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Keynote, arrière-petit-fils d’une Composphère… | 2

Vie antérieure…

dans groummphh
par Jean-Christophe Courte

Bref, tout fonctionnait correctement dans le meilleur des mondes de la présentation visuelle traditionnelle, entre gutta et Composphère, encre de chine et copyproof… Et même pour réaliser des diapos 35 mm !
Jusqu’à l’arrivée du Lisa…

Si le tirage d’une présentation sous la forme de transparents de rétro projection ou en plusieurs exemplaires photocopiés était déjà une opération complexe, que dire des projections diapositives !

Que l’on comprenne bien ce qui était alors la réalisation d’une “slide” (d’une page de rapport ou de présentation)… Tout était dessiné à la main (Illustration, le ou les graphiques), les valeurs montées en place à la Composphère ou frappées sur un morceau d’adhésif (sticker) puis découpées une à une (si, si !!) au cutter et placées en habillage autour du graphique par un simple contrôle visuel sur une table lumineuse…

Idem pour le bloc texte, le titre étant généralement saisi sur une autre page, attendant son mille-feuille graphique… !

Faire une diapo était une authentique aventure

Or, il manquait une composante : la couleur. Pour ceux qui n’ont pas suivi, les photocopieuses, véritables montres nécessitant pratiquement un technicien en permanence à leur service (si, si…! Surtout la veille d’une grosse présentation…), ne produisaient que des copies noir et blanc.

Pourtant le process pour faire une diapo était objectivement le même : montage papier de chaque planche mais, avec une variante importante, les surfaces des graphiques étaient pochées en noir ou remplies de zip à trame dense, en réserve pour la couleur à venir.

Pourquoi ?

Une fois le document validé par le consultant en charge de sa présentation, la slide était photographiée avec le même banc arts graphiques et transféré sur un film “lith” (…Pour lithographie). Bref, tout ce qui était blanc sur l’original devenait noir et tout ce qui était noir… transparent (…faut suivre :-). Une inversion complète…

Le lith était développé dans des bains comme une photographie (activateur, fixateur) et séché immédiatement au sèche-cheveux ! Toutes les pétouilles (comprendre points transparents en trop dans la zone noire) bouchés au feutre indélébile noir. Inversement les parties transparentes avec quelques poussières noires grattées délicatement à la lame de rasoir, si besoin était.

Une fois ce lith réalisé et testé (bien opaque s’entend, opacité qui se dégradait avec l’oxydation du révélateur dans l’heure que suivait), il fallait le mettre en couleurs avec des trames Mecanorma transparentes. Des films de couleurs, des gélatines adhésives si vous préférerez…

Ce travail s’effectuait sur une table lumineuse et toujours au cutter… Un travail d’esclave (!) où il était indispensable de ne pas oublier d’une planche à l’autre que telle couleur était attribuée à tel client ou référence, telles autre aux concurrents, etc.

Bref, on baignait littéralement dans l’odeur du révélateur, nous passions constamment de la chambre noire au studio éclairé a giorno… Sans oublier le stress dû à la «deadline» incompressible, c’est-à-dire la date et l’heure de la présentation proprement dite.

…qui se terminait au labo photo

Pendant pas mal d’années, ce process permettait de ne fabriquer qu’un seul exemplaire de chaque diapo. En effet, le document papier d’origine était photographié et reproduit sur un film lith mais au format 40 par 40 mm !

Je ne vous raconte pas le travail à la loupe ! Mais bon, il est vrai qu’une fois la slide traitée, il suffisait de la mettre sous caches dotés de verres anti-newton et le tour était joué. Néanmoins, c’était risqué.

Et surtout, très vite les clients ont souhaité avoir une copie de la présentation quand ce n’était pas les consultants pour travailler sur deux écrans ou autre.

