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Keynote, arrière-petit-fils d’une Composphère… | 3

Vie antérieure…

dans groummphh
par Jean-Christophe Courte

Lisa et ses 85 KF à amortir (sic !), ne dura pas une éternité, suffisamment néanmoins pour être transformée temporairement en un Macintosh mais avec le fameux souci dit des pixels — carrés sur le Mac, alors que Lisa affichait des pixels rectangulaires… Et l’on passa à MacDraw !

Très vite, Lisa s’avéra être un échec marketing malgré son avance technologique incomparable. Nous convertîmes notre Lisa en Macintosh l’année suivante… Du coup, LisaDraw devint MacDraw mais nous perdîmes Lisa 7/7, sorte d’Office à la sauce Apple. Pour les graphiques, ce fut Microsoft Chart (qui avec Microsoft Multiplan, devint Microsoft Excel).

Pourtant, les choses s’accélèrent une seconde fois avec l’arrivée de l’imprimante laser… Dès lors, les sociétés de conseil suivirent très vite et s’équipèrent en Macintosh même si quelques-unes (…pas de noms, pas de noms !) nous conseillèrent de travailler sur des machines sérieuses (…du matériel Victor) avant de basculer une année après sur Macintosh.

La laser, une révolution aussi importante que l’ordinateur

Voici certainement le périphérique qui transforma ce métier et tant d’autres : avec l’impression impeccable des caractères PostScript, le lissage des courbes de bézier des graphiques réalisés sous MacDraw, les sorties papier devenaient parfaites. Et nombre de professions s’en trouvèrent bouleversées.

Des pans entiers de l’univers de l’imprimerie ne comprirent pas de suite qu’ils étaient condamnés s’ils ne bougeaient pas.

Les photocompositeurs survécurent quelques années avant de jeter l’éponge et déclarer forfait. Mais revenons à notre propos : En moins de deux ans, on abandonna Rotrings, Gutta et cutter pour créer toutes les présentations directement à l’écran.

Mieux encore, avec des sorties quasi parfaites, le banc photo n’était plus utilisé que pour réaliser le film inversible (le lith) propres aux diapos. La Composphère n’était plus d’actualité, il était plus facile de saisir et de changer de typographie directement à l’écran.

Exit les cartes magnétiques : le Macintosh, la laser et le lecteur de disquette révolutionnèrent les présentations visuelles.

Couleur et impression sur pellicule

Puis la couleur arriva sur l’écran avec les premiers écrans 13 pouces et les Macintosh II fx ou II ci. Les softs s’adaptèrent assez vite. Il me semble que c’est MacDraw II qui supporta la couleur.

La troisième accélération fut l’œuvre d’autres périphériques, ceux qui permirent d’impressionner directement les émulsions photos.

Laser Graphics commercialisa son fameux Personnel LFR ou LFR Plus dans les années quatre-vingt-dix, un imageur qui permettait de shooter sur Ektachrome directement les images en couleurs préparées sous MacDraw et enregistrées au format PICT.

Un long tube terminé par un appareil photographique et une focale 35 mm permettait de photographier toutes les vues en les affichant sur un écran haute définition noir et blanc mais avec un dispositif de trois filtres RVB monté sur une platine circulaire couplé à une opération de superposition (une vue était égale à la superposition de trois vues filtrées, une rouge, une bleue et une verte).

Ces imageurs succédaient aux Montages FR1 et FR 2 de Presentation Technologies. Ces produits permettaient de sortir des diapos avec une définition de 4000 lignes, voire de 8000 lignes pour les tous derniers modèles commercialisés alors.

Certes, le temps de shooting était long, 5 minutes en moyenne par vue, mais ce n’était rien en regard des méthodes précédentes ! Quasiment plus d’intervention humaine, plus d’odeurs de chimie dans le studio…

Les précédents process connurent à leur tour le sort de la Composphère : plus besoin de banc arts graphiques, plus de chimie, de zip ou de table lumineuse, plus besoin de retouches : juste la mise en couleurs à l’écran.

Bref, en quelques années et en trois grandes étapes, la chaîne de production avait perdu nombre de ses maillons ou de ses freins en production. Elle s’était ramassée en quelques outils et opérations élémentaires. Et à la portée d’un seul opérateur.

Mais process encore trop long au gré de certains.

Et le vidéoprojecteur fût !

Malgré une rationalisation des outils, la réalisation de diapos restait une étape trop longue en terme de délais de fabrication et ce malgré la superbe qualité des ektachromes projetées plein pot lors de grands meetings d’entreprise.

Nous utilisions des projecteurs Simda, des 250 ou 400 watts refroidis par des ventilateurs spécifiques, avec des lampes à vapeur métallique ou xenon, des engins qui atteignent aujourd’hui 5000 lumens !

Mais dans le monde du conseil désormais lourdement informatisé, l’idée de pouvoir modifier sa présentation jusqu’à la dernière minute, restait dans l’air…

Jusqu’au moment où les premiers vidéo projecteurs portables furent disponibles à des prix raisonnables. Et là, je ne parle pas des premiers Barco que nous utilisions pour des séminaires ! Là, on nagait en pleine préhistoire ! Imaginez des monstres loués à prix d’or affichant 640 par 480 pixels qui nécessitaient la présence d’un technicien 3 heures avant la manifestation pour régler le parallélisme… !

Désormais nous utilisions des vidéo projecteurs très lumineux, légers, se connectant en un quart de seconde à un portable. La résolution tutoyait les 1024 par 768 pixels, 3200 lumens pour une machine de moins de 6 kg…

Beaucoup de prétendants

Il restait nombre de points à améliorer au niveau de l’application même qui permettait de réaliser ces présentations.

