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Quid des informations personnelles le jour d’après…

Penser à ceux qui restent

dans groummphh | mémoire
par Jean-Christophe Courte

Ce billet contient des faits qui me sont personnels. Ce sont eux qui m'ont interpellé et je livre ici quelques idées. En gros, quid des informations que nous laissons à nos proches quand nous quittons ce monde…?

Hop, vendredi 14, Marguerite décide à 99 ans et un mois de tirer sa révérence. On s'y attendait. Ce fut chez elle, seule, après son déjeuner suivi d'une petite part de pâtisserie et d'un café par-dessus. Gourmande jusqu'au dernier jour autant qu'alerte, drôle, autonome et une mémoire à peine embrumée.
Sa garde de nuit nous passe un coup de fil vers 20 heures en prenant son service.

Cela a été l'occasion de découvrir tout ce qui se passe après. De l'intervention des pompiers, de la police, du médecin… Puis la Pompe et ses ambassadeurs, les ambulanciers au boulot pas évident et pourtant indispensables, nos intouchables… Seuls les administratifs de la ville qui étaient de permanence nous causèrent du tracas par une lenteur à toute épreuve. Enfin, à deux heures du matin, la pièce est finie, le corps enlevé, nous rentrons. Avec toutes les informations utiles pour la suite.

Si…
Si nous avions eu affaire à une utilisatrice de PC ou de Palm Pilote, nous aurions certainement du batailler pour glaner les informations indispensables sur le disque dur de la machine utilisée, interroger ses agendas, ses courriels numériques…
Mais avec une très forte probabilité de nous retrouver face à un mur, faute du code d'accès…
Machine verrouillée, fichiers sécurisées, un ensemble de barrières logiques pour nous empêcher de trouver la liste des personnes à prévenir, etc. Imaginez la scène, devoir faire venir après le médecin un expert en informatique pour casser les protections.

Heureusement pour nous, Marguerite était de la génération papier hyper organisée… Répertoire à spirale rigoureusement rempli de son écriture fine et nerveuse et de bouts de feuilles collées, informations personnelles rangées dans un sac et même un contrat obsèques pour planifier la suite, nous avons retrouvé rapidement tout ce qui était nécessaire. Généralement noté dans son répertoire alphabétique, bonne comme mauvaises nouvelles.

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C'est à ce moment là, face aux demandes des uns et des autres, que l'organisation "old fashion" s'avère 100 pour 100 efficace. Une leçon post mortem pour moi qui enfouit tout dans mes disques durs, dans FileMaker, Yojimbo et consorts. Et qui verrouille l'ensemble par un mot de passe.

Certes, fort pratique mais uniquement pour celui qui connaît les emplacements des fichiers clés et les codes d'accès…! Or, chez moi, je suis le seul à en disposer. Si demain, couic ! — personne pour accéder à ma machine et à ses informations. Vous imaginez sans peine le casse-tête pour mes enfants et ma veuve…! Depuis, j'ai communiqué à ma moitié mes mots de passe et reviens à des notes sur papier…!
Merci Margo pour cette ultime leçon…!

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À propos des avantages du papier, relire sur urbanbike…
Le livre papier, un truc sans DRM ni format propriétaire…
Le tout numérique me donne des boutons
Signes d'impatience, signes d'émotion, chronique écrite en septembre 2000 et toujours d'actualité…
À lire également…

Rien à voir, quoi que…! Ce billet — Adieu amour, adieu GPS ! — de Bernard Nadoulek sur son blog (fil RSS à ajouter impérativement dans votre agrégateur), l'auteur de l'épopée des civilisations, livre chroniqué sur urbanbike…
Que faire en cas de brouillard ou de pollution, quand le GPS perd ses repères satellites ? Quid de notre sens de l’orientation, de notre autonomie ? À partir d’une expérience aussi partielle et aussi limitée, comment imaginer l’impact d’assistants ou de compagnons informatiques qui, très prochainement, interfèreront en permanence dans notre vie ?

Une alternative que j'emploie de temps à autre est de lire le trajet potentiel sur une carte (ou sur le net) et de mémoriser quelques repères (pont de chemin de fer, etc.)… Puis, à partir de ces infos y aller en puisant dans sa mémoire… Cela fonctionne même si l'on se fait parfois de grosses frayeurs… Ensuite, si on est en ville, ne pas hésiter à baisser la vitre et à interpeller les passants…!

Le billet de Nadoulek me semble assez en phase avec celui d'urbanbike sur l'idée de réapprendre à circuler à pied…!

Note(s) de lecteur(s)…

Pierre, le père de mon copain Bruno, m'écrit ceci…

Les informaticiens dont je suis, et ceux qui, sans l’être, tel mon fils aîné qui « jonglait » littéralement avec son Mac, se servent à merveille de leurs connaissances et de leurs multiples talents pour organiser leur archivage professionnel. Du moins, l’espère-je… — oui, vous pouvez ajouter « de la ville du Val d’Oise réputée pour ses asperges » (;-) —.
Quid (comme dit JC, longtemps après Caesar) de leur archivage perso ? Quand celui-ci existe…

Quid deceat, quid non, dirais-je plutôt…
Ayant malheureusement vécu cet « après » malheur en tant que Père et « Chargé » des formalités, je voudrais apporter ici, chez JC, à JC comme au plus grand nombre de ses « fidèles », le témoignage d’un professionnel de l’organisation comme bon nombre d’entre vous, je n’en ai aucun doute…
Pour faire court sur mon expérience passée, j’ai « fini » directeur de l’informatique et de la communication d’une importante entreprise de l’industrie chimique, pendant les 16 dernières années de 30 ans d’informatique.
Mon fils, dès ses 14 ans, avait reçu un enseignement informatique et l’aide de son père pour ce faire. Les « enseignements programmés » d’IBM (ordinateur 360, Cobol, Fortran) lui furent accessibles. Je n’ambitionnais pas d’en faire un informaticien, mais je lui disais, à lui comme à mon entourage, que le « futur » serait informatisé, vaille que vaille, coûte que coûte, de gré ou de force ! Il valait mieux en prendre son parti et ne pas ramer à contre-courant…
Il avait bien retenu les leçons, et ses choix professionnels ultérieurs n’ont jamais été faits sans informatique.
— Juste retour des choses, c’est lui qui m’a offert un jour mon premier PC, « et laisse tomber ton IBM à boule pour faire tes écritures », avait-il ajouté, sentencieux. —.

Quid deceat ? Ses patrons et collègues ne sont pas venus « frapper à ma porte », paniqués par l’étendue du bordel laissé par sa disparition dans le service qu’il dirigeait ! Preuve, s’il en était besoin, qu’ils ont pu reprendre le flambeau sans trop de difficultés.
Le contraire m’eut étonné de lui…

Quid non ? J’ai dû, avec beaucoup de difficultés, beaucoup de patience, et l’aide de mon notaire, faire le point de la situation familiale avec les seules « archives papelard accouchées aux forceps » par ma belle-fille…
Vous avez eu accès à son portable, vous ? Moi, non… « Le faire réquisitionner ? »…
Et pourquoi pas « la Question », aussi ? Vous savez : le broc, le sabot à vis, l’hyper stretching, sans oublier l’écorchage à vif (Ste Barbe, priez pour nous, pauvres pêcheurs !)…
Bref, aucun écrit olographe, aucun document informatisé, aucun fichier, etc. ne m’ont été fournis.
Dire qu’il en existait ? Je m’en garderais bien… cette pensée m’a seulement « effleuré » l’esprit et celui, « malade », de mon notaire… Mais les notaires… « chacun sait » qu’ils peuvent avoir l’esprit mal tourné, n’est-ce pas ?

À considérer également en dernier recours : « Le cordonnier est souvent le plus mal chaussé ! ».

Pour conclure : La meilleure organisation du monde n’est pas forcément informatisée. Elle n’est pas non plus forcément imprimée. Tout ça pour dire que les pièces les plus importantes, pour protéger vos héritiers, sont peu nombreuses et facilement identifiables. Elles doivent aussi être sans « contestation » possible vis-à-vis de qui que ce soit, pour faire respecter vos dernières volontés, et à condition que celles-ci soient non seulement légales mais réfléchies.
« Votre dernière conquête est l’ombre de la plus belle de l’homme ! » ; bien plus : elle risque d’être à vos enfants, ce que le Diable est au bon Dieu !
Le choix d’une personne d’une absolue confiance est indispensable pour prendre le relais avec tous les atouts en main y compris le nom de votre notaire.
Surtout pour vous, « D’jeuns et Guays Contemporains », avec vos vies à « variantes »… variables, et vos « familles recomposées », à la hâte bien souvent, et décomposées à vitesse grand V si la soupe est froide, un soir, par hasard, et Delarue à la téloche ».
Ah ! L’Amour… un jour… toujours… — là, j’entends mon fils ricaner —.

En attendant, mes petits-enfants (ses enfants) en auront fait les frais !

Et les vôtres… y avez-vous pensé ?

Merci Pierre.

le 18/12/2007 à 06:00 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?