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Malinche l’indienne

Anna Lanyon

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par Jean-Christophe Courte

Voilà un bouquin passionnant, une enquête historique écrite par un chercheur australien sur un mode très personnel, factuel, une sorte de à la poursuite de Carmen Sandiego, cela dit sans connotation péjorative. Une quête attachante, fascinante même, qui nous balade dans le Mexique sur les rares traces de la Malinche.

Comme l'écrit l'auteur de ce livre en citant Georges Duby, c'est fou comme la place des femmes dans l'histoire est réduite à si peu de lignes. Ce n'est pas qu'elle n'ont rien fait, simplement ce sont les hommes qui consignent les faits historiques…
Ainsi ceux de cette femme, la Malinche.

Si Cortès conquit aussi vite et avec aussi peu d'hommes le Mexique, il le doit — entre autres car là aussi nous sommes face à une réécriture des faits dans les années qui ont suivi cette épopée — à cette rencontre incroyable avec la Malinche dit Marina qui lui servit de traductrice tant avec les Mayas qu'avec les Aztèques. On oublie également qu'elle lui donna un enfant, Martín en 1522. Enfant qu'elle ne put élever car il partit en Espagne avec son père dès 1528. Le seul qui parle précisément de doná Marina est le conquistador Bernal Diaz des Castillo — l'auteur de l'Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne — qui a connu la Malinche car il fut l'un des fidèles compagnons de Cortés et assista à tous les évènements.

Il raconte que ce sont les Mayas qui offrirent cette jeune femme avec une vingtaine d'autres le 15 mars 1519 devant Potonchán. Cette offrande de femmes s'explique aisément : Une année plus tôt, un autre capitaine, Juan de Grijalva, avait également atteint Potonchán, échangé des cadeaux avec les Mayas et les avaient fort bien respectés. Pas de rapines, pas de saccage mais une épidémie de variole avait décimé la ville suite à son passage. Comme les habitants de Potonchán ne souhaitaient pas revivre cela, ils prirent les devants en offrant d'emblée des cadeaux en signe de reddition à Cortès.

Pour mémoire, Malinche avait été vendue par sa propre mère à des marchands d'esclaves qui l'entrainèrent de Jaltipán vers Xicalango, une importante cité commerciale dont il ne reste plus rien, puis à Potonchán. Comme le note Anna Lanyon, si Bernal Diaz des Castillo — qui vécut jusqu'à 88 ans (mort en 1584) — évoque le sort de chaque compagnon de cette incroyable aventure que fut la conquête, il ne dit rien de la fin de la vie de la Malinche. Bref, après avoir permis de conquérir Tenochtitlán en servant de truchement entre Cortès et Moctezuma, elle disparait vers 1528.

Ce que l'on sait par contre, c'est que cette femme parlait le nahuatl mais aussi une langue Zoque propre à l'isthme de Tehuantepec, langue désormais quasi disparue car considérée comme du charabia, le populuca. Sans oublier le Maya et l'espagnol qu'elle apprit à l'aide d'un ancien prisonnier des Mayas, Gerónimo de Aguilar.

Anna Lanyon soulève bien d'autres faits, explique pourquoi les Franciscains ont préféré utiliser la version du retour du dieu Quetzalcóatl. Pourquoi la légende de Malinalxochitl — trop proche du parcours de la Malinche — a été mise de coté. Sans oublier les alliés oubliés de Cortès, les Totonaques, un peuple rebelle à la domination des Aztèques, démontrant ainsi qu'il y avait un véritable puzzle de peuples. Ou l'importance des virus que les conquistadores transportaient à leur insu et qui a fait bien plus de ravages que toutes les batailles.

Bref, un livre que je recommande à tous les lecteurs curieux de l'histoire du Nouveau Monde mais aussi des mythologies qui accompagnent les conquêtes, cette manière de réécrire l'histoire à l'avantage de ceux qui ont gagné. Malheureusement, les images colportées aujourd'hui de la Malinche ne sont pas glorieuses. Le livre d'Anna Lanyon vous permettra de comprendre pourquoi et qui cela arrange.
Passionnant.

Pour finir, l'auteur est australienne et très sensibilisée à ce qui s'est passé chez elle, à savoir l'absence même de métissage à l'identique de ce qui s'est passé en Amérique du Nord. Une sorte de trait commun aux anglo-saxons…! Or, fait unique, les espagnols épousent les femmes indigènes. Une attitude fondamentalement différente de celle des passagers du Mayflower…! Mieux encore, l'espagnol a été métissé de nahuatl… Prononcez les mots chocolatl, tomatl (xitomatl), awuacatl (āhuacatl)…!





Malinche l'indienne
L'autre conquête du Mexique
Anna Lanyon
Traduit de l'anglais par Jacques Chabert
Payot
9782228894746 | 18,29 € | 222 pages

image caddie

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le 27/04/2010 à 09:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?