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Les affaires sont les affaires

Une pièce d'Octave Mirbeau de 1903 toujours d'actualité

dans voir
par Jean-Christophe Courte

Bonne idée de Béatrice d'avoir pris deux places au théâtre du vieux colombier pour aller voir hier soir Les affaires sont les affaires, un texte féroce et toujours pertinent écrit par Octave Mirbeau au début du siècle dernier.

Non seulement la pièce est, plus que jamais en cette période de pognon décomplexé, d'actualité…! Mais elle est servie par une mise en scène dépouillée et les acteurs épatants de la Comédie Française. Je ne connaissais pas Gérard Giroudon, chouette découverte. Bon, je ne vais pas tous les citer mais ils sont tous excellents, de la servante avec peu de mots à dire à Madame Lechat interprétée par Claude Mathieu plus vraie que nature. Mais également Françoise Gillard très convaincante dans le rôle de la fille en révolte ou encore Michel Favory dans plusieurs rôles dont celui du marquis.
Bref, une excellente distribution, qu'on se le dire…!

Contrairement à ce que j'ai pu lire sous le clavier des critiques, belle prouesse de Gérard Giroudon qui incarne avec force le personnage d'Isidore Lechat, un homme qui s'est fait tout seul et qui a accumulé de l'argent malgré deux grosses déconfitures… Il étale sa réussite sans complexes, un genre qu'il est facile de trouver désormais en allumant son poste de radio comme sa télé…! Ce remueur d'affaires n'est intéressé que par sa réussite, tout ce qui l'entoure n'est là que pour servir ses intérêts, je vous laisse le découvrir.

Aussi je vous engage, si vous avez un créneau en région parisienne avant le 3 janvier 2010, à retenir un place dans ce théâtre confortable…!

La mise en scène de Marc Paquien fonctionne bien dans un décor sobre, efficace et le texte de Mirbeau n'a pas un poil de graisse de trop…! Les acteurs servent à la perfection ce texte… À un momentt, Isidore Lechat lâche cette justification de son action :
La grandeur… la grandeur !… Des mots tout cela… et qui ne veulent rien dire. Il n’y a qu’une chose par quoi un peuple, comme une institution, comme un individu, est grand… c’est l’argent… L’Église le sait mieux que personne, elle.

Oui… oui… pour vous, nous sommes des bandits… des forbans… d’affreux pirates… C’est entendu… et c’est vrai… au fond… Mais… dites donc… des bandits qui ont fait quelque chose… des forbans qui apportent, tous les jours, leur contribution au progrès… c’est-à-dire au bonheur de l’humanité… de sales canailles qui remplissent leurs coffres… c’est possible… mais qui créent du mouvement partout… de la richesse partout… de la vie partout… Quand, autrefois, au temps de votre impuissance… puisque vous invoquez les traditions… vous dépouilliez le peuple… au point de l’affamer… de ne lui laisser pour nourriture… que l’ordure des ruisseaux dans les villes… et dans les campagnes… la petite motte de terre, où il posait le pied… qu’est-ce que vous lui donniez en échange ?… Des coups de bâton, monsieur le marquis… Moi… je lui donne des routes… des chemins de fer… de la lumière électrique… de l’hygiène… un peu d’instruction… des produits à bon marché… et du travail… Moins d’allure que les coups de bâton… j’en conviens… Assez chic, tout de même, avouez-le… pour des forbans ?…


Deux heures quarante intenses avec des silences forts et des rires grinçants…! Juste une recommandation, venez avec une petite bouteille d'eau car l'atmosphère de ce lieu est assez sèche.

Bref, toutes les images, situations, peoples qui vont viendront en tête ne seront pas fortuits…!

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le 07/12/2009 à 06:30 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?