde. Surtout si l’on peut imaginer un peu de vente aux particuliers de passage comme les produits vendus d’ailleurs par le Potager du Roi.
  • Ce sont souvent des variétés anciennes — peu esthétiques au sens du marketing ambiant (sic !) — mais avec du goût — car cueillies à maturité — et aux formes naturelles…!
  • Au lieu de laisser des friches — même architecturées avec une biodiversité très réduite — c’est un véritable éden pour les insectes qui pollinisent les parcelles alentours. Et un conservatoire potager. J’ai été frappé par l’abondance des insectes sur ce lieu et j’espère qu’il y a un correspondant du SPIPOLL sur place.

    Rappel, c’est une initiative lancée en 2010 du Muséum national d’Histoire naturelle et de l’Office pour les insectes et leur environnement avec le soutien du Ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer (voir cette chronique sur urbanbike).

  • Au lieu de se balader dans un petit cimetière paysagé pour respecter un brouillon vieux de 370 ans dessinė sur un coin de table par André Le Nôtre (…on en a des kilomètres d’allées dans le parc, c’est beau et peu fourni en végétation), les jardins actuels sont des lieux de partage et de découverte pour les urbains de passage. Et même une incitation à s’inscrire pour avoir un carré de terre à cultiver.
  • Je ne reviens pas sur les avantages pour les gamins, les familles, un jardin est un endroit pour tous les âges. On tance les gamins parce qu’ils ne s’intéressent à rien. Mais que leur propose-on ?!
  • Cela apprend aussi à vivre ensemble car ce sont des classes sociales différentes qui se retrouvent ici à biner et bêcher, à s’entr’aider, sans distinction de revenus ou autre.
  • Enfin, jardiner, c’est du savoir à transmettre. Quoi de plus chouette que d’apprendre aux novices (de tous âges) à planter et récolter, à partager des tours de main et méthodes. Cela peut même se faire avec un iPhone ou un iPad (pub amicale pour l’application Mon Potager).

Bref, je suis, à l’inverse, pour une extension de ces jardins, pour les faire connaître au plus grand nombre et les étendre. Je remercie mon épouse de m’avoir indiqué l’existence de ce lieu et pour les moments partagés avec ma fille à simplement nous balader en vélo, discuter avec les jardiniers et réaliser quelques images.

Pour compléter ce billet, je vous engage à relire Effondrement de Jared Diamond (voir cette chronique sur urbanbike), lire Avant que nature meure… de Jean Dorst — et même méditer sur la photo de la bande dessinée insérée dans le billet (voir cette chronique sur urbanbike). Pas besoin d’attendre un quelconque cataclysme (!!), les hommes sont assez grands pour le déclencher eux-mêmes par manque d’anticipation…!

Si j’étais dans la droite ligne des deux scientifiques précités, je serais extrêmement plus radical. Certes, préserver le passé, c’est sympathique mais anticiper le futur est désormais essentiel. Et ce ne sont pas les trois allées ajoutées dans le parc de Versailles qui vont aider les jeunes générations.

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NB : illustrations photographiques réalisées, comme pour les deux précédents billets, avec un Canon 5D de première génération et un EF 100mm f/2.8L Macro IS USM.

Pour finir, je pense qu’il serait astucieux que vous fassiez tourner cette histoire car ce qui se passe ici n’est pas unique. Ailleurs, peu-à-peu la pression urbaine, la promotion immobilière chasse ces jardins (exemple).

D’ailleurs, pour le cas qui nous intéresse, une option a bien été proposée (puis figée) avec récupération de terrains de l’INRA. Avec un tout petit bémol, des terrains qui ont servi à des expérimentations. Amusant, non…?!

Note de fin : si vous manquez franchement d’imagination, repassez-vous Soleil Vert, une histoire censée se dérouler en 2022. Après-demain, quoi…

C’est d’ailleurs troublant de constater à quel point le scénario de ce film réalisé en 1973 (!) est assez juste… Ou attendez sans bouger encore 10 ans…!

le 25/07/2012 à 05:59 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte |