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Vivre avec des températures réduites…? | 2

C'est l'invention du chauffage central qui est récente…!

dans ailleurs | mémoire | vieillir
par Jean-Christophe Courte

Il y a quelques jours, j’avais écrit

Comme je suis désormais dans la catégorie vieux con, je pourrais évoquer des périodes de ma vie où le chauffage était même un truc assez inexistant. Je vais éviter.

Et puis @embruns m’a répondu ceci sur Twitter : Chez ma grand-mère, seule la cuisine était chauffée. Jamais les chambres. Brrr…

Comme Laurent, j’ai une collection de frais souvenirs…!

  • Je me souviens, gamin, de cette maison perdue en lisière de forêt du côté de Vitry-aux-loges. Un endroit où l’on me déposait en mode consigne pour une période indéterminée. Maurice et Leone s’occupaient de moi sans piper mot et j’attendais des semaines que ma mère vienne me récupérer. La cheminée crépitait dans la seule pièce à vivre de cette maison basse, des briques réfractaires étaient disposées dans son foyer pour un usage précis, chauffer avec un moine en cuivre l’intérieur des lits juste avant de se coucher. Les draps rêches et humides se tiédissaient alors, le temps de se glisser entre eux pour la nuit. Une fois allongé, plus question de bouger au risque de geler. Il fallait tenir jusqu’au petit matin sans emprunter l’un des nombreux exemplaires du catalogue Manufrance qui s’entassaient contre l’un des murs, l’absence de lampe de chevet allié au froid vif réduisait toute velléité de remuer. Heureusement, leur lecture dans l’après-midi berçait mes nuits et je survivais à l’ennui en étant tour à tour explorateur en Afrique, naufragé sur une île, découvreur de cités amérindiennes dans le Yucatán.
  • Je me souviens de mes premières années en pension à Bonnelles, dans ce long bâtiment en briques, excroissance malvenue greffée sur un château construit fin XVIII°. Dans ces box de six pensionnaires ouverts sur l’unique couloir, face à une rangée continue de lavabos, nos lits de métal1 tirés au carré ne disposaient que d’une (…parfois deux…!) méchante couverture grise. Pas de chauffage (ou si peu…), des sanitaires qui ont forgé des générations de gamins constipés et un seul robinet par lavabo, souvent inutilisable l’hiver pour cause de… gel.
  • Je me souviens d’une éphémère maison à Sully sur Loire sur le quai des Mariniers, glaciale en toutes saisons, les édredons sous lesquels je me pelotonnais même en été pour une courte sieste.
  • Je me souviens du corps de ferme sans grâce de Péronville, à ses portes d’écurie aux deux battants peu jointifs. Mais surtout de l’odeur lourde qui y régnait, des lits clos défoncés qui m’accueillaient pour quelques jours. Entre l’air froid qui circulait à son aise et cette atmosphère moisie, entêtante, le pire restait le assurément un profond sentiment d’abandon…

Bref, ces quelques images pour rappeler qu’au début des années soixante, la notion de confort était très (très) relative…! Et comme nous ne connaissions rien d’autre, personne ne mouftait…!

Que se débarbouiller à l’eau glacée était également un exploit quotidien, pas de douche, pas d’eau chaude à volonté. Seulement un gant de toilette, un broc avec une eau tiède, un bout de savon. Rue Moine, à Orléans, cette opération se tenait auprès de la cuisinière2 allumée jour et nuit, seul espace chaud de la maison de mes grand-parents…

Heureusement, en ce temps là, la planète était moins polluée et les odeurs corporelles plus naturelles dans un monde rural peu mécanisé.


  1. Structure idéale avec un ciel de lit et des pieds qui finissait en cathédrale plus souvent qu’en portefeuille…! Hilarant à deux heures du matin de se sortir de son lit verticalisé contre le mur puis de replacer son lit et le refaire sans bruit pour éviter d’alerter le surveillant dormant dans sa chambre au bout du couloir. 

  2. Une époque révolue, vu que les feux de cheminée vont être interdits peu-à-peu… 

le 07/12/2014 à 12:45 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?