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Zut, j’ai appris Markdown à ma fille…

…au lieu de MS Word, c'est ballot

dans dans mon bocal | écrire | groummphh | vieillir
par Jean-Christophe Courte

Le ministère de l’éducation vient de signer avec Microsoft — lire vos médias favoris. Pas de commentaire, j’ai écrit des ouvrages avec MS Word, il y a quelques décennies.

Et j’aime bien son mode Plan.

  • Je me souviens des heures à former par petits groupes des personnes à MS Word, à décortiquer au vidéo-projecteur les principales fonctions, expliquer la différence entre format style caractère et format style paragraphe, créer des listes à puces, masquer le contenu des niveaux, etc.
  • Je me souviens des difficultés de certains à assimiler, ceux qui finissaient par employer des tabulations ou des espaces pour aligner des paragraphes au lieu d’attribuer à ces derniers les styles que nous venions de mettre au point…! Dans ces cas précis, je n’ai jamais douté de leurs capacités mais bien des miennes1 à leur faire assimiler/avaler en un temps relativement court une myriade d’informations.
  • Certes, tous n’étaient pas déboussolés, la répétition et l’humour jouait pendant ces journées où je me faisais l’effet d’être un poisson2 dans un bocal.
  • Ce n’était pas leur univers de mettre en pages un texte — le saisir, oui — alors que c’était mon quotidien de maquettiste.

Apprendre Word…

Trente ans plus tard, cela me semble anachronique3. Je m’explique…

Mettre en pages son texte avec des formats styles au lieu de se concentrer sur le contenu, rendre …zoli (sic !) sa copie en jonglant avec les formats tout en la rédigeant… au lieu de viser l’essentiel : le fond, le contenu.

À la fin des années 80, je bossais pour de grosses boîtes de conseil : aux consultants (…très peu de femmes) la matière grise, les notes, les orientations qu’il fallait remettre en forme (et en bon français)…
Au staff (…majorité de femmes dans ces activités de Business Visuals) de remettre tout cela en forme, rendre sexy et professionnel le flux de texte et de graphiques — moult fois corrigé ensuite, plus facile à retravailler — pour présenter au client final.
Je réalisais des graphiques financiers, des slides, des présentations visuelles4 mais l’on me demandait également de pondre des templates corporate5 sous Word et…
J’arrête là.

Bref.

Ai-je appris à ma fille à utiliser Word (…ou FrameMaker, Pages, LibreOffice, etc.), à appliquer des styles ?

Non.

Je lui ai montré comment se servir d’un balisage léger dans ses fichiers au format texte. Non seulement, elle l’a adopté immédiatement mais elle se concentre, du coup, exclusivement sur le fond lors de la rédaction de ses exposés. Elle bosse sur un iPad, se sert de traitements de texte6 aux coûts ridicules. Et joue de l’astérisque dans son petit village numérique cerné de toutes parts par des intérêts bien compris.

Comme tous les écoliers, elle a fait découvert Windows au collège. Juste amusée par ce qu’elle découvrait à l’école et l’usage de son vieux Mac à la maison7.

…Ou baliser en Markdown

Markdown n’est pas un gros mot pour elle, juste un balisage. L’important dans ses exposés, c’est la structure de ces derniers (avec force # et l’emploi à bon escient de l’italique et du gras.

Quand à la mise en forme, la touche finale de joliesse avec typos, justification et couleur, elle sait que ça se traite in fine avec une CSS pour en faire un fichier au format demandé (tiens, du .docx ou une page HTML ou RTF) à partir de son fichier source. De plus, c’est à 90% une sortie papiersans indication du format de l’outil — qui est demandé…

Bref…

Or, j’ai la désagréable impression que l’on prend aujourd’hui des décisions comme si on équipait un pool de secrétaires8.

En 1984, cela pouvait s’expliquer, WordPerfect était un outil génialissime mais par trop complexe, dans le droit fil des photocomposeuses, ce qui explique, entre autres, pourquoi Word et le WYSIWYG ont fini par l’emporter9.

Or des outils affûtés pour penser, organiser, réfléchir, puis exporter dans le format demandé existent10. Et ne coutent pas un bras…

À quand ma déchéance de paternité pour ne pas avoir appris les bons outils bureautiques à ma gamine ?!

Billet écrit sur un traitement de texte Markdown, CQFD.

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  • À gauche | le texte brut dans MultiMarkdown Composer (beta 3).
  • À droite | le rendu du texte dans la CSS de mon choix via Marked2.
  • Je ne vous parle pas des exports possibles, le .docx est disponible…

  1. J’étais assurément un mauvais formateur. C’est pourquoi j’ai écrit une douzaine de livres dont une petite moitié sur Word d’ailleurs. 

  2. …Et le seul qui remplissait tout seul son aquarium. 

  3. Je peux comprendre que cela puisse agacer. Relire cette réponse (…pas si) imaginaire, urbanbike | Tu es vieux et Markdown te passe au-dessus des oreilles ?! 

  4. Si réellement amusé, lire ce long billet (pas eu le temps de le réécrire depuis 2003) en trois épisodes à vos risques et périls : Keynote, arrière-petit-fils d’une Composphère… | 1 

  5. Facile…? Ah, ah… Cela dépendait des demandes client. La pire…? “Je n’aime pas l’italique, je ne veux pas d’italique… quelque que soit le niveau de l’arborescence…” 

  6. Pour mémoire, c’est Day One au quotidien pour son journal de bord et Ulysses pour iPad pour restructurer ses notes de cours, tant en philosophie que dans les autres matières. Et pas de souci pour rédiger ses devoirs d’espagnol, de russe, d’anglais ou de grec ancien : un simple changement de clavier et hop. 

  7. …Si simple à utiliser qu’elle ne savait pas que l’on pouvait faire nettement plus compliqué…! 

  8. Pas d’ironie sur le terme secrétaire, j’en fus un, une année durant, lors de mon service militaire… 

  9. Sans esprit de polémique, j’ai souvent réalisé de chouettes mises en pages — on me payait également pour cela — masquer des contenus médiocres ou des argumentations indigentes. Et ça marchait. 

  10. …Entre autres… À quoi carburent mes écrans | 5. Va falloir que je réactualise…! 

le 11/01/2016 à 11:35 | .(JavaScript must be enabled to view this email address) à Jean-Christophe Courte | Partager…?