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Focoltone, un nuancier à (re)découvrir…

Ce n'est pas de l’argo américain mais 763 combinaisons CMJN que tout graphiste devrait au moins explorer…

dans
par Jean-Christophe Courte

Il était une fois…
un fabricant d’encres vers 1929. En 1962, ce dernier est racheté et prend un nouvel élan dès 1963 avec le lancement du premier “PANTONE MATCHING SYSTEM Printers' Edition”. Depuis, le nom de Pantone®©™ (je fais gaffe avec toutes ces marques déposées et leurs palanquée d’avocats, quitte à en rajouter !…) est universellement associé depuis plus de 40 ans au nuancier Pantone®, “LA” référence connue de tout graphiste ou imprimeur digne de ce nom, devenant même un sorte de nom générique comme frigidaire ou klaxon…
“Euh tu peux me donner le Pantone de la couleur de fond…?”
C’est enterrer un peu vite une autre invention géniale et bien plus récente, celle de Gordon Phillips… Si, si, même qu’elle est à votre disposition dans toutes vos applications PAO, à côté de Pantone®…!

Tout graphiste connaît les multiples nuanciers de la firme Pantone®. Et toute Direction de la communication, digne de ce nom, a sa charte graphique codifiée en couleurs Pantone®… Enfin, presque.
Des entreprises comme Bouygues ont très vite découvert qu’imprimer en quadrie son Minorange avec un autre nuancier que Pantone® était plus économique…
Explications.

Au départ donc, Pantone est un fabricant d’encres d’imprimerie et le monde de l’impression en quadri est bien loin d’être au point en ce début de XX°siècle ! On imprime en une ou deux couleurs mais on veut de la variété. Et le but d’un fabricant, c’est essentiellement de vendre des boites d’encres… Astucieusement Pantone sort des tas de coloris, tous plus beaux les uns que les autres. Et surtout référence sa gamme.

Quelques décennies plus tard, le monde de l’imprimerie évolue. Pantone innove et ne fabrique plus d’encres mais licencie, des 1963, ses couleurs en généralisant et labellisant ses nuanciers référencés sous le nom de Pantone Matching System (PMS), dépassant dès lors le strict univers de l’impression de ses débuts…

Mais le monde de l’impression continue sa rationalisation, l’emploi de centaines de pots d’encre coûte trop d’argent, la conversion au système quadrichromique se fait lentement mais sûrement. Pantone suit le mouvement tout en conservant son fabuleux nuancier.
Ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes…

Peu écologique…
Ce qui est parfois gênant avec la norme Pantone et son extraordinaire choix, c’est que fréquemment l’obtention d’une couleur référencée et indiquée par le “créatif” passe par l’usage d’un (ou plusieurs) groupe supplémentaire au moment de l’impression dès que celle-ci n’est pas “compatible” quadri.
Or c’est près de 40 % des nuances.

Du coup, pour obtenir cette couleur en aval, il faut, en gros :
• acquérir les couleurs spéciales (encres certifiées Pantone®, CQFD) pour obtenir le mélange souhaité en se basant sur le PANTONE® formula guide… le nuancier ultime qui indique les parts exactes d’encre pour obtenir le bon mélange
• ouvrir ces pots !
• mélanger en suivant bien les quantités (le poids d’encre) de chaque référence nécessaire au mélange avec des balances de précision…
• touiller et ajuster pour obtenir la nuance souhaitée
• utiliser assez rapidement car le mélange obtenu est sensible à l’oxydation et donc ne tient pas dans le temps…
• nettoyer le groupe idoine avec des produits corrosifs…
• déposer le mélange…
• procéder aux essais sur presse avec force gâche papier…
• imprimer (ouf !!)
• nettoyer à nouveau le groupe !
• stocker le reste du mélange… En sachant que l’oxydation le guette inévitablement comme les pots d’encres utilisés au départ…


…Et espérer que le graphiste ne nous dira pas “ah mais c’est pas cela, c’est trop cyan, magenta, jaune” (rayer les mentions inutiles ou en ajouter…) sous peine de recommencer le cycle !!!

Sachant que ces opérations reviendront à nouveau sous le blanchet dès qu’il y a aura le moindre retirage ! Certes, il existe désormais des solutions pour commander les “belles couleurs” directement auprès du fabricant mais le surcoût reste assez élevé et réservé aux entreprises à fort taux de réimpression. Seul le nettoyage du groupe restera toujours indispensable, lui. Malheureusement.
Car comme vous pouvez le comprendre, c’est un process peu écologique entre les décapants industriels virés aux égouts et les encres oxydées balancées à la benne…

Contraintes économiques
Bref, de plus en plus d’imprimeurs préfèrent consacrer leurs machines aux seules quatre couleurs de base, le cinquième groupe étant réservé à un vernis ou à une couleur spéciale si indispensable.
Gros avantage, les groupes machines sont chargées du matin au soir en couleurs primaires et donc le nombre de nettoyages se réduit considérablement, les égouts s’en portant mieux et les stocks d’encres à acquérir se limitent à quatre références…!!