Nous avons mis en place une solution qui consistait toujours à reproduire le document papier source sur film lith mais au même format A4. Ensuite à traiter ce grand lith A4 en couleurs mais du coup à l’employer comme original couleurs en le reproduisant à l’aide d’Ektachrome 64 en plusieurs exemplaires avec un appareil photo 35 mm.

Pour cela nous recourions à un Nikon F2 motorisé accroché à une platine, elle même fixée sur une colonne à crémaillère. Nous utilisions un objectif macro Nikkor de 55 mm avec, intercalé devant l’objectif, des gélatines Kodak orangées…

Là aussi, c’était Pinder ! Le lith était posé sur une table lumineuse équilibrée (type 5500° K), des caches en carton noir assurant le masquage de la périphérie du lith (ben oui, la table était plus grande que le lith). Et vas-y que je prends quatre exemplaires (ou plus…) de la slide avant de passer à la suivante. Etc.

Ensuite, c’était la livraison par coursier — plus fréquemment en rentrant à la maison vers 2 heures du matin — des bobines d’ektachromes dans la boîte à lettres de Picto, rue des Entrepreneurs, ou chez Central Color. Ou encore RainbowColor (rue du Mont-Thabor).

Puis l’attente aux petites heures du matin du développement des films (le bouton de la sonnette que l’on laissait enfoncé des dizaines de minute chez Picto, avant de voir les gars du labo débarquer du sous-sol), la vérification et montage sous caches verre des diapos dans l’ordre de la présentation suivi d’une traversée de Paris à fond de train pour livrer le carrousel ou les panodias à l’hôtel Bristol ou ailleurs.

Et pas le droit à l’erreur, la présentation avait lieu une heure plus tard !

Tout ceci fut notre quotidien durant des années.

Et Lisa arriva…

Là, vous pouvez passer ces quelques paragraphes car ils narrent notre propre rencontre avec Lisa

Un jour, dans la salle d’attente de mon dentiste (mon copain Paul-Jean Chouteau, trop tôt disparu…), je patientais en tournant fébrilement les pages du Nouvel Observateur et je tombe sur un cahier publicitaire évoquant le dernier né d’Apple, Lisa… Dès le lendemain, j’étais rue du Renard à Paris chez International Computer pour suivre une démonstration…

La présentatrice (Judith K. me semble-il) fut appelée au téléphone et je lui empruntai aussitôt sa souris… Je me souviens de cet instant où je dessinai mon premier rectangle sous LisaDraw.

Pof, inutile de vous dire que je fus subjugué…

Avec Béatrice, mon associée, nous passâmes commande de notre Lisa quelques jours plus tard après avoir convaincu notre banquier de nous accorder un prêt pour l’acquisition de la machine.

Le plus incroyable fut son aide précieuse pour nous permettre d’obtenir ce prêt, vu que n’avions pas des bilans flatteurs… Mais il était fan de technologie et d’Apple…!

Des sorties aux petits points d’imprimante matricielle !

Ne connaissant rien à l’informatique, je fis seul l’installation du Lisa dans notre studio, mort d’angoisse !

Merci encore à Christophe Droulers (aujourd’hui chez MyScript) qui me rassura au téléphone : je me vois encore tenant la première disquette d’installation de l’OS et passant un coup de fil à Christophe pour être certain que je ne l’introduisais pas dans le mauvais sens…!

Notre premier outil de PREAO fut LisaDraw… Il nous permettait de faire sur l’écran toutes les opérations que nous faisions auparavant avec de multiples outils (lire l’épisode 1).

C’était magique !

Dessiner un graphique (ou l’importer depuis LisaGraph), l’habiller, changer les trames, modifier le texte, le déplacer, le réduire, c’était fabuleux…

Certes l’impression était, elle, catastrophiquement longue sur l’imprimante matricielle (ImageWriter) mais le résultat, bien qu’imparfait, bluffait déjà nos clients…

Bref, il nous manquait un périphérique…

Première partie Troisième et dernière partie

le 04/12/2003 à 08:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?