Si MacDraw (II puis Pro), tout premier produit vectoriel, successeur de LisaDraw (et bien avant Illustrator) était désormais bien installé, cela n’empêchait pas les prétendants de se bousculer.

MORE, poussé en France par Bruno Rives, sortit des cartons mais n’arriva pas à s’imposer malgré un fabuleux mode plan découlant de Think-Thank et des tas de fonctionnalités devenues banales aujourd’hui comme les effets de transition entre slides.

Passèrent des produits assez sophistiqués comme StandOut de Letraset, Persuasion d’Aldus (…avant d’être racheté par Adobe) qui tournait déjà en version 2.1 sous Mac et PC ou encore Cricket Presents avec Cricket Graph, produit qui s’écroula avec la sortie de sa version III. Sans oublier quelques ovnis comme ChartMaker ou d’autres.

Et, bien évidemment, PowerPoint de ForeThrought. Ce produit né sous Macintosh montrait la voie de ce que devait être un outil simple de présentation visuelle : rustique, simple d’emploi (à l’époque !) et gérant bien la couleur.

Pourtant, très vite, cette application s’éclipsa, racheté par Microsoft en 1987.

En fait, il semble que ce n’est pas ce produit qui intéressait Microsoft mais Filemaker. Malheureusement (ou heureusement selon le cas), une clause permit aux développeurs de se dégager et Microsoft se retrouva avec cette acquisition coûteuse qui, du coup, fût intégrée à Office et portée sur Windows.

Les sociétés de conseil restèrent néanmoins sur MacDraw car le produit était simple à utiliser et surtout à apprendre. Il faut se se rappeler que MacDraw est une sorte de Jeep, d’outil à tout faire (souvenez-vous du premier livre d’Andréas Pfeiffer, réalisé à 100 % sous MacDraw), rustique et solide.

Et quand on choisit un produit dans l’univers du conseil, avec des bureaux dans le monde entier, on fait un choix pour pas mal d’années. D’autant que des tas de présentations furent produites et que l’on réutilise fréquemment des graphiques essentiels d’une présentation à une autre.

Par ailleurs, les graphiques issus d’Excel se trafiquaient bien sous MacDraw. Sans oublier qu’un seul fichier supportait largement une présentation complète constituée de nombreuses slides… Bref, tout semblait aller pour le mieux.

Une certaine absence de vrai marketing

Apple fit d’une certaine manière son propre malheur en créant en juillet 1987 Claris, éditeur indépendant mais filiale à 100 % d’Apple.

La première erreur fut de sortir à tout prix deux produits à partir de MacDraw Pro, à savoir ClarisDraw et ClarisImpact.

L’idée des marketeurs de l’époque était d’augmenter le nombre d’utilisateurs. ClarisDraw étaient prévu pour les architectes, pour des usages techniques. ClarisImpact était dédié aux présentations visuelles.

Hérésie d’autant que l’on avait besoin de l’ensemble des fonctionnalités de ces deux produits qui avaient été stupidement segmentées…

Déjà les clients ne surent du coup pas quoi choisir ! Et restèrent pour la majorité sur MacDraw Pro (…en tous cas pour tous les clients pour qui je travaillais à l’époque).

Une seconde erreur fut de ne pas avoir proposé immédiatement une version PC de MacDraw Pro.

Or Microsoft tira le premier avec PowerPoint 3, dès 92 sous Windows 3.1 et Mac. La version 4 lui succéda en 94. Avec quelques points forts comme l’intégration des graphiques depuis Excel et du mode plan depuis Word.

Claris se rattrapa avec la sortie de Claris Impact II en 95 mais c’était déjà trop tard. Pourtant Claris Impact II possédait un grapheur intégré, un outil de réalisation de tableaux, une fonction de vues miniatures pour trier et modifier l’ordre des slides…

Mais, même si les décisions se prennent lentement, elles se prennent pour longtemps.

Apple avait portant un parc étonnant de MacDraw et MacDraw Pro installés aux 4 coins de la planète. Mais la migration vers PowerPoint se fit vite.

Avec un autre argument quasi imparable : la compatibilité avec l’informatique des clients…. Majoritairement, eux, sous PC.

La messe était dite d’autant que Claris commençait à ne plus exister face à la pression de Microsoft et des autres éditeurs.

Jusqu’à la fin 2002, il ne restait plus que PowerPoint comme outil de PREAO, Persuasion ayant été retiré du catalogue d’Adobe.

Keynote, fabuleux produit pour qui ?

Bien que ne réalisant plus de présentations visuelles depuis quelques années, les freelances ayant déserté les cabinets de conseil, j’ai acquis Keynote dans la semaine qui a suivi son annonce par Steve Jobs.

Et j’ai eu le plaisir de réaliser une présentation “Corporate” pour un de mes clients. Toute la présentation ayant été enregistrée en QuickTime, ce fut un bonheur de mélanger photos, effets, illustrations réalisées sous Illustrator et de découvrir qu’il était facile de créer ses propres thèmes. Je vous engage à (re)lire le papier de François Cunéo sur cuk pour en savoir plus.

Et pourtant, qui va utiliser ce fabuleux produit ? Les consultants que je connais ne jurent désormais que par PowerPoint !
Dommage car leurs présentations stéréotypées retrouveraient de la fraîcheur et un peu de cette qualité graphique des années quatre-vingt !

Première partie Seconde partie

le 06/12/2003 à 08:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?