Par ailleurs, Pantone se voit concurrencé par une nouvelle norme (enfin, disons plus récente puisque déposée en 1984), représentée par le nuancier Focoltone… Pour FOur COLor TONE !!
Cette norme ne propose que 763 combinaisons liées par un principe génial d’ajustement de trames par jeu de 5 % et utilisant les quatre couleurs primaires… Ce principe a été inventé et mis au point par Gordon Phillips, un imprimeur du pays de Galles.
Imprimeur et non fabricant d’encres, j’insiste ! Pantone est parti de son catalogue de pots d’encres commercialisés et référencés pour créer son nuancier, le challenger s’est posé la question opposée : comment obtenir le maximum de nuances certifiables à partir des seules primaires. Et pour cela, il est parti d’une réflexion logique sur l’échelonnement des trames de photogravure en éliminant les résultats identiques, CQFD.

Ce dispositif semble proposer moins de nuances que Pantone avec ses 1089 combinaisons de base annoncées. Pourtant, sachant que seules 60 % de ces 1089 couleurs Pantone peuvent être reproduites en quadri, on en arrive qu’à 653 au minimum… à opposer aux 763 certifiées par Focoltone.

Diversité
D’autant que ces combinaisons sont plus simples à utiliser (à mon humble avis) que les innombrables nuances proposées par Pantone… Ainsi 1089 couleurs sont proposées dans le nuancier de base, 1114 dans le guide des formules (PANTONE® formula guide, gloss coated, matte coated and uncoate), sans oublier les couleurs métalliques (204 incluses dans le PANTONE® metallic formula guide), les pastels (126 incluses dans le PANTONE® pastel formula guide), les nuances (1113 PANTONE® tints) ou les bichromies maison (600 coloris inclus dans le set PANTONE® duotone studio), etc.
Bref, pas simple…! D’autant que l’on a le choix entre “couché ou non couché”…
Du coup, le système basique et limité de Focoltone semble limpide en comparaison même s’il recouvre, à priori, moins d’options.

Plus de couleurs avec 5, 6 ou 8 groupes…?
Néanmoins, les deux normes se concurrencent dès la moitié des années quatre-vingt-dix en terme de nuances : Focoltone sort Focoltone Plus et Pantone® son hexachrome
Comment cela marche ? Pantone Hexa, présenté en 1994, fonctionne en CMYKOG, c’est à dire les 4 basiques + un orange et un vert, les fameux PANTONE Hexachrome Green et PANTONE Hexachrome Orange, soit plus de 2000 couleurs…
Focoltone Plus, développé dès 1993 (une année plus tôt donc) par Winson Lan, va encore plus loin en proposant huit couleurs de base + deux couleurs métalliques, leur combinaison permettant d’arriver à 10 fois plus de couleurs… soit 20 000 !
Le seul problème pour ces deux process est que les imprimeurs, comme les clients et les graphistes, n’ont pas suivi. Cela impliquait des tas de bouleversements, plus de groupes d’impression par presse, un changement radical des habitudes, et cela juste au moment où l’unanimité sur l’impression quadri se réalisait… Bref, on est certainement passé à côté d’une fabuleuse révolution, révolution qui aboutira, qui sait, dans quelques décennies…

Et demain ?
La suite, elle se trouve dans le gestion des profils ICC (nous y reviendrons dans un autre papier). Focoltone vient de monter son système Focoltone ICCS 2.0 à Düsseldorf la semaine dernière (DRUPA). Pour la petite histoire, toutes les copies d'écran explicatives sont faites sous OSX, ce qui démontre aux grincheux qu'Apple n'est pas oublié, loin s'en faut, par les développeurs de softs haut de gamme (téléchargez le .pdf intitulé "ICCS_User_Guide.pdf").
Pantone n’est pas en reste sur ce segment, et sans oublier les concurrents asiatiques.
Mais les contraintes économiques, la mondialisation comme la sensibilité croissante à l’écologie et autres pollutions d’origines industrielles vont peser lourdement dans la balance.

Cela ne vous empêche pas d’essayer Focoltone, norme que j’utilise pour ma part depuis dix ans sans souci et, disons-le à nouveau, 100 pour 100 quadrichomique et imaginée par un imprimeur astucieux, aujourd’hui disparu…

Plus d’infos…
Aujourd’hui, Focoltone n’est plus gallois, mais appartient à une société basée à Singapour.
En savoir plus sur les encres, en parcourant le site d’un fabricant comme Brancher (cliquez sur informations techniques… et prenez votre temps :-).
Quelques mots techniques sous la forme d’un glossaire.

nb : je n’ai pas retrouvé les informations sur Pantone d’avant 1962, juste puisé dans ma mémoire ce que j’ai touours entendu à ce propos. Pour le reste, les données sont disponibles sur les sites internet des intéressés…

le 18/05/2004 à 09:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?